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Les médias, une chance qu’ils sont là

31 Août

Oui, une chance, sinon qui les partis politiques pourraient-ils blâmer à part eux-mêmes quand ça va mal?

Je dois annoncer mon conflit d’intérêt au point de départ: je partage ma vie avec une jeune journaliste. Cela m’aura sans doute permis de voir les deux côtés de la médaille et franchement, je trouve que le monde politique, tant du côté des militants que de celui des élus, est bien dur avec ceux-ci.

Le mythe selon lequel les journalistes sont biaisés est tenace. C’est bizarre, car selon l’allégeance de celui qui émet la critique, le sens du biais change! Ainsi, les péquistes diront que les médias accordent beaucoup trop d’importance aux dissidents, aux pressés et à ceux qui remettent le leadership du chef du moment en question. Les libéraux se plaidront que les médias ne cherchent que les mauvaises nouvelles, qu’ils ne relaient jamais les bons coups du gouvernement et qu’ils passent beaucoup trop de temps à parler de l’impopularité du premier ministre et de ses décisions. Un autre dira qu’ils ne parlent pas assez des petits partis, un autre encore, qu’ils donnent trop de place à toutes les oppositions.

C’est normal que quand les choses ne vont pas comme on le voudrait, on se sente attaqué lorsque nos erreurs sont étalées en public. Sauf que les médias ont, entre autres, ce rôle à remplir. Il faut tenter de se souvenir, quand on sent que les journalistes sont contre nous, que nous étions bien heureux de lire leurs textes quand ils concernaient les déboires de nos adversaires… L’impopularité de Charest, les déchirements au PQ, l’opposition citoyenne à des projets sont tous des faits, qui méritent un traitement médiatique conséquent, même si cela dérange.

En fait, je m’attends personnellement précisément à ce que les médias relaient ces informations que les politiciens ne veulent pas voir sortir. Par exemple, le travail d’enquête qui s’est fait sur le monde de la construction était nécessaire. Peut-être des choses exagérées ont-elles été avancées. Mais si on voulait que le laid du monde de la construction soit examiné dans un cadre structuré, il fallait instituer une commission d’enquête. Qu’on ne vienne pas s’étonner qu’à défaut, les médias fassent leur travail. Ce n’est pas de la mauvaise foi de leur part, ni un travail de sape du gouvernement: ils font simplement informer le public de ce qu’il a le droit de savoir.

Peut-être que la relations entre les médias et le politique s’améliorerait si ce dernier cessait de considérer les journalistes comme des relais d’information. J’ai entendu trop de politiciens qui, en entrevue télévisée, écoutent à peine la question posée avant de débiter un message appris d’avance en briefing avec ses attachés (la fameuse cassette), un discours qui changera peu, sans égards à la question ou aux insistances du journaliste. Les communiqués de presse sont parfois dégoulinants d’auto-promotion, ou tombent dans la critique caricaturale de l’adversaire. Comment s’étonner alors que le journaliste fasse son travail et trie ces informations superflues et, au final, peu intéressantes pour le public? Les mêmes observations s’appliquent aux conférences de presse, aux scrums, etc.

Les journalistes et les médias sont-ils au-dessus de toute critique pour autant? Bien sûr que non. Et ils en sont conscients. La fédération professionnelle des journalistes du Québec réfléchit beaucoup sur le rôle du journaliste, la transformation de sa profession ou la déontologie dans un contexte où la chronique devient de plus en plus présente. Mais parmi les réflexions à tenir sur le thème de « faire la politique autrement », il serait des plus utiles que la classe politique s’interroge sur la manière dont elle traite et conçoit les journalistes, pour en arriver à une interaction moins formatée, rigide et basée sur la méfiance ou le contrôle.

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1 commentaire

Publié par le 31 août 2011 dans Médias, Partis politiques

 

Une réponse à “Les médias, une chance qu’ils sont là

  1. François Genest

    31 août 2011 at 15:41

    Les journalistes doivent se sentir précaires à côté des citoyens privilégiés qui ont droit à des chroniques régulières et qui ne se sentent pas tenus de respecter les règles de base en journalisme. C’est un secret de polichinelle que la propriété de la grande majorité de la presse écrite est partagée entre des intérêts privés anti-souverainiste et libertarien. Je comprends donc pourquoi les élus sont si réticents à répondre aux journalistes (et aussi pourquoi les journalistes sentent le besoin de se protéger contre l’arbitraire de leurs employeurs).

    Je pense qu’il faut trouver un moyen pour que les élus ne soient pas pénalisés de dire ce qu’ils pensent aux journalistes. Un statut spécial pour les journalistes de métier, est-ce que ce sera suffisant pour créer cette ouverture? Éric Duhaime est radicalement contre l’idée, ce qui est un bon point en faveur du statut professionnel. Cependant je redoute certains effets pervers possibles. En fin de compte, mon opinion n’est pas encore arrêtée à ce sujet.

     

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