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Un scrutin juste et représentatif

10 Sep

La réforme du mode de scrutin… On en parle depuis si longtemps, sans jamais pourtant sembler s’en approcher. Un parti aura-t-il un jour le courage de procéder à cette réforme, une fois au pouvoir? À voir les déchirements s’étant produits autour d’un simple redécoupage de la carte électorale, on peut douter que le PLQ et le PQ en soient à cette étape. À voir si d’autres sauraient faire mieux.

Dans toute réforme du mode de scrutin, le diable est dans les détails. Pour ma part, je favorise un mode proportionnel mixte compensatoire. Il s’agit d’attribuer un certain nombre de sièges de la manière actuelle, mais d’en conserver une partie pour « compenser » l’écart entre le pourcentage des votes obtenus en province et le nombre de siège obtenus en chambre pour un parti. En prenant l’hypothèse d’une Assemblée nationale avec 90 sièges réguliers et 35 sièges compensatoires, on pourrait avoir par exemple la situation suivante:

Ce type de réforme est sans doute celui qui revient le plus couramment lorsqu’on songe à un nouveau mode électoral. Il a l’avantage de rapprocher de beaucoup la composition de l’Assemblée nationale de la volonté populaire exprimée. Il créerait aussi, sans doute, bien plus de gouvernements minoritaires. Certains voient cela comme un désavantage. Dans la mesure où la culture politique s’adapte à un tel changement, je pense que ce changement se ferait pour le mieux. Si A est souverainiste de gauche, B fédéraliste de droite, C fédéraliste de gauche et D souverainiste de droite, des combinaisons A-D vs B-C et A-C vs B-D seraient possibles, selon les cas. Bref, un tel mode n’est pas obligatoirement synonyme d’instabilité, puisque dans les deux cas précités et selon ma simulation, le gouvernement formé par A demeurerait en place. Il s’agit de savoir négocier et faire des compromis.

Ce qui m’agace le plus dans la proportionnelle mixte compensatoire, c’est la création de deux « catégories » de députés, qui tirent leur légitimité de sources différentes. Les députés à comté côtoient d’autres élus, choisis sur une liste préétablie par un parti avant les élections. J’ignore comment la culture politique s’adapterait à un tel changement, mais j’en suis venu à la conclusion que ce n’est qu’à l’usage que l’on saurait juger de la viabilité de ce système au Québec.

Des élections à date fixe me semblent également incontournables, pour réduire l’incertitude populaire autour du déclenchement d’élections et supprimer les calculs partisans relatifs à cette décision. De même, un financement essentiellement public mais quelque peu réduit des partis politiques (hormis peut-être 50 à 60$ annuels pouvant être donnés par les membres pour leur carte et des frais de participation à des activités) est souhaitable. J’en suis venu à cette conclusion non seulement en raison des failles possibles d’un système où le financement est en partie privé, mais également par expérience. La collecte de fonds, sous la pression des hautes instances du parti, est un énorme siphon de temps pour tous les militants d’une association de circonscription. Pareils efforts ne sont alors pas disponibles pour ce qui me semble plus important, comme le membership ou la réflexion politique à proprement parler. Du reste, il ne serait pas inutile de supprimer pour les partis l’incertitude liée aux entrées privées d’argent dans un contexte de cynisme généralisé, car cela a tendance à biaiser les priorités internes.

Un scrutin plus juste et représentatif n’est pas la solution miracle au cynisme et au désintérêt politique. Toutefois, sur le seul plan des principes, il faudra bien un jour qu’un gouvernement ait le courage d’y venir. Il en va de la légitimité même de notre système démocratique.

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8 réponses à “Un scrutin juste et représentatif

  1. Pierre-Olivier

    10 septembre 2011 at 11:07

    Bonjour Alexis. Intéressant billet. Je suis moi aussi mal à l’aise avec la création de deux catégories de députés. Je crois qu’une solution potentielle à cette situation serait d’éliminer complètement le système représentatif. Donc élire tous les sièges par la proportionnelle. Le problème avec cette solution est que le citoyen est attaché au député de circonscription. On briserait ce lien de proximité entre l’élu et son patron citoyen.

