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Vous avez dit régionaliste?

05 Sep

Un des combats que j’ai toujours dû mener au sein du PLQ est celui de l’incompréhension des militants des grands centres envers ce que l’on appelle parfois presque péjorativement «les régions», dont la mienne. Parfois, cela allait jusqu’à expliquer que non, Saguenay n’était pas à 10 heures de route de Montréal et que oui, c’était bien la 7e plus grande ville au Québec. Ou à démontrer que le Lac-St-Jean et le Saguenay, ce n’est pas du pareil au même pour nombre de raisons tant économiques qu’historiques. Le plus souvent, toutefois, c’était sur le plan des idées que je sentais un clivage. Chez les jeunes tout particulièrement, j’ai toujours senti un certain clivage entre un bloc centré sur Montréal et la constellation de ceux provenant des régions.

Nous n’étions pas nombreux à militer au Saguenay, mais j’ai toujours eu à coeur que notre région présente des résolutions traduisant nos besoins particuliers ou, plus généralement, proposant des pistes de décentralisation à long terme. Souvent, nous nous heurtions alors à plus d’opposition que nous l’aurions prévu. Sur ces questions comme sur celles touchant l’agriculture, voire le rôle de l’État, il n’était pas rare de remarquer que les votes «pour» et «contre» étaient très dépendants de la géographie!

On en entend des belles sur les régions. Certains disent qu’elles se font vivre aux crochets de l’État. D’autres vont jusqu’à affirmer qu’elles n’ont aucun avenir et qu’on ferait mieux de les laisser mourir, voire de les fermer. Et nombre de personnes en ont une conception très folklorique ou biaisée pour n’avoir jamais quitté Montréal et ses environs. De ce fait, celui qui se dit régionaliste court le risque d’être rapidement catalogué comme passéiste ou naïf.

Pour ma part, je me base sur un constat similaire à celui que j’ai dressé sur la diversité canadienne, plus tôt. Sis sur un territoire énorme, le Québec présente des visages multiples. La vie, l’économie, le travail en Abitibi-Témiscamingue n’ont rien à voir avec ceux de la Gaspésie. Un Montréalais est parfaitement conscient que sa ville (qui est aussi une région!) est aux prises avec des problèmes de pauvreté, d’urbanisme erratique, d’infrastructures. Le Saguenéen, lui, voit plutôt la décroissance démographique, la dépendance aux grandes entreprises ou la démocratie municipale malade.

En dehors des blocs de population concentrés à Montréal/Laval/Longueil et Québec, les forces vives du Québec sont dispersées sur des milliers de kilomètres carrés, un territoire plus vaste que celui de la France pour une population dix fois moindre. Comment s’étonner alors qu’il soit difficile de tout gérer depuis les buraux de Québec?

Le régionaliste que je suis ne fait que prendre acte de cette réalité et de ses conséquences. Dans nombre de domaine, les solutions mur à mur à travers le Québec ne fonctionneront jamais bien, parce qu’elles ne seront pas adaptées aux réalités multiples sur le terrain. Souvent, nous nous heurtons à cette incompréhension des régions plus éloignées chez certains fonctionnaires de la capitale et chez les leaders d’opinion de la métropole. C’est vrai que nos régions-ressources sont vulnérables, économiquement et démographiquement parlant. Et si on leur laissait plus de place pour qu’elles prennent elles-mêmes les choses en main?

Être régionaliste, c’est simplement souhaiter que, progressivement, les régions (y compris urbaines et métropolitaine!) puissent se prendre en main, adapter les politiques publiques à leurs réalités propres, s’attaquer à leurs problèmes sans nuire à leurs voisines. Il existe pour y arriver une panoplie de voies intéressantes. Je tenterai de vous en exposer quelques unes bientôt. Mais pour que ça marche, il faudra de l’ouverture d’esprit, surtout chez les habitants des centres urbains. Et il faudra qu’un ou des partis se commettent à défendre cet idéal et ces valeurs.

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2 réponses à “Vous avez dit régionaliste?

