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Prendre à parti

27 Août

Les propositions de Bernard Drainville pour relancer la démocratie au Québec sont intéressantes. Je pourrai d’ailleurs y revenir plus tard. Il est cependant une chose que toutes les lois du monde ne pourront changer si la volonté n’y est pas: la culture de parti. Pourtant, les partis politiques sont devenus, par la force des choses, un véhicule incontournable de notre système politique.

On m’a déjà dit que je manquais de « sens politique ». C’est peut-être vrai. J’ai souvent ressenti des malaises devant des stratégies et des conceptions répandues au PLQ et qui, j’en suis sûr, sont également présentes au PQ. Peut-être que c’est parce que je suis trop doux ou naïf pour faire de la « vraie » politique, mais je formule l’espoir qu’il soit possible de procéder autrement et de quand même remporter une élection et se faire valoir sur la place publique. Voici, à cet effet, quelques travers qui m’ont toujours agacé et que j’aimerais voir disparaître durablement de la culture de nos partis politiques.

Stratégies de plancher

Lorsqu’un parti souhaite adopter des résolutions en vue de constituer son programme politique, il se réunit en assemblée plénière. Une résolution est proposée et secondée, puis des gens se présentent tour à tour au micro pour avancer leurs arguments pour ou contre l’idée suggérée. La salle vote ensuite pour trancher la question.

Une stratégie de plancher consiste à court-circuiter le débat franc. Par exemple, un groupe d’opposants à une idée pourrait envoyer des gens au micro des « pour » afin de présenter des arguments bidons dans le but de ridiculiser les gens en faveur et de leur couper leur temps de parole (le nombre d’interventions est souvent limité). On peut donner l’impression d’un mouvement de fond en s’arrangeant pour qu’une douzaine de personnes aillent faire la file au micro voulu, même si elles ne parleront pas toutes. On applaudira et criera plus que de raison, ou on tentera de faire rasseoir des gens qui ne sont pas d’accord avec nous. Dans certains cas, on ira chercher des militants qui avaient quitté l’assemblée plénière (pour faire autre chose ou parce que ça ne les intéresse pas) pour qu’ils viennent juste voter en masse d’un côté ou de l’autre. Puis on les laissera aller. Des abus de procédures peuvent également mettre à mort une résolution, car une salle se lasse très vite de ce petit jeu. Renvoyer le texte à la commission politique, qui sera trop débordée pour y revenir, met également l’idée aux poubelles, le plus souvent.

Je ne suis pas au fait de toutes les stratégies de plancher, parce que je n’en suis pas friand. Mais la plupart de celles que j’ai vues m’ont plus dégoûté qu’autre chose. Je pense que tout militant d’un parti politique devrait être rebuté par de telles pratiques et les dénoncer à l’assemblée lorsqu’il en a connaissance. Dans l’idéal, leur emploi ne devrait même pas traverser l’esprit des militants. La seule « stratégie » que je considère être réellement valable consiste, pour un proposeur de résolution, à sélectionner des intervenants structurés qui partagent son opinion afin d’aller défendre son idée à l’avant en cas d’opposition importante.

Le culte de la salle pleine

Très souvent, lorsqu’on organise une activité partisanne, la quantité prime sur la qualité. Qu’importe si nombre de militants présents sont davantage là parce qu’un ami a beaucoup insisté pour qu’ils y soient ou parce qu’on leur a promis une soirée sociale agréable ensuite. On demandera de colossaux efforts de mobilisation aux organisateurs de l’activité, parfois au détriment d’autres aspects. C’est la préoccupation numéro un.

C’est certain qu’une salle vide donne une mauvaise impression aux médias. Mais à trop vouloir, je pense que cette obsession devient néfaste, parce qu’elle gruge de l’énergie qui irait mieux ailleurs. C’est peut-être pour la même raison que, lorsqu’on est interrogé sur le nombre de membres ou de militants dans une circonscription ou une activité donnée, on ment systématiquement en gonflant le chiffre de quelques centaines.

Du reste, le citoyen et les médias doivent se souvenir que le nombre n’est pas forcément un bon indicateur de la qualité des idées ou de la popularité. À titre tout personnel, j’aime mieux 200 militants intéressés et motivés que 800 qu’on peine à retenir dans l’assemblée plénière parce qu’ils ne sont pas là par intérêt réel.

Criez et souriez

Un courant de sympathie ou de popularité, s’il est sincère, n’a pas à être induit. De nature peu démonstrative, j’ai toujours été agacé par ce désir de faire le plus de bruit possible lorsque le chef entre dans la salle. De deux choses l’une: ou bien le chef du parti est réellement très aimé des militants, et en ce cas il n’est pas nécessaire de faire le tour des militants pour leur dire qu’il arrive et qu’on doit crier et applaudir à tout rompre; ou bien ce n’est que du spectacle. Et ce n’est alors pas rendre grand service au chef en question. Au final, dans ce dernier cas de figure, cela ne fait que renvoyer l’image d’un parti déconnecté de la population.

L’obsession de contrôle

Ce trait-ci est beaucoup plus caractéristique du PLQ. Je le crois moins présent au PQ, qui sombre dans l’autre extrême (une surdémonstrativité du mécontentement en public). L’obsession d’unité et le désir de contrôle sont si présents qu’on a peur chaque fois qu’un militant veut ouvrir la bouche ou sortir dans les médias. On relit scrupuleusement toutes ses lettres d’opinion, on empêche en pratique les associations locales d’envoyer des communiqués en exigeant que tous soient relus par « le parti », on préfère quand la lettre d’opinion ou le communiqué est écrit par la permanence et signé par un militant consentant. On cherchera à noyauter les sondages en ligne en faisant virer le vent de bord à grand renfort de courriels envoyés aux militants. On essaie parfois de faire la même chose avec des lignes ouvertes, ou sur les tribunes interactives surtout pendant les campagnes électorales, avec des pseudonymes et des fausses identités si nécessaires. On peut par exemple inventer un péquiste déçu qui ira sur tous les blogues politiques de la province clamer combien il n’aime pas Pauline tout le long de l’élection.

Je doute de l’utilité réelle de ces stratégies, et je trouve qu’elles nient à la fois toute confiance envers le bon sens des militants et la transparence qui devrait être la règle entre un parti et la population.

L’autorité renversée

C’est peut-être la plus fondamentale, mais en même temps la plus diffuse. Dans un monde idéal, un parti devrait être selon moi la réunion de gens partageant des idéaux communs et acceptant d’investir leurs efforts pour faire élire ou ou des députés. Ces députés sont donc redevables aux militants, qui leur fourniront des idées et des valeurs à défendre en leur nom. Si un député commence à se sentir au-delà de « l’autorité » du militant, que ce dernier l’abandonne et prenne un meilleur représentant.

Dans la réalité, les militants sont bien davantage vus comme des gens au service du député, du chef, du parti. On lui demande beaucoup et on lui rend peu. On a cette impression que c’est le militant qui est remplaçable en cas de pépin, bien davantage que l’élu qu’il a contribué à la sueur de son front à faire élire. Les statuts du PLQ ne prévoient même pas de procédure pour demander un vote de confiance sur le chef. Le militant n’a donc pas la liberté de demander, de sa propre initiative, de se prononcer de nouveau sur cette importante question.

***

Si on veut changer la manière de faire de la politique, il faut aussi changer la manière de voir et de mener un parti. Même si le parti lui-même est moins souvent sous les feux de la rampe que les députés qu’il fait élire, il a un devoir d’exemplarité. Le PLQ et le PQ peuvent, souhaitent-ils sortir de cette façon de faire? Je me permets aujourd’hui d’en douter. Souhaitons que de nouveaux partis à venir soient davantage sensibles à ces questions.

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5 réponses à “Prendre à parti

  1. Manx

    27 août 2011 at 12:02

    Salut Alexis! Bon, c’est mon premier post sur ton nouveau blogue tout propre ^^.

    Ça fait un bout que je me pose une question particulière sur la distinction PQ-PLQ. On sait que ceux-ci sont très différents au niveau du contrôle de l’information qui fuit de la part des hauts membres du parti. Le PQ a ses belles-mères, mais au PLQ, même des démissions remarquables, comme celles de Monique Jérôme-Forget ou de Thomas Mulcair, n’ont pas créé de tôlés si grands. Pourtant, on se rappellera des circonstances de la démission de Mulcair.

