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Archives de Catégorie: Construction

Du balai!

Voilà le message que se propose de transmettre pour vous le regroupement Générations d’Idées. Je n’ai découvert les GEDI (comme ils s’appellent eux-mêmes) que tout récemment. Leur démarche est intéressante. Ils regroupent des jeunes de moins de 35 ans pour discuter politique en dehors d’un cadre partisan. Réunissant des gens de milieux variés, ils tamisent les résolutions présentées par les participants en écartant les moins consensuelles. Le résultat, c’est un mémoire très complet qui présente une myriade de mesures pouvant convenir à tous les courants idéologiques. On se demande souvent, à les lire, pourquoi personne ne les met en place, car la plupart des partis pourraient facilement les endosser…

Génération d’Idées désire mener une action symbolique en faisant parvenir au moins 150 balais aux portes de l’Assemblée nationale le 27 octobre, afin de souligner la nécessité de faire le ménage dans nos affaires politiques. Les acheteurs seront conviés à assister en personne à l’événement et leur nom sera apposé sur leur balai. Organismes et particuliers sont invités à participer.

Toutes les informations sur la démarche, y compris pour vous procurer un balai, sont disponibles ici : www.generationdidees.ca/balai/

Quant à moi, je participerai probablement à la prochaine activité de Génération d’idées, même si mon champ d’implication de prédilection demeure un parti politique. Ces GEDI gagnent à être connus et entendus.

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Sur le neutre

Récidive citoyenne: une nouvelle pétition en ligne sur le site de l’Assemblée nationale réclame une enquête publique sur la construction et sur le financement des partis politiques. Je vous invite à la signer en grand nombre. Je l’ai moi-même fait ce matin.

Mais il y a un mais. Je dois en toute honnêteté vous aviser. En signant, vous remplirez votre rôle de citoyen en prenant part au débat public. Vous ferez valoir votre mécontentement et votre désir de solution. Vous démontrerez que la population ne partage pas l’avis du gouvernement. Mais vous n’obtiendrez aucun résultat.

Je sais, c’est décourageant. La minute et demie que vous prendrez pour remplir le formulaire et signer sera une pure perte (ce qui ne signifie pas que vous n’ayez pas à le faire!). Ce n’est pas de votre faute.

Voyez-vous, le véhicule politique qu’est le Parti libéral du Québec est sur le neutre. Il ne peut plus appuyer sur l’accélérateur, parce que son réservoir de confiance du public est à sec. Alors il essaie de durer le plus longtemps possible sur son élan, pour se rendre aux prochaines élections. Bien sûr, quand on ne peut pas rouler à pleine vitesse, le temps semble long avant la destination… C’est probablement l’effet ressenti par les libéraux, qui subissent sans fléchir pourtant leur supplice de la goutte. Goutte du liquide de transmission qui fuit depuis des années, la transmission entre le peuple et le gouvernement, qui ne fonctionne vraiment plus très bien. Le volant, ce fameux volant, commence à être vraiment difficile à manoeuvrer: presque impossible d’orienter correctement le gouvernement. Il faudra réparer tout ça. Et on connaît le prix que ça coûte, les réparations automobiles… euh, politiques!

En signant, vous demandez plutôt à ce que le gouvernement libéral mettre les freins. Qu’il déclenche cette commission qu’il refuse et qu’il arrête de s’entêter à rouler jusqu’à ce que panne du moteur s’ensuive. Mais il ne freinera pas. Ça fait déjà tellement longtemps qu’il continue sa course, sur le neutre, que même s’il ralentit peu à peu, il préférera que le véhicule s’arrête tout seul plutôt que de le freiner de lui-même. Ça se produira aux prochaines élections.

Jean Charest s’est trop entêté. Il ne peut plus reculer, plus revenir en arrière. Il n’a vraiment plus rien à perdre, entre nous. Il n’a même plus assez de capital politique pour se payer du carburant et relancer la machine. Alors pourquoi se mettrait-il à vous écouter, vous qui êtes sur toutes les lignes ouvertes de son système radio? Vous les détestez déjà, lui et son gouvernement, alors il a préféré mettre une vieille cassette plutôt que de vous entendre râler.

Le véhicule du PLQ est au neutre, et une voiture de police le suit, lui faisant signe de s’arrêter elle aussi. C’est sûr que les libéraux auront une contravention quand la voiture n’avancera plus, que les mains de Charest quitteront le volant. Mais bon, tant qu’à se faire pincer, aussin bien retarder le moment et profiter des kilomètres qui restent plutôt que d’optembérer immédiatement.

