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L’écologisme politique

21 Sep

Je me suis jusqu’ici qualifié de fédéraliste, de progressiste et de régionaliste. Au cours des récentes années, j’ai été amené à m’intéresser à une autre école de pensée : l’écologie politique. Pourtant, je suis en fréquent désaccord avec les positions de gens se réclamant de l’écologisme, notamment Greenpeace.

J’ai longtemps eu une mauvaise conception de ce qu’est l’écologie politique, basée justement sur l’image renvoyée par les groupes militants se qualifiant d’écologistes. Au fil de mes découvertes, je me suis rendu compte qu’il ne s’agit pas d’un courant de pensée unique. À proprement parler, l’écologie est une science qui s’intéresse aux relations et équilibres entre trois composantes de la vie d’une espèce vivante : l’individu, le groupe et l’environnement. C’est une approche multidisciplinaire qui fait appel à une foule d’autres sciences : biologie, climatologie, chimie, etc.

L’étude écologique des espèces sociales est plus complexe, car les relations entre l’individu et le groupe dépassent alors la compétition et la reproduction pour intégrer des notions de coopération, de codes sociaux, etc. Le cas précis de l’espèce humaine est plus riche encore : il s’agit d’une espèce politique, chez qui le groupe interagit avec l’individu et vice-versa à travers des institutions, qu’il s’agisse simplement d’un titre de chef de clan ou de quelque chose de plus complexe comme un système parlementaire. L’écologie politique est donc de l’écologie s’intéressant au cas particulier de l’espèce humaine et intégrant non seulement les sciences naturelles, mais également sociales (politique, sociologie, psychologie, etc.).

L’écologisme politique est le penchant « appliqué » de la science qu’est l’écologie politique. Ce courant cherche donc à préserver et améliorer les équilibres entre les individus, la société et l’environnement. Contrairement à ce que l’on pourrait croire d’emblée, donc, il existe deux composantes aux idées écologistes : l’écologie dite « profonde », qui veut protéger l’environnement, et l’écologie « sociale », qui cherche à harmoniser les relations humaines en société.

Les conceptions de gauche et de droite sont souvent, aujourd’hui, décomposées en deux axes pour mieux refléter la diversité des courants politiques. Le premier est l’axe des valeurs sociales, où l’on oppose souvent la permissivité au conservatisme. Le second est l’axe économique, où la droite préconise un État limité et la gauche une intervention publique de redistribution de la richesse. L’écologisme se situe en dehors de ces deux axes. Il pourrait constituer un axe à lui seul. C’est donc dire qu’il existe plusieurs écoles d’écologistes. J’en ai moi-même dégagé quatre grands types, classés selon un axe « contrainte-liberté ».

En règle générale, plus on se rapproche du pôle de la liberté d’action, moins les mesures de protection de l’environnement sont susceptibles d’être efficaces. Par contre, puisque l’on n’impose aucune contrainte formelle et que l’on cherche à intégrer les gens à la démarche de façon dynamique, l’aspect social de l’écologie politique est mieux traité. L’écologisme volontaire cherche à rallier les gens par l’exemple. Il prône l’expérimentation sociale et environnementale, avec des mesures comme la simplicité volontaire, les communautés écologiques, le commerce équitable, etc. Le penchant « extrémiste » de ce courant est incarné par le Mouvement pour l’extinction volontaire de l’humanité, qui prône un arrêt volontaire de la reproduction humaine pour rétablir l’harmonie naturelle.

À l’autre extrême, l’écologisme de contrainte est très efficace pour protéger l’environnement, mais délaisse souvent davantage le consensus social et la réforme des relations humaines. L’écologiste de contrainte voit l’être humain comme un problème bouleversant l’équilibre naturel. Pour préserver la nature, il faut donc instaurer des règlements très sévères, des interdictions et des peines pour ceux qui la dégradent. À l’extrême, on retrouve certains mouvements comme Earth First!, qui prône la désobéissance civile et même le sabotage économique.

Bien évidemment, il existe des voies intermédiaires plus modérées. Les écologismes progressiste et incitatif se distinguent surtout par la vigueur avec laquelle ils proposent d’atteindre les objectifs de l’écologisme. Le progressiste, comme l’écologiste de contrainte, voudra instaurer des interdictions, des normes, des changements d’habitudes, le délaissement de certaines activités, mais en laissant auparavant une période d’adaptation aux entreprises et aux individus. Les incitatifs cherchent plutôt à amener les gens à revoir leurs pratiques d’eux-mêmes, en utilisant la technique de la carotte et du bâton : grâce à des taxes, des programmes, des pénalités, des sociétés d’État ou de la sensibilisation, on espère réorienter l’économie et la société sans pour autant tordre le bras de quiconque. Dans ces deux types d’écologisme, la perspective est assurément à plus long terme que dans leurs pendants plus radicaux.

Selon la manière dont il est vu, l’écologisme politique n’est donc ni monolithique (comme on le croit souvent), ni forcément radical. Il peut s’harmoniser avec d’autres idéaux, de gauche ou de droite, conservateurs ou progressistes. C’est en découvrant toutes ces nuances que j’ai commencé à voir l’intérêt de l’écologisme incitatif. J’essaie donc, aujourd’hui, d’intégrer cet aspect des choses dans mes prises de position.

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2 réponses à “L’écologisme politique

  1. François Genest

    21 septembre 2011 at 12:54

    Très intéressant comme analyse. Ça démontre bien à quel point les mêmes mots peuvent signifier des choses très différentes selon les interlocuteurs. Certains philosophes pensent que Socrate errait en essayant d’aider les autres à énoncer leurs idées. Il n’y aurait selon eux aucun concept absolu de justice par exemple (et on pourrait la même chose d’une «écologie saine») mais seulement des points de vue relatifs à la situation des êtres y pensant. Philosophiquement, je constate que c’est irréfutable mais je suis d’abord et avant tout un être doué d’intelligence et qui se soucie du bonheur des autres. D’où mon opposition citoyenne au relativisme moral de nos dirigeants.

     
  2. Alexis St-Gelais

    23 septembre 2011 at 08:14

    C’est bien la raison pour laquelle il faut commencer par expliquer ce qu’on entend par une étiquette (régionaliste, fédéraliste, écologiste…) quand on s’en réclame, même si cela ne fait pas les billets les plus populaires! On passe parfois trop vite sur la définition des concepts, ce qui entretient nombre de malentendus…

     

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