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Autrement, la politique?

28 Sep

Faire la politique autrement.

L’expression elle-même est presque en train de devenir source de cynisme, ce qui n’est pas sans ironie. On y est allé de toutes sortes de propositions pour rapprocher le pouvoir du citoyen, ou pour réduire la partisannerie. Je suis moi-même favorable à quelques uns de ces mesures, comme les élections à date fixe, la réforme du mode de scrutin ou le vote libre en chambre. Cependant, je suis de ceux qui pensent qu’aucun de ces solutions ne régleront réellement le problème. Jusqu’ici, je n’ai entendu personne parler de ce qui ronge à mon avis le plus la politique, à part les allégations de corruption…

La démocratie telle qu’elle devrait être en théorie pratiquée ici consiste à déléguer l’exercice du pouvoir à tous les quatre à cinq ans à une assemblée de 125 citoyens choisis par leurs pairs. N’importe qui devrait pouvoir prétendre à ces fonctions. Et comme ce sont des citoyens qui deviennent députés, on devrait être en droit de s’attendre à ce qu’ils nous parlent d’égal à égal.

Les jeux Olympiques sont censés être réservés aux athlètes amateurs. Mais, entre vous et moi, il n’y a plus grand-chose d’amateur lorsqu’on y regarde de plus près. C’est la même chose en politique. L’un des grands maux qui affectent notre système, c’est ce que j’appellerais la « professionnalisation » du milieu.

Le cas est typique. Avant les années 1960, la politique était le fait de « self-made men », des avocats du comté et de gens au verbe coloré. La relation était assez directe entre l’électeur et son député… peut-être trop, avec tout ce que cette façon de fonctionner comportait de népotisme, d’arbitraire et d’agressif. Parallèlement à la Révolution tranquille, les habitudes médiatiques ont changé. Les assemblées de cuisine, les débats entre candidats dans chaque paroisse ont fait place à un débat des chefs télévisé, où l’image jouait un grand rôle. Un mouvement de pendule s’amorçait. D’un modèle très (trop!) « vrai monde », on a migré vers un autre très formaté. « Spin doctors », firmes de communications, recours à d’innombrables experts et technocrates, multiplication des conseillers font aujourd’hui partie intégrante du système. On contrôle avec grande précaution le message.

Comme en toute chose, des mouvements de pendule de ce genre nous conduisent souvent d’un extrême à un autre. Nous en sommes aujourd’hui arrivés à un point où le degré de formatage professionnel de la politique est si grand que nos élus nous donnent davantage l’impression d’être des robots que des citoyens parmi les autres, ou encore d’être complètement déconnectés. Ainsi un débat des chefs est-il, au fond, l’occasion de débiter une litanie savamment apprise par chacun des participants pendant des heures de briefing, le tout en habits longuement médités, avec une attitude contrôlée à l’extrême. Tant et si bien que l’analyse de ces débats se concentre désormais plus sur les rares moments où nos politiciens redeviennent humains et « commettent une erreur », c’est-à-dire sortent un peu de leur artificialité. De même, les ministres sont entourés d’une armada de conseillers en tout genre, et je me demande jusqu’à quel point cela ne les coupe pas de la réalité sur le terrain (« ne vous en faites pas, patron, ça n’est pas si grave… Les gens finiront par comprendre… Vous faites du bon travail! »). Même la Cour suprême est aujourd’hui chargée de trancher les débats pourtant politiques et non juridiques les plus chatouilleux, dans lesquels les politiciens n’osent plus se mouiller!

Il n’y a là rien pour amener le citoyen à s’identifier à ses élus, à leur faire confiance et à sentir qu’il peut les influencer. Être politicien n’est plus l’affaire de citoyens ordinaires, mais celle d’organisations complexes qui reposent beaucoup sur le recours à une foule de services professionnels et de conseillers pour formater les moindre faits et gestes des élus. Plus que des modifications fonctionnelles au mode de scrutin ou à la manière dont les partis s’articulent à l’Assemblée nationale, c’est dans les attitudes et les pratiques politiques qu’une mutation s’impose. Je ne suis pas en train de dire qu’il faille revenir au populisme à la sauce de l’Union nationale, comme le faisait souvent l’ADQ sous Mario Dumont. Ni qu’il faille se débarrasser de tous les conseillers politiques. On peut parler vrai tout en disant des choses intelligentes. On peut avoir des conseillers sans se fier aveuglément à eux pour la conduite de nos affaires. Simplement, on aimerait sentir que nos députés et ministres sont plus personnellement conscients qu’ils ne sont que des citoyens parmi d’autres, que ce sont eux les élus et non leurs adjoints et que lorsqu’ils prennent la parole, ce sont eux qu’on veut entendre et non leur firme de relations publiques.