    Une solution à ce problème serait de baser le système sur une proportionelle régionale. La carte serait ainsi fondée sur les régions administratives, ancrées dans l’histoire du territoire, plutôt que sur des circonscriptions dont les limites changent au gré des mouvements démographiques. Chaque région ferait élire un nombre de député proportionnel à sa population. Ceci permettrait une plus grande diversité de collaborations entre les partis puisque les députés de différentes formations représenteraient ensemble leur région. Aussi, le citoyen aurait davantage de choix pour se tourner vers un député proche de son affiliation idéologique, alors qu’actuellement le citoyen est « pris » avec son seul député. Évidemment, une telle structure serait immensément plus apte à opérationaliser une véritable décentralisation des pouvoirs vers les régions !

    Si une région est trop petite, on pourrait considérer joindre 2 régions ensemble pour améliorer le ratio démographique. Aussi, on pourrait considérer, comme c’est le cas en Allemagne, une forme d’ajustement compensatoire national. Quelques sièges seraient rajoutés équilibrer les partis à l’Assemblée selon le vote populaire. Tu me diras qu’on créerait une 2e classe de députés, situation qu’on souhaitait justement éviter… Mais: (1) ceux-ci seraient en beaucoup plus petit nombre et SURTOUT, (2) il est fort probable que cet ajustement concerne des tierce partis qui ne feraient élire aucun ou très peu de députés en région. Pour ces partis, avoir des réprésentants nationaux est tout à fait approprié puisqu’ils devront représenter des électeurs éparpillés parmi toutes les régions.

    Qu’en penses-tu ?

    Pierre-Olivier

     
    • Alexis St-Gelais

      10 septembre 2011 at 12:22

      Nous partageons la même préoccupation avec un degré grandissant de proportionnalité, peut-être pour des raisons différentes (lien citoyen-élu ou représentation adéquate de la diversité territoriale du Québec).

      À mon avis, la proportionnalité complète s’applique bien à un territoire relativement uniforme, où tous partagent une réalité semblable. Pour instaurer la proportionnalité au niveau provincial, une décentralisation des pouvoirs devrait donc s’être faite au préalable, ou au moins simultanément. Si les régions deviennent plus autonomes et que les pouvoirs se rapprochent du citoyens, il devient moins « grave » d’élire l’Assemblée nationale sur une base purement proportionnelle. En effet, chaque région aurait les moyens requis pour quand même orienter l’action publique en fonction de ses besoins propres. L’Assemblée nationale se concentrerait alors sur les problèmes qui concernent l’ensemble des Québécois, sans égard à leur région, et la proportionnelle pure ne m’inquièterait pas trop. J’y accolerais toutefois une structure de chambre des régions, une sorte de sénat paritaire où toutes les régions seraient représentées par un même nombre de délégués. Mais c’est un autre débat.

      L’idée de la proportionnelle « régionalisée » est intéressante, mais j’ai toujours cru que sa mise en application serait complexe. Par exemple, le Saguenay-Lac-St-Jean compte cinq circonscriptions. Dans l’optique où l’on conserve le même nombre de sièges par région qu’actuellement, cela voudrait dire qu’il faudrait 20% à un parti dans ma région pour obtenir un siège dans ma région. À 30%, arrondit-on au supérieur où à l’inférieur? Et que dire des régions comme la Côte-Nord où il y a moins de circonscriptions encore? Adjoindre des régions entre elles vient en quelque sorte nier cette recherche d’autonomie de chaque région pour elle-même… Je trouve que ce système est un peu « carré » si l’on ne multiplie pas à l’infini le nombre d’élus. Et on en revient, comme tu le soulignes, à un système compensatoire qui crée deux catégories de députés. Certes, les petits partis en bénéficieraient davantage, mais n’est-ce pas assez ce qui se produit avec, par exemple, mon élection fictive dans ce billet?

      Mais seuls les fous ne changent pas d’avis. Il faut simplement finir par s’arrêter sur une formule et la mettre en place. En cette matière, peut-être le mieux devient-il l’ennemi du bien…

       
  2. Simon Beaudoin

    10 septembre 2011 at 14:54

    Salut,

    Je vais y aller en ordre inverse de possible émotivité… Les élections à date fixe, je suis tout à fait pour, mais il faudrait être bien conscient que ça ne signifie pas que l’opposition ne peut pas renverser le gouvernement si la coalition éclate ou devient minoritaire. Il ne faudrait pas non plus que le premier ministre n’ait absolument aucun moyen d’avoir un vote de confiance si le parlement est totalement dysfonctionnel..