    Mais ma grosse question est plutôt par rapport à l’image que le public a du PQ et du PLQ. Je me suis longtemps demandé si les électeurs moyens (pas les partisans, je parle plutôt du genre de personnes qui a voté pour 2 partis différents dans les 3 dernières élections) n’avait pas des attentes différentes du PQ au PLQ. Au PLQ, on a l’air de s’attendre à ce que tout soit sur-ordonné et que les députés aboient avec leur chef, alors qu’au PQ, l’électeur semble accepter que les députés ou les groupes régionaux s’affichent sur un ou deux enjeux plutôt que les autres (Aussant a été élu en parlant de souveraineté, mais Martine Ouellet en parlant d’environnement); dans le parti, il y a même des groupes de personnes qui ont une vision très différente de la stratégie souverainiste (Le MES – Mouvement pour une élection sur la souveraineté – était un organe très actif il y a quelques années et avait des membres très influents dans les hautes instances).

    On s’attend aussi à ce que les membres du PQ soient très critiques de leur chef. Pauline Marois se fait traiter de ‘contrôlante’ dans son parti alors que si elle était cheffe du PLQ, les pratiques qu’elle utilise seraient considérées comme acceptables par le public, voire même préférables. Je me suis demandé ces derniers temps s’il n’aurait pas été mieux pour Pauline Marois d’avoir eu un taux d’approbation de 75% lors de la dernière assemblée (comme c’est la tradition), plutôt que d’avoir passé trop de temps à collecter un taux de 93% avec plusieurs votes très fragiles en faveur de son leadership. C’est aussi à partir du moment où Marois a obtenu ce vote de confiance si élevé que le Bloc a chutté dans les sondages électoraux en faveur du NPD.

    Dans un autre ordre d’idées, je trouve dégueulasses les méthodes de sabordage de la démocratie dans les assemblées politiques! J’ai représenté des groupes de 20,000 personnes et de 1,500 personnes et je ne me considérerais pas apte à les représenter si je savais que certains de mes membres tentaient de saborder les efforts et les oppositions légitimes des autres. Jamais je n’ai vu de telles méthodes en application dans les assemblées non-partisanes (même si je sais qu’en politique, ces méthodes ont été employées au moins à des congrès du PLQ, du PQ et de l’ADQ).

    Kin! Moi aussi, je peux faire des commentaires longs (en fait, je ne sais pas comment faire des commentaires courts non plus)

     
  2. Simon Beaudoin

    27 août 2011 at 12:05

    Je suis d’accord avec tout ça, excepté peut-être à la toute fin. Un parti est toujours réformable et j’ose espérer que je puisse amener le PLQ plus là où j’aimerais qu’il aille. D’un autre côté, je suis aussi influencé par les idées que véhicule ce parti, mais certainement pas par les démonstrations d’appui indéfectible.

    J’ajouterais à ton commentaire deux choses. D’abord, le désir de contrôle du parti doit probablement grandir surtout quand on monte dans le parti, alors qu’on a à envoyer une image unie sous peine d’avoir l’air de s’entredéchirer sur la place publique, peur qui peut être légitime, mais qui devient ridicule quand on ne discute pas de choses fondamentales concernant les idées du parti.

    L’autre chose, c’est que tout le temps qui est donné à glorifier le chef m’ennuie incroyablement, parce que je ne tiens pas à mentir et à montrer une admiration sans borne pour lui. J’ai déjà eu une (très courte) conversation avec Jean Charest, et je l’ai trouvé accessible. Il n’a pas semblé pas me regarder de trop haut… Alors pourquoi ne pas simplement le montrer au naturel? On en aurait une image moins distordue. De plus, ce que je voulais vraiment dire dans ce paragraphe, c’est que ces cérémonies de glorification du chef empiètent énormément sur le temps que l’on pourrait passer à discuter de choses sérieuses, ce pourquoi nous sommes normalement là.

    Simon Beaudoin

     
  3. Alexis St-Gelais

    27 août 2011 at 13:05

    Manx, ce que tu soulignes est vrai. Plus peut-être que les idées (car en dehors de la question nationale, PQ et PLQ proposent souvent des choses relativement similaires), c’est la culture de parti sur le contrôle qui distinguent nos deux grandes formations. À mon avis, aucune des deux approches n’est vraiment saine… On devrait pouvoir retrouver un juste milieu entre la place laissée au chef et celle donnée aux militants.

