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Refiler au suivant

03 Sep

Donner au suivant est un concept altruiste intéressant qu’à peu près tout le monde connaît maintenant. Altruiste, oui, quand bien sûr ce qu’on donne est un service sans espoir de contrepartie. Si ce qu’on offre, c’est un problème, c’est une toute autre affaire…

Nous aimons beaucoup au Québec « refiler » au suivant. On a longtemps refilé la facture des frais d’études aux suivants avec les politiques de gel. On n’a de cesse de refiler la dette aux générations futures avec des politiques publiques parfois douteuses. On leur refilera par le fait même un environnement déprécié par des décennies d’exploitation mal contrôlée. Et quarante ans de négligence ont refilé jusqu’ici, et plus tard encore, des infrastructures qui tombent en ruine.

Les problèmes d’infrastructures de Montréal sont bien connus. Mais à Saguenay, nous en vivons aussi notre lot. Le pont Dubuc, pont « moderne », constitue le lien vital entre l’arrondissement Chicoutimi et toute la partie nord de la ville de Saguenay. Il existe certes d’autres ponts enjambant le Saguenay, à la hauteur de l’ancienne ville de Shipshaw, mais il s’agit de voies secondaires assez éloignées du gros de la population et n’ayant pas été conçues pour accueillir un gros volume de circulation. Le pont Dubuc, construit en 1972, souffre d’un déficit d’entretien. De plus en plus fréquemment, des ingénieurs et des citoyens s’interrogent sur l’état graduellement plus préoccupant de l’infrastructure vieillissante dans le journal Le Quotidien. C’est sans compter qu’au moindre accrochage sur le pont, toute circulation entre les rives nord et sud sont paralysées des heures durant, parfois. Lorsque cela se produit, toute la rive nord est à risque d’être privée de services ambulanciers d’urgence…

Tout le transport lourd en provenance de la Côte-Nord ou s’y dirigeant et désirant éviter le traversier de Tadoussac et les routes cahoteuses de Charlevoix pour emprunter la nouvelle route 175 dans la Réserve faunique des Laurentides passe sur ce pont. La chaussée se ressent durement du passage répété de ces véhicules massifs. Et on commence à se dire que les piliers bétonnés du pont, lentement grugés par le gel et le courant, ne dureront pas éternellement.

L’idée de construire un second pont revient périodiquement dans l’actualité, avec son lot de partisans et d’opposants. Mais qu’on en vienne à cette solution ou non, les déficiences d’entretien sont inacceptables. L’ingénieur du MTQ à la retraite Claude Collard souligne dans le journal de ce matin que des travaux majeurs devraient être faits, résultats d’années de reports, de refilage au suivant. Et il ajoute au passage que le plus souvent, de telles réfections ne sont pas payantes politiquement (retards, bouchons, inévitables délais), ce qui fait que l’on reporte ad nauseam les travaux. Qu’on ne vienne pas s’étonner, ensuite, que le suivant à qui on a refilé les travaux à faire reçoive un viaduc sur la tête.

L’être humain a une tendance fondamentale à être négligeant sur l’instant et à ne réagir que lorsqu’une crise se produit. C’est vrai pour les infrastructures, mais aussi pour l’environnement, la dette, même en santé! Et si les gens vivent plus tranquilles en laissant tomber la prévention sur l’instant, ceux qui plus tard auront à gérer la crise en question paieront un prix qu’ils n’ont ni mérité, ni souvent les moyens de payer facilement. La paralysie du Québec que l’on perçoit à l’heure actuelle n’est peut-être pas étrangère à ces années de négligence. Et ce sera à nous, ou pire, aux générations futures, de recoller les morceaux et d’enterrer les morts. Car oui, des gens meurent à cause de ces mauvaises décisions.

L’État est censé être le garant de la responsabilité collective. Là où un individu aurait tendance à refiler au suivant, le gouvernement doit toujours se souvenir qu’il a le devoir de prévoir et de prévenir. Qu’importe le prix politique, il serait temps que nous apprenions de nos erreurs. Tout parti sérieux devrait s’engager à ne plus laisser les choses se dégrader en attendant la génération à venir. Ça aussi, ça fait partie du développement durable…

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