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Par-delà l’étiquette: mon fédéralisme (partie 3)

26 Août

Ce que je vous ai exposé lors des deux derniers jours reflète mon opinion générale sur le fédéralisme et le Canada, ainsi que la manière dont il devrait être réformé. Je ne prétends pas avoir apporté beaucoup de nouveauté au débat. Si cette vision du fédéralisme ne semble pas très répandue dans le monde politique actuel, c’est que les formations fédéralistes sont confortablement installées dans le statu quo et refusent de prendre leurs responsabilités (le NPD a semblé plus sensible à la question récemment). Ce type d’analyse du fédéralisme a déjà été fait par plusieurs auteurs et intellectuels, parfois avec des conclusions différentes des miennes.

C’est là que les choses deviennent davantage une question d’appréciation. À la lecture de mon exposé, ou des sources qui m’ont permi jusqu’ici d’assembler mon discours, plusieurs se diront qu’il s’agit là de la plus belle démonstration que la souveraineté est chose nécessaire. Alors toi, Alexis, pourquoi n’es-tu pas souverainiste?

Vous aurez remarqué, je l’espère, que je ne cherche pas à adopter une position radicale dans ce débat. C’est parce que je me situe dans une zone grise qui fait que tout en étant pour une réforme du Canada, je crois être en mesure de comprendre que l’on juge ce pays irrécupérable et que l’on souhaite le quitter. Je ne suis pas et j’espère ne jamais être de ceux qui agiteront des épouvantails alarmites en disant que la souveraineté nous fera tomber tous les maux du monde sur le dos. Si demain notre peuple décide démocratiquement, par majorité simple, de prendre en main sa destinée, j’en prendrai acte et je travaillerai en ce sens.

Je ne suis pas souverainiste pour deux raisons, essentiellement, qui sont toutes deux affaire d’appréciation. La première est l’expression d’un certain idéal de l’humain. Le Canada est une expérience socio-politique rare dans l’histoire humaine. Sur papier et avec des réformes, il a le potentiel d’atteindre une conclusion positive et de permettre la cohabitation harmonieuse de plusieurs nations dans un même pays, sans que ces nations ne soient brimées. Et puisque l’humanité progresse parfois à travers des expériences bien improbables, j’entretiens l’espoir que la réalité canadienne soit réformable, conformément à ce qui semble nécessaire sur papier.

La seconde est affaire de génération. L’essentiel de l’activité récente autour de la Constitution a eu lieu entre 1970 et 1995, de Victoria au dernier référendum. En 1995, pour voter, il fallait être né avant le 30 octobre 1977. Ma génération, la Y, n’a eu aucune possibilité de se prononcer lors d’un référendum ou de l’effervescence qui l’entoure, sauf peut-être quelques privilégiés qui, bien que n’ayant pas le droit de vote, se sont tout de même impliqués parce qu’ils étaient déjà assez vieux à l’époque pour le faire. La réforme constitutionnelle et l’idéal de la souveraineté ont beaucoup été l’affaire des baby-bommers et, dans une moindre mesure, de la génération X. Comme jeune, je dois donc constater que je n’ai jamais eu la chance de dire aux plus âgés « laissez-moi faire, je vais y arriver ». Et comme le propre de la jeunesse est de remettre en question ce qui s’est fait avant lui (pour parfois atteindre des résultats intéressants, parfois non), c’est ce que je fais.

Je refuse donc d’accepter que le Canada ne peut être réformé simplement parce que la génération précédente n’y est pas arrivé. La mienne n’a pas vécu un traumatisme aussi profond que les autres, car je demeure convaincu que le débat a laissé des blessures chez ceux qui y ont participé. Tant au Canada qu’au Québec, elle adopte sur certains sujets un point de vue bien différent de celui de ses aînés. Je voudrais qu’on lui laisse, à cette génération Y, une chance d’apporter sa propre solution aux problèmes constitutionnels.

Comme ces deux « arguments » sont proprement affaire d’appréciation, je m’attends à ce que plusieurs les critiquent. Et on atteindra alors ce point du débat où je ne pourrai que répondre… chacun son avis. Mais j’assume mon raisonnement, et celui-ci entraîne certaines conséquences.