Ce sont évidemment des constats généraux. Certains politiciens se démarquent à cette enseigne. Le problème, c’est que ça n’est généralement pas ceux qui ont le plus de poids dans la conduite des affaires du gouvernement! À quand une modification des mœurs politiques?

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3 réponses à “Autrement, la politique?

  1. François Genest

    28 septembre 2011 at 10:54

    Nous ne sommes pas seuls à souhaiter l’amélioration des élus. As-tu pris connaissance de la lettre ouverte de Denis McCready? (http://voir.ca/jepenseque/2011/09/08/lettre-ouverte-aux-autres-humains/) La réponse des lecteurs est impressionnante. J’ai récemment envoyé un mémoire sur le journalisme à Christine St-Pierre et j’espère qu’elle l’interprétera comme une perche tendue à la classe politique. J’essaie ainsi de poser des gestes concrets en vue favoriser les échanges avec les élus. Quoi de mieux que de réinvestir les forums officiels en plus d’en créer de nouveaux? Bonne journée, Alexis.

     
  2. Alexis St-Gelais

    28 septembre 2011 at 11:42

    J’avais lu cette lettre, et elle m’a laissé plutôt froid. Ce genre d’appel survolté m’apparaît au mieux déplacé, au pire dangereux. Trop sentimental à mon goût. Nous avons déjà tous les outils nécessaires pour reprendre le contrôle de notre système démocratique, notamment en montrant aux « vieux partis » qu’ils ne sont ni éternels ni omnipotents. C’est vrai qu’il faut secouer une certaine apathie, mais je ne me prends pas pour autant à rêver d’un quelconque automne québécois, comme certains l’exagèrent sur les réseaux sociaux. Je nourris l’ambition du changement, mais pas de la révolte. Et je me méfie de la colère. De toute façon, je fais déjà ce que M. McCready prône: j’utilise les réseaux sociaux à des fins politiques qui, je l’espère, seront utiles en temps voulu.

    Quant à la consultation, j’ai hâte de voir ce qui va en ressortir. Mais du peu que j’ai pu entendre en provenance du milieu journalistique hors-Montréal, la ministre rate la cible. Je doute qu’elle réussisse à faire avaler quelque réforme que ce soit à la profession, sinon par la force (et ce n’est pas souhaitable). Les journalistes eux-mêmes sont trop divisés… Du reste, cette consultation fait suite à une autre consultation ayant déjà mené à un rapport. N’espérons pas beaucoup de nouveauté supplémentaire, hélas…

     
  3. François Genest

    29 septembre 2011 at 13:08

    À propos de la consultation publique de Christine St-Pierre :

    Le processus d’introduction de lois structurantes par le gouvernement actuel est assez prévisible. La prochaine étape après la consultation publique de madame St-Pierre sera la présentation d’un projet de loi à l’assemblée. Comme pour les lois précédentes modifiant les structures en santé et en éducation, toutes les étapes du processus démocratique auront été respectées à la lettre. Ce qui suscite le cynisme, je pense, c’est le manque d’écoute du gouvernement. Je crois comprendre la philosophie à l’origine de ces structures et si je ne me trompe pas, c’est une philosophie qui ne laisse pas de place à la contestation. En tout cas les faits ne peuvent pas être contredits : dans les commissions parlementaires, les ministres démontrent beaucoup de méfiance envers les intervenants.

    La philosophie du gouvernement semble comprendre les énoncés suivants :

    1) Le modèle retenu ne peut pas être discuté ouvertement.
    2) Pour pouvoir remettre le modèle en question, il faut d’abord le connaître et en comprendre les avantages.
    3) Les critiques de ceux qui ne comprennent pas le modèle sont nulles et non avenues.
    4) Les critiques de ceux qui comprennent le modèle et qui en remettent en question les avantages sont a priori malveillantes. (Le fardeau de la preuve repose sur eux.)
    5) Ceux qui comprennent le modèle et qui en acceptent les avantages ne peuvent pas y trouver de désavantages réels.

    Ma démarche est inspirée de l’énoncé 4.

    Ainsi je joue le jeu de la transparence : je me suis informé du mieux que j’ai pu au cours des derniers mois et j’ai écrit mon mémoire d’un seul jet (en moins de 48 heures). C’est le regard subjectif d’un homme éduqué dans notre système d’éducation, informé par notre presse, intéressé par l’avenir du Québec et du monde. C’est le regard subjectif d’un homme qui souhaite sincèrement participer au processus démocratique entamé par madame St-Pierre dans le but d’améliorer notre société. Ce que le gouvernement présentera comme projet de loi, je serai bien placé pour l’évaluer sans trop risquer de paraître malveillant. (Étrange, je l’admets mais sans malice.)

     

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