    Ensuite, à propos du financement des partis politiques, il faut être bien conscient que réduire le financement privé à peau de chagrin, ça signifie certaines choses. D’abord, un nouveau parti politique a très peu de chances d’émerger, car si 50$ est une limite annuelle, désolé mais en tant qu’étudiant qui ne se croit pas si riche que ça, je serais près de défoncer cette limite. Si le financement vient totalement d’un financement public basé sur les votes déjà obtenus, ça signifie que l’on bloque à l’entrée l’accession à notre système partisan. À titre d’exemple, un éventuel parti appelé « coalition pour l’avenir du Québec -François Legault » aurait bien plus de difficulté à décoller que l’Action Démocratique du Québec -Mario Dumont en son temps. Bref, il faut être prudent, sinon on pourrait frustrer les citoyens en les forçant à se joindre uniquement aux formations existantes.

    Maintenant, la grande question : Le mode de scrutin. J’en suis venu à privilégier un système tellement complexe qu’il n’aurait malheureusement aucune chance d’être accepté en référendum, excepté si on l’essayait en deux temps. Bref, je suis à la fois pour le scrutin préférentiel : les candidats A, B, C et D se font donner des préférences, on élimine le dernier et on distribue les deuxièmes choix jusqu’à ce qu’il y ait un candidat qui ait 50%+1 des voix, et pour le scrutin proportionnel : On a une case pour le parti et on s’arrange pour avoir un pourcentage de député égal au pourcentage de voix exprimées en faveur d’un parti.

    La raison de cette synthèse que j’essaye de faire entre les deux systèmes est que j’ai constaté que la proportionnelle mixte nécessiterait, au Québec, des fluctuations importantes du nombre de député. Le système préférentiel diminuerait déjà les distorsions du vote majoritaire et on pourrait ensuite appliquer la proportionnelle pour le reste

    Ensuite, je me suis posé la même question que Pierre-Olivier, à savoir qu’advient-il de l’indépendance des députés, mais j’en suis venu à une conclusion différente. D’abord, un système purement proportionnel pourrait faire en sorte que tous les candidats d’un même parti viendraient du même quartier, si ce n’est du même bloc appartement. Comme attachement à un député local, on a vu mieux. En fait, ma préférence va dans ce cas à un système qui a le grand défaut de n’avoir jamais été tenté : récupérer un candidat défait.

    En Allemagne, on utilise un système de liste, ce qui pose le problème suivant : les députés élus selon cette liste n’ont aucune légitimité s’ils veulent s’élever contre le parti. Je proposerais une version de ce système de liste dans lequel les candidats qui étaient le plus près de 50% des voix dans leurs circonscriptions respectives seraient, dans un cas où il y a moins de député d’un parti que de vote populaire en faveur de ce parti, « sauvés ». Ils deviendraient ainsi des députés effectivement régionaux, mais ils seraient beaucoup plus rare étant donné l’appui au système préférentiel que j’ai exprimé plus tôt. La volonté populaire serait également mieux respectée et ces députés pourraient, à la limite, déserter leur parti tout en continuant à représenter leur région.

    Je finirais ce point en disant que je ne crois pas que les propositions d’élection du premier ministre au suffrage universel, de référendum d’initiative populaire ou de recall soient de très bonnes idées. Le parlement est le centre de notre démocratie, ne pourrait-on pas essayer de l’améliorer avant de proposer n’importe quoi qui pourrait court-circuiter son importance?

    Aussi, je dois dire qu’il est admirable qu’une suggestion de vote proportionnel vienne d’une personne des « régions », parce que l’objection à un tel changement semble souvent venir de là. Pour ma part, j’ai vécu à Beauce-Nord pendant 7 ans et, franchement, en tant que beauceron, je préfère le respect de la règle 1 personne = 1 vote qu’un concept étrange selon lequel il faudrait préserver les circonscriptions devenues trop peu populeuses.