D’abord, il serait bien téméraire de ma part de nier la possibilité d’un nouvel échec. Dans l’éventualité où une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles, faite sur les base présentées dans mes autres billets, aurait lieu et déboucherait sur l’impasse, celui l’ayant menée serait dans l’obligation morale d’entreprendre des démarches vers l’indépendance. D’un point de vue politique, je ne devrais pas écrire ce genre de chose, car je risque de repousser plusieurs fédéralistes. Mais comme personne défendant le fédéralisme plurinational et subsidiaire, si je constate un jour que le Canada ne veut ou ne peut partager cette vision, que pourrais-je conclure hormis que la bonne entente est impossible? Si ma génération échoue comme les précédentes à réformer le Canada, ne devrait-elle pas mener le raisonnement jusqu’au bout et prendre acte de ce désaccord semblant traverser le temps en faisant la souveraineté? Si la fédération doit être le théâtre de réarbitrages entre les membres, il faut au minimum que ceux-ci partagent une vision commune de ce qui fait une fédération. Dans le cas contraire, c’est l’échec garanti.

Je suis partisan du fédéralisme et de la subsidiarité. Le Canada peut en être une expression, mais ce n’est qu’un théâtre d’application comme un autre. Que cette fédération existe ou non est secondaire: je demeure quand même de ceux qui croient qu’un système fédéral est souhaitable par lui-même, lorsqu’il peut être appliqué. C’est exactement la raison pour laquelle je me décris comme régionaliste. Le Québec, comme le Canada-anglais, partage une même langue et une même nationalité identitaire, mais il est constitué de régions très différentes à de nombreux points de vue. La Côte-Nord et Montréal sont aux prises avec des défis fondamentalement différents. Je suis de ceux qui croient que le Québec, soit comme province, soit comme pays, doit décentraliser certains pouvoirs vers ses régions et ses villes. Tout au long de mon implication au PLQ, j’ai défendu cette vision, et je continuerai à le faire.

Le mélange de ces deux dernières conclusions en produit une troisième. Comme fédéraliste, si un jour le Québec devenait indépendant, je souhaiterais qu’il soit non pas une république, comme tant de gens le disent sans trop peser le pour et le contre, mais une fédération (si on reprend mon premier billet, elle serait sans doute plus territoriale que plurinationale, toutefois). D’après ma courte expérience de vie, il n’est pas souhaitable de laisser le destin tout entier de nos régions entre les mains des fonctionnaires de la Capitale, si bien intentionnés soient-ils. Rien ne vaut quelqu’un sur le terrain, ayant une connaissance approfondie de la situation d’une région, pour prendre la bonne décision. Une forme de gouvernance régionale disposant de pouvoirs propres à donner à chaque région les moyens de son développement m’apparaît comme une chose nécessaire au Québec, peu importe son statut constitutionnel.

J’ai conscience d’en avoir écrit bien trop long pour espérer être lu par le plus grand nombre. Cependant, une position constitutionnelle ne peut faire l’économie de nuances, ni d’une certaine logique interne. J’ai préféré montrer toutes les ramifications de mon raisonnement plutôt que de le tronquer pour faire plus court, et j’espère que vous me le pardonnerez. Merci de l’avoir lu.

Si par hasard vous partagiez l’essentiel de mon raisonnement, de grâce, contactez-moi.

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6 réponses à “Par-delà l’étiquette: mon fédéralisme (partie 3)

  1. François Genest

    26 août 2011 at 10:39

    Votre franchise vous garde contre toute critique. Vous n’en avez pas écrit trop long et j’en redemande. Le simple fait que vous soyez capable de réfléchir à l’avenir avec profondeur et que vous ne preniez pas les citoyens pour des cruches vous ont fait gagner ma plus haute estime.

     
  2. Simon Beaudoin

    26 août 2011 at 13:45

    Salut, mon commentaire sera (j’espère) moins long qu’hier.

    J’adhère à ta première grande raison de ne pas être indépendantiste. C’est la mienne également. Je crois également que les campagnes de peur sont contre-productives à long-terme. Nous sommes présentement dans une situation où moins de Québécois que jamais se déclarent spontanément Canadiens, voire sont fiers de leur pays, alors que l’option indépendantiste stagne. Si une crise survient, c’est vers le Québec que la majorité des indécis risquent de se pencher. En Saskatchewan, j’ai parlé à une québécoise qui a voté Oui en 1995. Elle m’a dit qu’elle l’avait fait parce qu’elle se fichait entièrement du Canada. Lors de ce référendum, on n’a pas défendu un quelconque « rêve canadien », on a tenté de démolir l’idée indépendantiste. Si j’avais été conscient de ce qui se passait à ce moment, j’aurais été honteux de ces arguments que le camp du Non a véhiculé.