  1. Manx

    6 septembre 2011 at 12:32

    Hehehe, j’ai l’impression que c’est en bonne partie pour ça que la majorité de la gestion du terrain est sous responsabilité des MRC. J’apprécie beaucoup ce pallier et je pense que bien qu’il ait déjà un pouvoir assez élevé, on bénéfécierait encore plus de lui en accorder d’autres.

    Ce qui m’a surpris quand je jasais avec du monde de l’extérieur de Montréal, c’était le sentiment de fierté dans l’accomplissement des régions. Je me rappelle du vice-recteur de l’UQAT qui me parlait d’un contrat qu’une ferme locale avait obtenu avec un distributeur alimentaire Américain qui était venu lui rendre visite. Son client n’en revenait pas que le producteur soit capable de fournir assez de stock pour remplir son contrat dans une telle région (ce qui nous faisait tous un peu rire). Les projets que l’on traiterait comme « peu importants » dans un grand centre urbain (comme les jeux du Québec ou la Compétition Québécoise d’ingénierie, qui seront tous deux dans ton coin en 2013) sont aussi considérés comme des événements phare et reçoivent un appui tellement meilleur hors de Montréal, Québec et Sherbrooke. La gang de Chicout qui nous a posé sa candidature pour la CQI-2013 était vraiment crinqué à bloc; ils avaient même l’intention de commencer à contacter des commanditaires cette année, sont arrivés avec les dates préliminaires de leur projet et avaient une façon de penser très différente des autres comités organisateurs que j’ai vus dans le passé.

    Ça ne m’étonne pas que la politique soit vue différement entre militants de Montréal, de Québec, possiblement de Sherby et le reste du Québec. La stratégie de développement est différente, les enjeux sont très spéciaux et j’ai souvent l’impression qu’il y a un manque d’empathie des gens des grands centres urbains pour ces causes. À part en les forçant à aller faire un tour à travers le Québec de temps en temps, je ne sais vraiment pas comment on pourrait les convaincre de la pertinence des enjeux régionaux, par contre.

     
    • Alexis St-Gelais

      7 septembre 2011 at 18:08

      Les exemples que tu avances sont pertinents, et il y en a d’autres. Ma copine n’étant pas de la région, elle m’en met un exemple sous le nez. Comme cette ligne de maisons préfabriquées qui vantait son produit 100% régional. Réaction immédiate de ma fiancée: à Laval, un argument comme ça n’aurait strictement aucune importance! Et pourtant, ici, si on le met dans la publicité, c’est bien que ça doit avoir un impact quelque part…

      C’est vrai que l’identité régionale n’est pas la même partout. En Montérégie, j’ai cru comprendre qu’on s’identifie plus à la ville majeure du coin où l’on est qu’à la région « Montérégie ». Ma réflexion à ce sujet ne s’arrête pas qu’au sentiment d’appartenance: il y a aussi une question de similarité des problèmes, des besoins et des réalités (géographiques, démographiques, économiques, culturelles, sociales…). Les régions sont des entités à cet égard relativement homogènes, bien davantage en tout cas que ne peut l’être le Québec dans son ensemble.

      Les grands centres urbains ont vite l’impression (du moins, c’est ce que je ressens de nombre de commentaires lus et entendus au fil du temps) que les régions sont des entités facultatives au développement du Québec, et que nous pourrions vivre aussi bien sans elles. Je doute du réalisme de cette assertion. Du reste, quoi de plus triste qu’un territoire vide et uniformisé dans quelques grandes agglomérations?

      Les régions ont un pouvoir politique qu’elles ne soupçonnent pas et n’exploitent pas. Puisqu’aucun parti ne s’est réellement proposé d’être le porteur de telles idées, ces dernières ne sont pas particulièrement présentes sur la place publique. Mais les comtés en région sont nombreux… Et du moment où un parti politique sait faire la promotion adéquate d’un projet sur la scène nationale, il se trouvera des gens dans les grands centres pour entendre le message et aller plus loin. C’est du moins mon espoir.

       

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