    Simon Beaudoin

     
    • Alexis St-Gelais

      10 septembre 2011 at 15:08

      Bonjour Simon,

      Je suis bien d’accord avec les possibilités de renversement malgré une loi sur des élections à date fixe. En fait, il faudrait simplement s’arranger pour qu’un PM qui démissionne, au lieu de déclencher à priori des élections, entraîne plutôt une démarche de formation d’une nouvelle coalition en chambre, voire l’émergence d’un nouveau leader provenant du même parti. Et si aucune entente n’est possible, après un certain délai, des élections anticipées pourraient être déclenchées. Mais il faut éviter de laisser au premier ministre l’entièreté de la prérogative du déclenchement des élections.

      Tu soulèves un point intéressant auquel je n’avais pas pensé en regard du financement politique. J’aurais donc tendance à me rabattre sur une augmentation du financement public et un plafond GLOBAL de dons recevables pour un parti dans une année. Au lieu de limiter chaque don individuellement, un parti ne pourrait pas, par exemple, récolter plus de 1 000 000 $ en dons privés dans une année. Cela évite que trop d’efforts ne soient consentis à la récolte de fonds au détriment du contenu et de la mobilisation. Et ledit plafond pourrait être indexé au coût de la vie, pour qu’on n’ait pas un problème de sous-financement dans 30 ans.

      La récupération de candidats défaits plutôt qu’une liste électorale, dans la perspective d’un nouveau mode de scrutin, m’apparaît intéressante (qu’il soit proportionnel, préférentiel ou autre). Cela aurait le mérite de diminuer en quelque sorte le pouvoir discrétionnaire du parti de nommer qui il veut sur cette liste, puisqu’il devrait plutôt reprendre prioritairement son candidat le plus étroitement défait. Cela peut aussi donner un espoir aux gens ayant mené une chaude lutte perdue de peu dans leur comté, et récompenser leurs efforts. Petit défaut par contre: on punit, en quelque sorte, les oppositions dans des comtés forteresse, car le candidat local n’a aucune chance d’être récupéré, fût-il de grande valeur, étant écrasé.

      Pour le reste, il s’agit d’une alternative intéressante. Mais serait-elle susceptible de rallier autant de monde que ne semble le faire la proportionnelle mixte pour l’heure? Il importe quand même de dégager un certain consensus pour en arriver un jour à une réforme, quelle qu’elle soit…

       
  3. Simon Beaudoin

    10 septembre 2011 at 15:39

    Salut,

    Bien sûr, ma vision est complexe, mais que tu puisse l’apprécier est déjà très bien de mon point de vue. Ça prouve que je ne suis pas trop déconnecté! Il faut ajouter qu’il faudrait limiter la répartition des sièges proportionnel aux partis qui ont obtenus un certain pourcentage de voix, afin d’éviter une fragmentation excessive du vote. 5% me semble tout à fait gérable.

    Pour les élections à date fixe, nous sommes tout à fait d’accord. L’unique problème est que la prérogative de déclencher des élections devrait échoir au lieutenant-gouverneur (où quel que soit son nom officiel), or celui ci est nommé par le premier ministre. Il faudrait également trouver un moyen de nommer le lieutenant-gouverneur différemment, ou bien leur donner des balises vraiment stricte du genre : pas d’élections avant 48 heures suite au renversement du gouvernement par l’opposition. C’est ce qui se fait en Allemagne, où le président est nommé par la chambre des communes et le sénat réunis, en tout cas..

    Pour le plafond absolu au financement des partis politique… Bon sang, mais pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt! Ça me semble parfaitement faire du sens et ça ne nuit pas du tout à un éventuel nouveau parti. Il faudrait seulement que le niveau choisit permette à un parti de continuer à fonctionner sans que ce ne soit pour autant la course au financement maximal ou à l’échappatoire fiscal.

    J’ai aussi pensé que les candidats dans les zones moins chaudement disputées seraient désavantagés par mon système, mais je ne vois honnêtement pas de façon de régler le problème à part en faisant une distribution partiellement régionale. Mais un tel schéma me paraîtrait un peu étrange.

    Je suis très conscient que cette idée n’est pas la plus en vogue en ce moment, mais je suis ouvert. Je suis d’avis que c’est la division entre ceux qui veulent le changement qui pose problème. Si je vois quelque chose qui semble aller dans mon sens, je l’appuie. L’ennui, c’est que le groupe qui semble le plus en vue actuellement pour une réforme du mode de scrutin est le MDN (Mouvement Démocratie Nouvelle) et qu’ils demandent, en plus d’une réforme du mode de scrutin, des quotas de femmes et d’immigrants à l’Assemblée nationale et des récompenses aux partis politiques qui respecteraient ces quotas. Comme ils insistent là dessus, je ne crois pas que je pourrai les suivre encore longtemps. Je trouve absolument aberrant qu’on puisse retourner à une discrimination du candidat basé sur quel critère que ce soit.