Ça ne servira à rien. Mais signez quand même la pétition, pour l’histoire. Ça fera toujours un clou de plus sur la chaussée pour arrêter le PLQ, au prochain barrage routier…

 
 

Esclaves de soumissions

La collusion dans l’industrie de la construction s’effectue principalement par le truchement des appels d’offres. Les soumissionnaires, de connivence, truquent leurs chiffres pour déterminer à l’avance qui obtiendra le contrat et à quel prix. Suivra une panoplie de stratégies pour soutirer le plus de fonds possible du ministère, grâce à des dépassements de coûts, à la surcharge des fonctionnaires et aux processus de réclamation qui font craindre au MTQ le recours coûteux aux tribunaux. Le ministère des Transports, dépouillé de son expertise, est coincé avec la règle du +10/-20 et du plus bas soumissionnaire.

La règle du +10/-20 stipule que le MTQ procède (théoriquement) à des vérifications automatiques des soumissions quand elles dépassent les estimations de coût initiales de 10% et plus, ou sont plus basses de plus de 20%. Les collusionnaires, comme les nomme le rapport, ont alors beau jeu de fixer leurs prix dans cette fourchette qui est une « marge de manoeuvre utile qui évite, aux employés du ministère, de requérir l’autorisation du sous-ministre. » (tiré du rapport) Pratique, non?

Au vu de la situation, je me demande franchement quel sens a encore la politique du plus bas soumissionnaire. Dans un contexte de collusion, quand les soumissions ne sont pas même faites en fonction du coût d’exécution mais plutôt du plus commode chiffre à montrer au MTQ, c’est devenu une arme qui s’est retournée contre nous. Avec l’octroi des contrats au plus bas soumissionnaire, critère de sélection par excellence aujourd’hui, on n’a finalement aucune assurance d’obtenir le meilleur prix. C’était pourtant l’objectif…

Cette manière d’octroyer les contrats était certes, en son temps, une innovation et un progrès par rapport au népotisme, à l’octroi des contrats en fonction de la couleur politique des propriétaires ou selon le bon plaisir du donneur d’ouvrage, sans critères techniques. Elle a également le mérite d’accélérer les choses: le MTQ (par exemple) prépare (ou plus justement, fait préparer en sous-traitance, à des prix astronomiquement plus élevés que s’il ne procédait à l’interne…) un devis, qui donne tous les paramètres de l’ouvrage à réaliser et jusqu’à la liste de fournisseurs homologués (ce qui n’est pas sans créer des monopoles, selon le rapport). Cela enlève beaucoup de paramètres à déterminer pour le soumissionnaire.

Mais notre monde évolue. Si pendant un temps le seul critère du plus bas prix possible a pu sembler suffisant, le passage des années en montre les défauts intrinsèques. Nos structures en mauvais état n’étaient peut-être pas d’une qualité irréprochable dès leur réalisation. Le critère unique du prix rend facile la collusion. Les dépassements de coûts – légitimes ou non – étant devenus systématiques, la pertinence même du plus bas soumissionnaire n’est vraiment pas évidente, parce que le prix n’est finalement jamais juste. Et dans tout l’appareil public, d’autres critères deviennent de plus en plus importants: acceptabilité sociale, protection de l’environnement, esthétisme même parfois, sans oublier la qualité et la durabilité. On n’obtient pas tout ça avec le plus bas prix.

Il est grand temps de nous libérer de notre statut d’esclave du plus bas soumissionnaire. Après avoir ramené l’expertise dans notre fonction publique, ce qui demandera argent et patience, il faudrait désormais consacrer plus de temps à la préparation des projets en tenant compte d’une foule de paramètres et de conditions à donner aux soumissionnaires. Le critère ne doit plus être le plus bas prix, mais le meilleur rapport qualité/prix dans les limites fixées par ces critères (par exemple les teneurs de polluants acceptables à relâcher dans un cours d’eau, la quiétude des habitants du quartier, la qualité du béton employé, un certain pourcentage de matériaux produits au Québec ou de bois, etc.).

C’est certain que le processus entre la constatation d’un besoin et la réalisation du contrat sera plus long. Mais je vois bien mal comment de la collusion serait aussi facilement possible si le choix du ministère n’est plus vraiment prévisible, parce que basé sur la qualité et la conformité de l’ensemble de la soumission plutôt que sur son prix. Plus largement, on tirerait d’immenses bénéfices à moyen et long terme de tenir compte d’une diversité de facteurs dans les investissements publics, tant sur le plan de la qualité de l’environnement que de la durabilité des structures et de l’harmonie sociale.

 
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Publié par le 17 septembre 2011 dans Économie, Construction, Infrastructures

 

Cartes blanches

Mettons tout de suite quelque chose au clair. Je ne pense pas que l’atteinte d’un équilibre budgétaire soit une chose superflue, bien au contraire. Bien des maux actuels seraient inexistants si on avait appliqué l’intégralité des principes keynésiens pendant qu’on construisait l’État-providence, en ne dépensant davantage que nos revenus publics qu’en période de récession, pour ensuite sagement rembourser la dette accumulée dès que l’orage était passé. On ne l’a pas fait. Alors on traîne aujourd’hui une dette qu’il faudra, oui, rembourser tôt ou tard. Au moins en partie.

La voie populiste consiste à accuser la bureaucratie. Cette ritournelle nous pleut dessus encore quotidiennement. C’est facile d’accuser un «bureaucrate»: c’est anonyme, froid, les gens en ont une image négative et associent le mot à inutilité, tracasserie, lourdeur, gaspillage. On se gardera bien de vous rappeler qu’il existe un niveau optimal de bureaucratisation, au-delà et en-deçà duquel la productivité et l’efficacité d’une organisation chutent.

Alors, quand on veut frapper un grand coup, politiquement, on coupe dans la «bureaucratie» et on fait des compressions de personnel public. Lucien Bouchard l’a fait. Jean Charest l’a fait. Stephen Harper le fait et le fera encore sous peu. François Legault, sans le dire, tient un discours similaire, qui mènera probablement aux mêmes actions s’il parvient au pouvoir.

Stop! Une petite question bête, que peu de gens se posent en général. Ça fait quoi, un «bureaucrate»?

Hm, c’est vrai, quel est l’effet quand on retire des milliers de fonctionnaires du système public, ou quand on coupe leur salaire? Ça donne une pénurie persistante de médecins et d’infirmières, par exemple.  Ça donne 30% de départs de jeunes enseignants dans les premières années d’exercice de leur profession. Ça donne un ministère des Transports castré et menotté, qui doit regarder passivement son budget se faire dévaliser par un secteur privé qui en mène large. Ça donne un tas de législations sur nos ressources naturelles, comme la gestion des bassins versants, qui sont jolies sur papier mais ne font pas grand chose en réalité, parce qu’on a une poignée d’inspecteurs pour couvrir toute la province et même pas de budget qui vient avec. Ça donne, à tous les niveaux, une expertise scientifique qui disparaît à vitesse grand V pour conseiller le gouvernement sur une foule de dossiers importants: salubrité alimentaire, sécurité nucléaire, changements climatiques, contrôle des médicaments qu’on vous vend…

Vous savez la meilleure dans tout ça? Tous ces effets-là ne se manifestent que des années après les compressions de personnel ou les réductions de salaire. Alors le gouvernement peut à court terme récolter l’image du bon gestionnaire. C’est son successeur qui se retrouvera avec un État en déroute.

Rien ne se fait tout seul. Quand vous demandez à l’État de renoncer à ses facultés de contrôle, d’inspection, d’expertise et de direction, voire d’exécution comme dans le domaine de la santé, vous donnez carte blanche à tous les autres acteurs de s’organiser comme ils veulent. Quelques uns l’ont bien compris dans le domaine de la construction. Voyez, ils déposent des projets qu’ils ont monté eux-mêmes, sur la base d’inspections qu’ils ont réalisées eux-mêmes, sous la supervision de firmes sous-traitées par un ministère incapable de le faire de façon autonome. Que voulez-vous, on leur a donné carte blanche avec un grand sourire. Nos ingénieurs du ministère coûtent cher… Engagez-les donc, on sous-traitera avec vous quand on aura besoin d’eux. Je vous laisse vous imaginer à quel point on a finalement économisé en coupant des postes d’ingénieurs publics, ou en réduisant leurs salaires.

Les gens oublient vite que derrière les colonnes de chiffre du gouvernement et le nombre d’employés de chaque ministère, un travail réel s’accomplit. L’État n’agit pas par miracle, même si la population semble souvent se le figurer. La sous-traitance est désormais trop utilisée, dépassant largement les avantages que peuvent avoir un tel principe, quand on ne laisse carrément pas tomber des étapes moins «visibles» dans le contrôle de qualité. Il faut des ingénieurs, des inspecteurs, des scientifiques. C’est vrai que tout ce monde-là n’a l’air que de remplir des papiers et des rapports. Demandez-vous seulement ce qu’il y a sur ces pages. Des indices: des informations relatives à la sécurité, au juste coût, à la durabilité, à la qualité, à la protection de l’environnement…

Question de priorités, j’imagine.

 

Le pire choix qui soit

Printemps 2010. La bombe de Marc Bellemare était tombée il y a peu. Le PLQ tenait justement son conseil général à St-Hyacinthe, à la mi-avril, en plein début de tourmente. J’y étais, comme à tous les conseil généraux ou presque depuis le début de mon implication.

Dans la voiture, en route vers la Montérégie, nous avions discuté de ce qui semblait être une situation tendue et de la réaction que pourrait avoir Jean Charest. J’étais pour ma part plutôt perplexe. Sans dire que je donnais toute la crédibilité du monde à Marc Bellemare (loin s’en faut), je voyais bien qu’une crise se profilait à l’horizon. Je donnais donc beaucoup d’importance à ce que Jean Charest aurait à dire à ses militants lors du traditionnel discours du vendredi soir. J’espérais un grand coup, qui permettrait au gouvernement de reprendre l’initiative.

Nous sommes allés nous installer tout au fond de la salle. Ça faisait mon affaire, car je ne me sentais pas du tout d’humeur à applaudir à tout rompre. J’étais là pour voir un coup de barre… Coup de barre qui n’est pas venu. Jean Charest nous a servi un discours à mon sens semblable à tous les autres. J’étais particulièrement déçu.

Dans ma chambre d’hôtel, ce soir-là, je me suis rendu compte que j’étais plus affecté que je ne voulais le croire. Je me sentais physiquement mal à l’aise, un peu tremblant, l’estomac en boule. Les autres militants avaient l’air galvanisés par ce que Charest nous avait dit. Moi, j’étais plutôt mortifié de voir qu’il ne semblait pas vouloir changer sa position d’un iota.

Je ne me souviens plus hélas de tout ce que nous avons fait le reste de la fin de semaine. Je me souviens toutefois que la seule manière de me calmer avait été de me réconcilier avec ma conscience en prenant une décision: Jean Charest n’était plus l’homme de la situation, il n’avait plus mon soutien et je ne ferais plus rien pour l’empêcher de sombrer. À partir de ce moment, la cassure entre le PLQ et moi a progressé. J’ai longtemps espéré que Charest laisse son poste devant la controverse et que nous puissions choisir un nouveau leader. Ça n’est jamais venu. Et après Bastarache et Bellemare sont venues les questions bien plus sérieuses liées à la construction, ce pénible refus persistant de lancer une commission d’enquête, avec quasiment tous les militants autour de moi qui semblaient parfaitement à l’aise et heureux de ce refus… Le temps a passé, mais jamais Jean Charest n’a changé de stratégie. Son discours est resté le même qu’en ce mois d’avril 2010, sur l’essentiel: maintenir le cap, même s’il est mauvais.

Ne pas aller au fond des choses a toujours été et demeure, à mon sens, le pire des choix. Ce qui s’est dit sur la construction est probablement fait à la foi de vérités et de rumeurs infondées. Mais puisque le gouvernement a refusé de mettre tout sur la table dans le cadre structuré d’une commission, la commission s’est faite malgré le gouvernement, dans les médias. Une telle manière de procéder expose les doutes, rarement les conclusions, plus rarement encore le système. Et ça non plus, ça ne met personne en prison. Les médias ont été forcés de faire le travail dont le gouvernement s’est lâchement débarrassé. Et tout le monde en paie le prix.

Je suis convaincu qu’une majorité de nos élus et de leur entourage est de bonne foi. Malheureusement, tout le monde est éclaboussé quand on refuse de mettre les faits sur la table, parce que la suspicion s’installe et qu’on ne va jamais au fond des choses. Le gouvernement espérait peut-être qu’avec quelques mesures alternatives, on finirait par arrêter d’en parler. Le problème, c’est que les irrégularités du monde de la construction ne vont pas disparaître toutes seules. À plus forte raison si toutes ces allégations sont fondées… Ce qui semble bien tristement être le cas pour plusieurs d’entre elles.

À mon avis, la stratégie que le gouvernement a adoptée est la pire qui soit. En prenant certaines mesures comme Marteau ou l’UPAC, il a démontré qu’il accordait quand même du crédit aux allégations révélées dans les médias. En refusant l’enquête publique, il a laissé entendre qu’il ne voulait pas que tout soit dit et révélé et qu’il avait donc quelque chose à cacher. En s’obstinant dans sa position, il a donné l’impression d’être borné et hyper partisan. En laissant les choses traîner, il semble dire que ce n’est pas un dossier important pour lui.

L’enquête publique se fera un jour. Je suis prêt à parier un gros deux qu’il faudra par contre attendre que le PLQ ait reçu une monumentale gifle électorale et que son chef ait quitté son poste pour en venir là. Et c’est dommage, parce que pendant qu’en maintenant le problème dans un clair-obscur comme l’a fait le gouvernement Charest, on l’a laissé croître tout en infligeant de douloureux dommages collatéraux à la confiance du public, à la probité de nos hommes et femmes politiques et à l’intégrité de nos institutions. Il faudra des années pour se remettre de cette démolition par attrition.

Merci M. Charest.