    Cependant, quand tu dis que tu deviendrais indépendantiste si jamais tes réformes échouaient, je peux comprendre l’idée et la logique dernière, mais je préfère me dire que je deviendrai indépendantiste si le Canada s’éloigne énormément (sinon complètement) de mon idéal et en vient à véritablement menacer l’existence du peuple québécois. Pour le moment, je ne vois aucun mouvement en cette direction. Je suis même persuadé qu’un Québec indépendant aurait toujours à se plier à la Charte des Droits et Libertés actuelle et serait en grande partie comme aujourd’hui. C’est une impression, alors c’est sujet à débat, mais la seule chose qui changerait vraiment serait par rapport à l’immigration.

    Je ne compte pas t’insulter, mais de dire que si le Canada n’est pas réformé comme tu le veux, tu voudras mettre fin à cette expérience, ne me paraît pas très conciliateur. Et ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de réforme. Si le Sénat est aboli, je serais triste car ça irait contre mon idée, mais je ne voudrais pas pour autant mettre fin au Canada en tant qu’expérience (je ne sais pas si elle est unique au monde, par contre, pensons à la Belgique, qui est selon moi basé sur un fédéralisme territorial doublé de national).

    Simon Beaudoin

     
    • Alexis St-Gelais

      26 août 2011 at 14:11

      Ta réponse illustre bien cette constatation que je faisais que tout devient là une question d’appréciation. Nombre de Québécois jugeraient que je suis déjà trop conciliant en laissant (encore) une dernière chance au Canada. Ceux-là disent que l’affaire est entendue et que le Canada ne pourra jamais changer. D’autres, comme toi, souhaiteraient sans doute dans un tel cas de figure essayer à nouveau ultérieurement.

      Tout personnellement, je n’aurais pas envie, si une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles était lancée, d’inaugurer deux ou trois nouvelles décennies d’incertitude en cas d’échec en remettant le tout à plus tard. Il vient un temps où il faut prendre des décisions, de chaque côté des deux solitudes. M. Bourassa aurait à l’époque pu déclencher un processus référendaire immédiatement après Meech, référendum où le oui l’aurait fort probablement emporté avec une majorité claire. Il a choisi une voie différente pour des raisons qui étaient les siennes, et je ne peux le blâmer de l’avoir fait. Ce fut certainement une période déchirante. Mais à sa place, je n’aurais peut-être pas fait le même choix.

      Je ne pense pas que le Québec souverain soit une solution à bien des maux, autres qu’institutionnels. Notre société ne serait pas du jour au lendemain réformée et les problèmes ne disparaitraient pas. L’indépendance n’est pas un danger, mais elle n’est pas davantage une panacée. À cet égard, je suis d’accord avec toi, peu de choses changeraient.

      Je ne me sens donc pas insulté… mais voilà, c’est la conclusion à laquelle j’en arrive humblement. De toute manière, j’entretiens bien davantage l’espoir que la réforme soit possible sans qu’on ait à en venir à l’indépendance. 😉

       
  3. Marc Renaud

    26 août 2011 at 14:38

    Je suis d’accord avec M.Genest … très belle réflexion…Félicitation

     
  4. messemble

    31 août 2011 at 01:12

    « Je refuse donc d’accepter que le Canada ne peut être réformé simplement parce que la génération précédente n’y est pas arrivé. »

    Ah bon, j’avais compris concernant le passé qu’une minorité ne peut pas réformer une majorité, simple rapport de force, ça n’a rien à voir avec les générations ou même le nom d’une doctrine, c’est simplement mathématique.

     
  5. Catherine

    14 avril 2012 at 16:53

    Bonjour,
    Je suis une jeune étudiante de 19 ans qui commencé à s’intéresser, sous peu, à la politique. J’ai adoré le texte que vous avez écrit sur le fédéralisme au Canada (pays que j’adore). Il m’a convaincu de ma position davantage fédéraliste que souverainiste. Comme vous semblez bien informer sur le sujet, je me demandais si vous auriez des arguments en ce qui concerne les avantages pour le Québec de rester au sein du Canada, les conséquences tant positives (car il est certain qu’il pourrait y en avoir) que négatives d’une sépartion du Québec.
    Catherine

     

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