    Cette manière de procéder nous influence plus que nous le croyons. S’il m’a fallu tant de temps pour quitter le PLQ, et si je n’ai pas cherché à faire grand bruit de ma démission en juin, c’est probablement justement parce que j’étais pétri de cet esprit de non-dissidence et de contrôle de l’information en public. On m’a beaucoup dit, vendredi passé dans les entrevues, que c’était très rare de voir un (ancien) libéral critiquer ainsi son parti. Ça fait partie du code génétique…

    Je ne sais pas si la population s’y habitude vraiment. C’est quand on a eu le plus l’impression que les libéraux serraient le rang qu’ils sont descendus si bas dans les sondages (à l’automne passé). Et c’est quand tout le monde tire sur la couverture au PQ que ses appuis baissent significativement. En fait, je pense que les gens aimeraient tout simplement quelque chose de plus accessible et de plus serein.

    Simon, oui, un parti demeure réformable. Simplement, dans les cas du PQ et du PLQ, je pense qu’il faudra un sérieux électrochoc. Une gifle électorale ou des démissions massives y parviendront peut-être. Mais quand l’impression d’impunité est là, on risque surtout de se crisper dans cette culture du contrôle, pour « préserver les acquis ». Du reste, d’une certaine manière, le PLQ ne sera plus le PLQ s’il se réforme en ce sens. Il portera le même nom, mais sera quelque chose de très différent, comme il était très différent de ce qu’il est en 1970 ou en 1930.

    Je partage du reste ton agacement sur la glorification du chef. Je me souviens des trop nombreuses fois où nous avons manqué de temps pour discuter d’une résolution intéressante parce que le chef était là et qu’on l’acclamait 10 minutes. 😉 C’était assez frustrant!

     
  4. Michel Rousseau

    31 août 2011 at 22:16

    Moi, ce qui m’agace dans le text se situe dans la section: Autorité renversée.
    J’accroche à la phrase: ces députés sont donc redevables aux militants.
    Peut-être mon interprétation est erronée ou peut-être trop vieux pour comprendre.
    À mon avis, lorsqu’élu député, vous êtes redevable à la population.
    Les voteyrs qui te portent au pouvoir ne sont pas nécessairement des militants. Je peux avoir voté PQ, PLQ ou ADQ au Québec ou Bloc ou NPD au fédéral, cela ne fait pas de moi un militant de ces partis. Les militant de tous les partis ne réprésentent même pas 5% de la population.
    Dans notre mode de scrutin actuel et la multiplication des partis à tous les niveaux de vote, ceux qui prennent le pouvoir le font avec moins de la moitié des votes, soit moins de 40% autant au fed. qu’au prov.. Et un gouvernement élu démocratiquement selon nos rêgles en vigueur doit-il gouverner pour la minorité qui l’a élu ou pour la population en général?
    Michel Rousseau

     
  5. Alexis St-Gelais

    1 septembre 2011 at 07:36

    Bien entendu, un député est redevable à la population lors des élections suivantes. C’est aux électeurs de son comté de juger si ses actions ont été bonnes ou non.

    La relation que j’établis entre le député et ses militants est d’un autre ordre. Si les militants d’un comté ont demandé à leur candidat de travailler sur un dossier donné s’il est élu, le nouveau député a le devoir moral d’annoncer qu’il désire faire progresser ce dossier s’il remporte l’élection et doit joindre les actes à la parole par la suite. Sinon, à quoi bon militer pour quelqu’un, si les idées que l’on souhaite le voir porter sont mises à la poubelle sans que les militants ne soient consultés?

    Je voudrais simplement que les candidats d’un parti prennent davantage conscience que s’ils demandent autant d’efforts de la part de leurs militants pour être élus, ils doivent en échange s’engager à défendre les principes qui sont chers auxdits militants. C’est la relation donnant-donnant qui doit être à la base de l’établissement de tout parti.

    L’électeur doit bien évidemment être mis au courant des projets et valeurs qu’un candidat se propose de défendre au nom de ses militants. C’est précisément à cela que servent les programmes électoraux et les élections elles-mêmes. Si la population juge que ces idées ne sont pas applicables, elles n’ont qu’à choisir un autre candidat.

     

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