RSS

Enfin

01 Sep

Enfin! C’est le premier mot qui me soit venu en tête quand j’ai lu ce matin que Pauline Marois s’ouvrait à la possibilité de tenir un vote libre sur certaines questions, comme le projet de loi 204 sur l’amphithéâtre de Québec. En fait, on semblait aller jusqu’à dire que seuls certains votes comme ceux sur le budget ou engageant le programme électoral du parti seraent soumis à la « discipline » des voix.

Enfin, sans pour autant que ce soit tout à fait nouveau. Dans l’ère pré-duplessiste, il arrivait qu’un député se prononce contre la position de son parti. Il arrivait même qu’un député écarté de sa formation lors d’une investiture parce que le chef le voyait d’un mauvais oeil retrousse ses manches et fasse campagne contre le candidat officiel à titre de libéral ou de conservateur indépendant, pour remporter la circonscription et rejoindre de nouveau son parti ensuite. Les députés s’en laissaient alors moins imposer qu’aujourd’hui. Bien sûr, avec Duplessis qui disait en chambre à ses ministres et même au président quoi faire, la situation a quelque peu changé…

Enfin aussi, sans que la chose se soit faite très naturellement! Il aura quand même fallu la démission de près de 10% du caucus péquiste, avec une pression médiatique et populaire intense, une dégringolade dans les sondages et plusieurs mois de querelles internes déchirantes pour que Pauline Marois en arrive à cette « concession ».

Enfin… et pourtant pas tout à fait. Parce qu’on s’interroge encore, chez les péquistes, sur la pertinence de la levée de la ligne de parti de manière aussi large. Certains députés sont pour, d’autres voient là un risque pour la cohésion du groupe et la solidité de la chef.

La ligne de parti, lorsqu’elle ne concerne pas les engagements électoraux pris collectivement par les candidats d’une formation politique ou, à la rigueur, les questions de confiance envers le gouvernement, n’est pourtant pas pertinente. Elle n’a aucun fondement légal (un député, une fois élu, n’est légalement redevable de ses votes qu’à lui-même et à la population aux élections suivantes). Et elle revient souvent à dire que le chef doit avoir toujours raison. Personnellement, je considère qu’un vrai leader sait tolérer la dissidence, parce qu’elle ne le met pas en péril. Il doit dégager cette assurance qu’il fait assez confiance à ses troupes et que celles-ci lui rendent assez cette confiance pour que la liberté de vote ne soit pas une attaque systématique à son autorité. Dans un vote libre, on ne vote pas contre ou pour son chef, on vote pour ou contre l’idée débattue.

Un député est élu certes avec un chef, mais aussi grâce à des militants et par la population de son comté. C’est à chaque député que revient le choix d’ajuster son vote aux préférences de l’un ou l’autre quand le vote ne porte pas sur une question sur laquelle l’élu s’est déjà engagé, par programme ou par promesse. Et c’est à chaque député d’assumer son bilan lorsque viendra le temps de repasser devant les urnes.

Cette mesure ne ferait pas du PQ un parti parfait, mais j’espère qu’il ira au bout de son idée et instaurera cette liberté de vote sur toute question hors programme et hors confiance au gouvernement. Ceci redonnerait plus de sens au rôle de député et contribuerait certainement à faire de la politique autrement. Surtout, j’espère que d’autres formations politiques emboîteront le pas, et que le vote libre deviendra une partie intégrante de nos moeurs politiques au lieu d’être perçu comme une attaque contre le chef ou le parti. Enfin.

Publicités
 
3 Commentaires

Publié par le 1 septembre 2011 dans Partis politiques, PQ

 

Étiquettes :

3 réponses à “Enfin

  1. Maxime

    1 septembre 2011 at 12:09

    « [Le chef] doit dégager cette assurance qu’il fait assez confiance à ses troupes et que celles-ci lui rendent assez cette confiance pour que la liberté de vote ne soit pas une attaque systématique à son autorité. Dans un vote libre, on ne vote pas contre ou pour son chef, on vote pour ou contre l’idée débattue. »

    Amen. Malheureusement, c’est certain que ce n’est pas comme ça que les journalistes traiteront la question et ce, tant que la façon que nous avons de concevoir la joute parlementaire ne changera pas.Je peux comprendre les députés récalcitrants qui savent que même si, en vérité, leur vote n’en est pas un contre le chef, il risque d’être interprété de cette façon.

     
  2. François Genest

    1 septembre 2011 at 12:28

    Ce serait une situation idéale. En pratique, les citoyens sont encouragés à voter pour les partis et à «sous-traiter» les décisions politiques en votant eux. Plusieurs facteurs contribuent à cette situation préoccupante. En voici trois qui me viennent à l’esprit :

    1) La société de consommation à démontré dans le passé qu’elle augmente le confort de la population de génération en génération.

    2) La publicité a démontré dans le passé son efficacité dans toutes les sphères de l’activité humaine.

    3) L’être humain a une capacité hors du commun à déterminer ses actions futures en fonction de l’appréciation de ses expériences passées.

    Dans l’état actuel des choses, le candidat qui n’est pas connu et qui ne bénéficie pas du soutien publicitaire d’un parti n’a aucune chance d’être élu. Les partis sont populaires grâce à la publicité et ils ont besoin de revenus pour alimenter leur production publicitaire.

    Heureusement (si j’en crois Hubert Reeves) la nouvelle génération est plus attentive au mode fonctionnement de la publicité et de l’influence qu’elle exerce sur ses choix. J’ai donc l’espoir que de plus en plus de citoyens se réveillent et dénoncent l’utilisation abusive de la publicité par les partis. Je suis optimiste et je pense que plus de jeunes vont voter quand ils entendront des idées franches et dénuées de propagande partisane.

     
  3. Manx

    1 septembre 2011 at 12:29

    À mon avis, le PQ avait été bâti avec une structure favorisant le vote libre et le droit à la dissidence. Je suis content que Pauline Marois reconnaisse à nouveau que les membres de son parti ont le droit d’être en désaccord avec le chef (ils ne se gênaient pas pour l’être de toute façon).

    Je vois d’un très bon oeil les derniers changements dans ce parti. Ils ont un bon programme qu’ils n’ont pas encore assez mis de l’avant et ils auront besoin d’être beaucoup plus présents durant la session parlementaire par rapport à cet été, s’ils veulent montrer qu’ils peuvent représenter la population. Mais au-delà de cette critique, ils reviennent avec des idées pour améliorer la démocratie Québécoise.

    La prochaine étape serait d’avoir un parti qui consulte la population au lieu de se limiter presque entièrement à ses membres.

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :