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Un devoir moral

13 Oct

Les gouvernements ont une fâcheuse tendance à agir au gré des crises et des gros titres de l’heure. Nous en sommes en partie responsable et c’est bien humain : quand tous les projecteurs sont tournés dans une direction, la majorité regarde de ce côté. Il reste qu’au-delà des manchettes et des sujets chauds, il y a de ces problèmes de société qu’on traîne sans jamais s’y attaquer de front, parce que ça n’est pas populaire ou pressant. Les négociations constitutionnelles font partie de cette catégorie depuis seize ans. La dernière saga aura duré de 1987 à 1995, jetant l’anathème sur le sujet. Il n’est pas inutile de souligner que l’un des moments clés de cette période a été l’échec de l’Accord du lac Meech à l’impulsion d’un homme bien particulier : Elijah Harper.

Mashteuiatsh, près de Roberval au Lac-St-Jean

Meech avait pour ce député manitobain un grand défaut : il ne faisait écho à aucune revendication des Premières nations au pays. Lui-même amérindien, M. Harper a donc fait de l’obstruction systématique à l’Assemblée législative du Manitoba, empêchant la province de ratifier l’accord et justifiant ainsi le recul de Terre-Neuve sur la même question (Clyde Wells, alors premier ministre de cette province, a de mémoire souligné que si le Manitoba avait signé l’accord, il n’aurait pas osé agir de la sorte). Ceci nous ramène à une autre question qu’on laisse commodément moisir sous le tapis : les revendications des Premières nations.

La résolution des tensions constitutionnelles au Canada apparaît presque comme un jeu d’enfant devant la complexité des revendications, droits et problèmes des Premières nations et des Inuits. Les blessures sont vives dans ces communautés qu’on a longtemps méprisé… et qu’on méprise trop souvent encore aujourd’hui. Les membres des Premières Nations, coincés dans des réserves, sont aux prises avec une foule de dilemmes. S’ils veulent préserver leur culture, ils ne peuvent s’éloigner de ces collectivités où l’avenir est souvent limité. Si en sortant ils peuvent s’ouvrir d’autres portes, ils perdent également leurs repères et se font peu à peu assimiler, tout en ayant à subir le regard sévère que les autres Canadiens portent sur eux.

Je suis aussi coupable que les autres. Le centre Nikanite sur les Premières Nations de l'UQAC présentait hier et aujourd'hui un colloque sur la gouvernance de ces communautés. Mais manque de temps et d'argent, je n'y suis pas allé...

Les communautés sont loin d’être toutes équivalentes. Celles qui sont les plus rapprochées des zones plus densément habitées s’en tirent progressivement mieux, capables de générer une certaine activité économique au sein de leur réserve. D’autres, logées extrêmement loin aux confins des territoires sauvages du Québec, souffrent de leur isolement. Dans tous les cas, les problèmes sociaux sont ravageurs. Et trop souvent, on résume la question des Premières Nations à ces problèmes, qui sont pourtant en partie des symptômes de notre incapacité à renégocier un pacte d’égal à égal avec elles. Le nœud de l’affaire, c’est une quête d’autonomie, de liberté et de fierté retrouvée de leur côté.

Je ne me lancerai pas dans des pistes de solutions, parce que je n’en ai tout bonnement pas. On côtoie l’univers des Premières Nations sans vraiment jamais y mettre sérieusement les pieds, et je suis à cet égard tout aussi coupable que les autres. Ce qui m’apparaît clair, c’est qu’un gouvernement vraiment responsable doit comprendre que nous ne pourrons nous regarder dignement dans le miroir comme nation québécoise que le jour où nous parviendrons à nous entendre avec ces autres nations qui peuplent notre territoire. J’espère un jour avoir la chance de discuter avec des Amérindiens et Inuits des problèmes qui les touchent pour mieux comprendre ce qu’ils vivent et comment améliorer leur sort. Nous n’avons pas le droit de les laisser derrière.

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Une réponse à “Un devoir moral

  1. Asclépios

    13 octobre 2011 at 13:33

    Pendant quelques semaines à l’été 1994, ou peut-être 1993, j’ai rencontré des Indiens dans plusieurs réserves du Québec. (Et oui! Va savoir pourquoi, c’est le nom que la loi leur donne encore à ce jour…) Au cours de ce voyage, j’ai pu constater par moi-même les grandes disparités économiques et sociales entre les différentes réserves. Certaines étaient déprimantes de pauvreté et d’autres étaient relativement bien organisées et comportaient beaucoup de constructions récentes.

    Il est clair que nos ancêtres ont forcé la sédentarisation des Indiens pour toutes sortes de questions pratiques et même pour des raisons idéologiques. Les réserves constituent un reliquat de cet effort d’intégration. Malheureusement, ces réserves sont encore nécessaires aujourd’hui, mais pour des raisons différentes : les réserves garantissent une protection juridique et politique aux Premières Nations contre les velléités de développement anarchique venant d’intérêt extérieurs à leurs communautés.

    Ainsi une loi qui infantilise les Indiens leur confère simultanément une certaine protection contre les gouvernements locaux. Mais il n’y aura pas de solution durable tant que le gouvernement fédéral continuera à voir les Indiens comme des citoyens récalcitrants. Heureusement, les juges qui sont (trop fréquemment!) appelés à trancher entre le gouvernement et les Premières Nation ne souffrent pas des mêmes préjugés. C’est à chacun d’entre nous de lutter contre le mépris ambiant.

    François Genest

     

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