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Recherche… de fonds

02 Sep

Les lecteurs de ce blogue (que je remercie de me suivre) me connaissent jusqu’ici surtout comme citoyen désirant prendre la parole politiquement. La politique n’est pourtant pas le domaine que j’ai choisi pour mes études. J’ai plutôt choisi la chimie, ce qui m’a donné l’opportunité de travailler de façon prolongée au sein d’un laboratoire de recherche universitaire, le LASEVE. Ce laboratoire effectue des recherches sur des molécules tirées essentiellement des plantes de la forêt boréale et pouvant trouver des applications médicales, notamment comme traitements anticancer.

Cette semaine, à l’occasion d’une visite du député du PQ François Rebello au laboratoire, un de nos codirecteurs a dû lancer un cri du coeur: le manque de volonté des fonds subventionnaires et des investisseurs au Québec pour offrir du capital de risque à la recherche en biotechnologies compromet l’un des projets les plus prometteurs du laboratoire. Les brevets sur une substance pouvant améliorer l’efficacité des chimiothérapies tout en diminuant leurs effets néfastes pourrait fort bien devoir être vendue à des intérêts américains, à défaut de trouver le financement nécessaire pour faire les tests cliniques ici-même.

Au même moment, on apprend que des médecins liés aux campagnes de promotion du VPH ont déjà reçu des fonds d’entreprises pharmaceutiques produisant, entre autres, des vaccins. Je ne m’attarderai pas ici à savoir si cela pose ou non un problème éthique. Toutefois, on ne peut que dresser le constat qui suit: la recherche coûte de l’argent. Et cet argent, on le trouve où on peut… quand on le trouve.

On ne peut pas obliger les fonds subventionnaires comme ceux de Desjardins ou de la FTQ à investir du capital dans les recherches en biotechnologies, ni dans quelque forme de recherche que ce soit. On ne peut pas davantage interdire aux entreprises pharmaceutiques de financer de la recherche (ce qui serait plutôt absurde, non?). Mais, tant pour assurer le financement que l’indépendance des chercheurs, l’État a un certain nombre de responsabilités à assumer. Je doute personnellement qu’il le fasse assez au Québec.

On parle depuis bien longtemps de cette fameuse « économie du savoir » en émergence. Si les connaissances peuvent indéniablement aujourd’hui jouer le rôle de moteurs économiques (tout en possédant une valeur scientifique intrinsèque: il ne faut jamais oublier la nécessité de la recherche fondamentale, sans application commerciale immédiate), je crains que nous ne soyons en train de manquer le bateau. Certes, on s’est arrangé pour que le secteur privé investisse davantage en R&D, par divers incitatifs fiscaux. Mais du même souffle, nos programmes scientifiques collégiaux et universitaires sont en perte de popularité constante et le financement des recherches en milieu académique devient de plus en plus pénible à assurer. On n’a qu’à penser à cette fusion des trois fonds subventionnaires publics québécois (en santé, en sciences naturelles et en sciences humaines) en un seul et même organisme, ce qui laisse craindre une dégradation de l’accessibilité aux fonds, voire une réduction globale de leur montant.

L’État,  à mon avis, ne prend pas assez les devants au Québec en matière de recherche. Notre économie a longtemps reposé sur un recours massif aux manufactures et aux grandes industries (papier, aluminium, textiles…). Cette époque est derrière nous, surtout devant la concurrence des économies émergentes dans ces domaines. Il en existe un autre où nous pouvons tirer notre épingle du jeu, et c’est celui du savoir. Pour y arriver, par contre, le gouvernement du Québec devrait montrer l’exemple. Il faudrait mettre sur pied un réseau de centres de recherche publics, dans certains domaines ciblés où nous voulons et pouvons exceller, et y attirer les meilleurs chercheurs. Plus encore, il faudrait y assurer un financement public inconditionnel, de manière à permettre aux scientifiques d’y faire précisément ce pour quoi ils ont été formés: de la recherche scientifique! J’ai vu trop de chercheurs devenus malgré eux bailleurs de subventions à temps plein… En échange d’une telle contribution, l’État disposerait d’un certain pourcentage de tous les brevets déposés suite auxdites recherches. Et l’indépendance des chercheurs serait automatiquement assurée.

Il faudrait également redonner le goût des études en science aux jeunes Québécois. Les scientifiques Indiens, Chinois ou autres fourmillent dans nos laboratoires, alors que nous peinons ici à faire vivre certains programmes scientifiques et techniques. Un tel état de fait est inadmissible au vu de la manière dont l’économie se profile pour l’avenir. Il ne faudrait surtout pas manquer le train de l’innovation, sans quoi nous deviendrons entièrement dépendants de nos ressources naturelles pour faire tourner notre économie.

Tout comme nous avons dû apprendre à délaisser la culture d’être toujours ouvriers et employés pour devenir plus entreprenants et propriétaires, nous devrions également nous assurer de ne pas demeurer les consommateurs de technologie pour figurer nous aussi parmi les créateurs et les découvreurs. J’ai toujours été convaincu qu’il y avait là matière à établir un projet de société prometteur, et j’espère que nous gouvernements en saisiront un jour le potentiel.

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Publié par le 2 septembre 2011 dans Économie

 

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