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C’est hélas vrai

15 Août

Le Congrès-Jeunes des jeunes libéraux est censé rouvrir la saison politique au Québec. Cette année, ce fut plutôt la chute d’un morceau de béton du tunnel Ville-Marie ayant mis en évidence l’état lamentable de nos infrastructures, résultat de décennies de piètre gestion, qui a rouvert le bal.

Devant le parterre de jeunes militants, Jean Charest est allé tenir son discours rituel qui marque la clôture du Congrès. Après plusieurs années au parti, le schéma général de ses interventions devient facile à dessiner, puisqu’il répète toujours à peu près la même chose. Quelques blagues (il faut lui accorder un bon sens de l’humour), bilan économique du gouvernement (discours qui n’a pas vraiment changé depuis 2008), quelques perspectives sur le Plan nord ou l’Europe avant de lancer des flèches au PQ, toujours sur un ton un peu ironique et provocateur. Les militants adorent. Et on s’arrange pour que ça marche, avec des responsables chargés de faire crier le plus possible les jeunes présents… Ce n’étaient pas mes moments favoris, moi qui suis assez réservé de nature.

Trop heureux du cadeau offert par les combats de coq au PQ qui sert de commode distraction devant les erreurs de son gouvernement, Jean Charest a déclaré que le PLQ serait le véhicule unissant les Québécois devant une scène politique fractionnée. Avec les données actuelles, force est d’admettre qu’il semble avoir raison. Et il faut aussi mettre en pièce ce genre de raisonnement.

D’abord, l’avance du PQ dans les sondages s’est désintégrée aussitôt que la bisbille s’est pointé le bout du nez autour de Pauline Marois. Ce n’est pas étonnant, considérant que la chef avait toujours été moins populaire que son parti. Le PQ était en avance par défaut, puisque le PLQ était sous tous les projecteurs pour son ineptie. Aujourd’hui, le centre d’attention a changé. Puisque l’avance péquiste n’était en rien due à un programme motivant ou à un regain d’intérêt pour la souveraineté, elle s’est effrondée et est repassée au PLQ, qui soudain était moins la cible de toutes les critiques. Encore une fois, c’est une victoire par défaut. Et François Legault, s’il lançait son parti demain, récupérerait cette victoire par défaut, étant plus blanc que les autres – forcément, puisque dans un véhicule politique neuf… Ce que Jean Charest dit est donc hélas vrai: actuellement, le PLQ semble être en voie de rassembler l’électorat (si François Legault se lance, par contre, le premier ministre risque de moins pouvoir fanfaronner). Le taux de participation sera anémique, le cynisme continuera de ronger les coeurs et le malaise politique collectif qui gangrène le Québec sera maintenu et amplifié. Vraiment, je ne vois pas de quoi Jean Charest se réjouit. Comme citoyen, j’y vois un désastre démocratique.

Ce qui agace plus encore, c’est que Jean Charest (et il n’est pas le premier) semble présenter une possible multiplication des partis comme un signe de faiblesse de ses adversaires. La classe politique dominante du Québec (le bloc PQ-PLQ) entretient férocement cette idée depuis toujours, car cela la sert bien. Mais j’aimerais qu’au-delà, on nous explique en quoi il serait « mauvais » de voir plus de partis s’affronter sur la scène publique. L’Assemblée nationale serait-elle dysfonctionnelle si 6 ou 7 formations y siégeaient? Bien sûr, il faudrait une rééducation de la classe politique, incapable de compromis à l’heure actuelle sur les questions les plus brûlantes, puisque hors de la majorité elle perd tous ses moyens. Mais avec un changement de garde tout aussi bienvenu, parions que la démocratie se porterait au moins aussi bien, voire mieux.

Le mieux qu’on puisse souhaiter, c’est que la multiplication des partis, qui clarifie les idées et les acteurs, ne se fasse pas seulement à droite ou chez les souverainistes, mais partout. Incluant chez les actuels électeurs libéraux.

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3 réponses à “C’est hélas vrai

  1. Ben

    16 août 2011 at 00:31

    -Ce qui agace plus encore, c’est que Jean Charest (et il n’est pas le premier) semble présenter une possible multiplication des partis comme un signe de faiblesse de ses adversaires. La classe politique dominante du Québec (le bloc PQ-PLQ) entretient férocement cette idée depuis toujours, car cela la sert bien.-

    D’un point de vue électoral il n’a pas tord, avec notre système de représentation par compté à un tour c’est évident qu’une opposition plus morcelée fait l’affaire du PLQ. En fait, notre système électoral favorise grandement le bipartisme. Si on combine ça au fait qu’entre le PLQ et le PQ bien des gens ont l’impression (et avec raison à mon avis) de changer 4 trente sous pour une piastre, ça peut expliquer une part du cynisme qu’on constate dans la population.

    Pour qu’un véritable changement passant par le morcellement des forces politiques soit possible, il est nécessaire d’établir un mode de scrutin proportionnel.

     
    • Alexis St-Gelais

      16 août 2011 at 08:28

      Merci de votre commentaire (le premier du blogue!). En effet, notre système électoral est déficient. J’aurai certainement l’occasion de réécrire sur cette question d’ailleurs.

      Du reste il est vrai que sur de nombreuses questions, PQ et PLQ se ressemblent beaucoup, en dehors de quelques points litigieux. C’est justement à cause du mode de scrutin: pour espérer être élu, il faut ratisser le plus large possible et dès lors présenter une version diluée qui peut plaire au plus grand nombre. Le centrisme en lui-même n’est pas chose nuisible, quand il s’agit d’une option parmi d’autres. Le problème est ici que toute formation désirant être majeure est en quelque sorte forcée d’y adhérer…

       
  2. Danielle Gagnon

    22 août 2011 at 09:24

    La multiplication des partis politiques ne me semble pas un problème, au contraire. Les intérêts des populations diffèrent selon les régions et l’assemblée nationale devrait permettre la représentation citoyenne de toutes les tendances, région par région. Le vote proportionnel ne solutionnerait aucunement le muselage des élus par des lignes de partis.

    Je pense que chaque région devrait choisir son député à l’assemblée nationale pour sa capacité à faire valoir les intérêts de la région qu’il représente et non pas élire un candidat lié à une idéologie partisane. Je pense aussi qu’il faut séparer le vote d’un premier ministre de l’élection des représentants régionaux, les députés. Le processus démocratique devrait favoriser les relations entre les autorités régionales, les citoyens et leurs représentants à l’assemblée nationale. Ainsi, la chose politique animerait les régions et inciterait la participation populaire parce que la possibilité d’influencer réellement les débats et les projets qui en découlent ranimerait la confiance nécessaire entre les élus et l’électorat.

    L’indépendance des élus garantirait des débats plus ouverts et plus branchés sur les besoins des citoyens. Fondamentalement, les personnes qui s’engagent en politique le font pour provoquer des changements utiles à la société. À l’heure des réseaux sociaux et les autres moyens de communication de personne à personne, le soutien d’un parti politique est vétuste pour faire valoir les idées et les convictions des candidats. La constitution de partis politiques repose un peu sur le financement populaire et beaucoup sur la «générosité» des entreprises ce qui délimite les orientations et prédétermine les choix des élus au sommet de la pyramide du pouvoir auxquels les députés du parti de la gouvernance sont soumis.

    La participation de tous les députés à la prise de décision risque d’allonger la durée des débats, et les incontournables divergences d’opinions mettraient en valeur les priorités et les intérêts régionaux. Mais la participation libre favoriserait l’implantation et la réalisation de projets vraiment bénéfiques pour l’ensemble de la collectivité. Les candidats élus ne doivent en aucun cas être redevables à un parti politique, les députés n’ont de compte à rendre qu’à leurs électeurs. Les rôles et les responsabilités à combler pour la gouvernance du Québec devraient être répartis selon les compétences et les intérêts prioritaires des députés. Un ministère ne devrait jamais être sous le contrôle d’un seul individu, mais gérer par une petite équipe de députés en fonction des mandats que les électeurs leur ont confiés en période électorale.

    Pour changer le mode scrutin, ce dont il est question ici, je pense que la création d’une plateforme web décrivant un processus démocratique renouvelé permettrait aux candidats indépendants qui adhèrent à cette nouvelle forme démocratique d’inscrire leur participation aux prochaines élections et de faire des hyperliens vers le site web, le blogue et le Twitter de chaque candidat. De plus, l’élection de candidats indépendants forts et déterminants inciterait les médias traditionnels à porter une attention particulière à chaque candidat, plutôt qu’au seul chef des partis en lice. Après les prochaines élections, les élus qui pourraient être majoritairement des candidats indépendants officialiseraient ce nouveau mode d’élection des représentants et du premier ministre.

    Danielle Gagnon

     

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