    Simon Beaudoin

     
  4. François Genest

    11 septembre 2011 at 16:31

    L’idée d’introduire une part de proportionnalité dans le mode de scrutin est séduisante mais je ne veux pas m’avancer sur le sujet sans d’abord souligner ma conviction que ce qui est appelé couramment : «désir de changement» a pour objet la conduite politique et non les institutions publiques. Étant donné cette conviction, je pense que c’est une erreur de modifier une institution publique comme le mode de scrutin sans avoir identifié de façon publique et consensuelle les causes du dysfonctionnement existant. Je vais partager mon raisonnement avec vous.

    Prenons comme point de départ les énoncés suivants et faisons l’hypothèse qu’ils s’appliquent à une organisation donnée de la politique. Cette organisation est délibérément laissée comme une inconnue afin que la démonstration reste la plus générale possible :

    «Les électeurs sont habitués de concentrer leur attention sur les chefs de partis. Les candidats à la députation sont recrutés parmi les électeurs. Les députés doivent défendre leur chef et leur parti. Les chefs ont tout intérêt à baliser la participation de leurs députés au discours public.»

    Pour les fins de l’argumentation, je vais esquisser deux points de vue. Ces points de vue communs recèlent des dangers avérés. (Ils ne devraient jamais servir à justifier la répression ou la corruption.)

    D’un point de vue strictement utilitaire, cette organisation a le potentiel d’optimiser le temps consacré à la conduite de la politique. Ce serait les citoyens les plus intéressés à la politique qui s’y adonneraient, permettant aux autres de concentrer leurs efforts ailleurs. En temps de crise nationale, plus de citoyens pourraient s’impliquer en politique. En cas de crise internationale, les citoyens, y compris les chefs de partis, devraient se rallier au chef d’État.

    D’un point de vue strictement subversif, cette organisation a le potentiel d’optimiser les investissements nécessaires à l’avancement d’une cause en dehors du discours public. L’éducation et l’information des électeurs devraient être réduites, permettant à la critique d’être simplifiée. En temps de crise nationale, les mouvements populaires seraient reconnus par de nouveaux partis. (Les crises internationales cadrent mal à l’intérieur de ce point de vue.)

    J’ai l’impression que le «désir de changement» est issu de la volonté de neutraliser la subversion apparente des partis tout en continuant de profiter de leurs aspects utiles. Ainsi je pense que le mode de financement et le mode de scrutin sont accessoires. Pour assouvir ce «désir de changement» de façon durable, je pense qu’il faut revoir les modes de communication entre les partis et les électeurs.

    Les chefs de partis devraient trouver un intérêt à ce que leurs députés et leurs proches conseillers entretiennent un dialogue libre avec les citoyens. Les électeurs devraient avoir l’occasion de récompenser la curiosité, l’ouverture et l’effort de leurs représentants. Comment? Cette question n’est jamais close. Le partage des connaissances et des pouvoirs, une presse libre, des élections démocratiques : voilà des sujets qui sont d’intérêt pour chaque génération. Le diable est dans les détails, dites-vous? Dans le même esprit, n’oubliez pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Si une réforme du mode de scrutin est nécessaire, je devrais pouvoir en être convaincu avant de procéder au changement.

    Au moment de mettre un terme à ces réflexions, j’espère n’avoir pas trop débordé du sujet. Au fond, retenez-en ce qui vous est utile et laissez de côté ce qui pourrait vous subvertir 😉

    François Genest

     
  5. Simon Beaudoin

    12 septembre 2011 at 17:15

    Salut François,

    Ton questionnement est tout à fait légitime et je m’en voudrais de ne pas essayer d’y répondre d’une façon satisfaisante.

    D’abord, je crois qu’un changement du mode de scrutin peut contribuer à changer la culture politique, la rendant plus consensuelle et clarifiant le rôle des partis politiques, qui ne sont en ce moment, à mes yeux, qu’une création des députés qui a pris le contrôle de ses créateurs. Le problème que je perçois dans la façon actuelle de voir les choses est qu’un temps considérable est dépensé à simplement s’arranger pour gagner des circonscriptions « clefs », ce qui ne serait pas le cas si le vote populaire déterminait le résultat final des élections ou du moins si le vainqueur d’un scrutin était moins évident.

    Sincèrement, je ne veux pas que mon député défende ma circonscription au dépend des autres ou qu’il fasse un bilan de ce qu’il a fait pour cette circonscription particulière. Je préférerais que les députés acheminent leurs idées à l’Assemblée nationale et que ces idées servent à faire avancer notre société.

    Est-ce que ça réglerait tout? Sûrement pas! Mais au moins, ça donnerait un sens à notre affirmation selon laquelle nous sommes une démocratie représentative. Ce que je vois, c’est un écart entre ce que nous disons être et ce que nous sommes. Pour plusieurs, quand on vote aux élections, on vote pour un premier ministre, ce qui est faux. Si on voyait deux colonnes dans le bulletin de vote, une pour le parti l’autre pour le député, ce serait déjà plus clair qu’on vote pour le parti et pour le député. Ce serait aussi plus en phase avec l’impression qui me semble de plus en plus répandue selon laquelle le député représente davantage son parti qu’il représente ses électeurs.

    En fait, ça permettrait aux députés de s’affranchir de leurs partis dans certains dossiers, fort du vote en leur faveur, alors qu’actuellement on ne sait pas si ce sont les partis, les députés ou les chefs qui sont la raison pour laquelle les citoyens ont votés pour un député.

    Je répond peut être à c^poté, mais je n’ai si bien compris que ça ton exemple, plutôt ton affirmation de base.

    Simon

     
  6. François Genest

    13 septembre 2011 at 14:55

    Bonjour Simon,

    Je vais donner l’exemple d’une copropriété de 100 logements répartis dans 10 immeubles dont les propriétaires sont regroupés en 5 syndicats verticaux, soit un par deux immeubles. Ces 5 syndicats sont regroupés en un syndicat horizontal pour l’administration des parties communes. Chaque syndicat vertical organise une assemblée annuelle de ses membres au cours de laquelle trois administrateurs sont choisis. Une fois par année, ces derniers envoient un des leurs comme délégué au conseil d’administration du syndicat horizontal.

    Pour un nouveau venu, l’apprentissage de l’administration demande beaucoup de temps la première année et devient routinière par la suite. Disons qu’il y a peu de reconnaissance et d’argent à gagner pour les copropriétaires qui s’impliquent dans l’administration.

    Or, une année les administrateurs n’arrivent plus à s’entendre et décident de tous quitter leur poste et de déménager. De toute urgence des administrateurs doivent être désignés parmi les copropriétaires restants. Les seuls qui se portent volontaires sont Alice, Bob et Charlie.

    Alice pense qu’il suffit simplement de mettre de l’ordre et distribuer les tâches de façon à ce que tout le monde contribue équitablement. Elle propose d’être désignée présidente du syndicat horizontal . Durant son mandat, les tâches seront divisées de façon efficiente entre les administrateurs et elle utilisera son autorité pour s’assurer que tout le monde soit à son affaire.

    Bob pense qu’il peut donner du travail à son beau-frère qui en a bien besoin. Comme il faut de toute façon engager quelqu’un pour faire l’entretien des aires communes, en s’arrangeant pour faire donner le contrat à son beau-frère, il se dit qu’il rend service à la fois aux copropriétaires et à sa famille. Bob propose d’être désigné président du syndicat horizontal. Durant son mandat, il s’occupera de l’attribution des contrats et le reste du travail pourra être partagé entre les autres.

    Charlie est un nouveau copropriétaire et on ne sait rien de lui. Il dit simplement qu’il se présente pour rendre service. Cependant, il est dans l’immeuble X qui a mauvaise réputation.

    Dans cet exemple, le point de vue d’Alice serait essentiellement utilitaire tandis que celui de Bob pourrait être décrit comme étant subversif (et criminel s’il exige une redevance de son beau-frère!) À défaut de se faire une opinion éclairée de la situation, les copropriétaires ne seront bien servis par aucun mode de scrutin.

    François

     

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