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Archives de Catégorie: Démocratie et élections

En quête d’une famille

Vous l’aurez appris dans les médias, ou encore je vous l’apprendrai à l’instant. Je fais partie d’un groupe de citoyens partageant ma recherche d’une nouvelle alternative politique ayant décidé de lancer un projet de fondation de parti politique provincial. Ce parti, centré sur quatre valeurs, réponds à la manière dont je me décris depuis le début sur ce blogue: progressiste, fédéraliste, régionaliste et écologiste.

Si ce projet devient réalité, je ne serai plus un orphelin politique, et mon vote sera libre de s’exprimer avec fierté aux prochaines élections. Ce blogue, qui n’aura duré qu’un temps, devient donc obsolète et ne sera plus alimenté.

Merci à ceux qui m’ont suivi pendant cette nouvelle partie de mon aventure. Sachez-le, le lancement d’une nouvelle formation demande beaucoup de travail et une certaine abnégation (malgré ce qu’on en pense). Je ne sais pas où le chemin nous mènera pour la suite, mais je suis impatient de le savoir. Souhaitez-nous donc bonne chance.

Chers citoyens du Québec, au plaisir.

 

Ces provinces qui étonnent

On connaît bien mal le Canada anglais. Avec les élections qui ont cours un peu partout au pays, le voile se lève un peu sur la culture politique de chacune des autres provinces, révélant un portrait plus diversifié que ce que l’on pourrait croire à première vue.

Terre-Neuve-et-Labrador vient de reconduire au pouvoir un gouvernement conservateur. Mais ce gouvernement est dirigé par une femme, Kathy Dunderdale, ce qui n’est pas une mince affaire au Canada. On attend toujours que le Québec fasse la même chose, un jour (sans m’avancer sur l’identité de la femme en question). Ce même gouvernement conservateur était celui du flamboyant Dany Williams, qui, bien qu’ayant mené quelques batailles en règle contre le Québec, mérite notre attention pour sa défense acharnée des intérêts de sa province. Son gouvernement n’a pas hésité à mettre au pas AbitibiBowater, à renier le parti conservateur fédéral avec véhémence par quête d’autonomie provinciale et à affirmer que les Terre-Neuviens devaient être maîtres chez eux!

L’Ontario aussi a de quoi susciter notre intérêt. Le taux de participation y a été encore plus anémique qu’au Québec, signe que nous ne sommes pas les seuls en quête de renouveau. Contre plusieurs prédictions, les libéraux de Dalton McGuinty ont été reportés au pouvoir, dans un gouvernement minoritaire par un seul siège. Ils ont ainsi fait échec aux conservateurs, qui espéraient rafler Queen’s Park après avoir balayé la province aux élections fédérales et remporté Toronto grâce à Rob Ford. Les Ontariens ont finalement préféré le francophone et francophile Dalton McGuinty, qui est le premier franco-Ontarien à diriger la province depuis la Confédération, à un Tim Hudak très à droite, quasiment pas bilingue et manifestement peu préoccupé par le sort de l’importante minorité linguistique ontarienne. Le gouvernement libéral est également plus progressiste et s’entend bien avec le Québec.

En Alberta, même sans élections, la course à la chefferie du parti progressiste-conservateur, au pouvoir depuis 40 ans, a mené là aussi au choix d’une femme, Alison Redford. Pour une province que l’on voit d’emblée comme très conservatrice, au sein du parti de la même idéologie, le tout peu surprendre. C’est d’autant plus étonnant si l’on considère que le nouvel adversaire en ascension à ce gouvernement est le Wildrose Alliance, lui aussi dirigé par une femme, Danielle Smith! Ce nouveau parti a peut-être de quoi nous surprendre, notamment parce qu’il suggère une plus grande autonomie de la province (police provinciale, perception des taxes et impôts, gestion de l’immigration…). Complétons le portrait albertain avec l’élection, plus ancienne, de Naheed Nenshi, un musulman, à la mairie de Calgary. Décidément, l’Alberta a de quoi nous étonner, et nous possédons peut-être, au-delà des idéologies, plus en commun que nous pourrions le croire au plan des revendications…

Les élections en Saskatchewan viennent de débuter. J’ai donc appris au passage que le gouvernement sortant n’est ni libéral, ni conservateur, mais les deux! Le Parti saskatchewannais est issu d’une fusion des deux formations politiques, suivant une évolution radicalement différente de ce qui s’est produit au fédéral. Ce gouvernement n’est pas sans velléités autonomistes : il a réclamé à grands cris et avec succès que le gouvernement fédéral bloque l’acquisition étrangère du fleuron canadien Potash Corp, titan de l’économie de la Saskatchewan. Et puisque je suis, comme la plupart des Québécois, bien peu au fait de ce qui se passe dans les autres provinces, je suis persuadé qu’il reste encore nombre de découvertes surprenantes à faire sur les partenaires qui sont les nôtres dans cette fédération.

Bref, les autres provinces canadiennes sont loin d’être uniformes et figées dans le temps. Elles évoluent elles aussi, parfois de façon imprévue, et rejoignent même le Québec dans certains de leurs discours… Peut-être sera-t-il possible, un jour, de réconcilier ces volontés d’autonomie naissantes et ces particularités politiques dans une seule et même revendication de réforme de la constitution.

 

Du balai!

Voilà le message que se propose de transmettre pour vous le regroupement Générations d’Idées. Je n’ai découvert les GEDI (comme ils s’appellent eux-mêmes) que tout récemment. Leur démarche est intéressante. Ils regroupent des jeunes de moins de 35 ans pour discuter politique en dehors d’un cadre partisan. Réunissant des gens de milieux variés, ils tamisent les résolutions présentées par les participants en écartant les moins consensuelles. Le résultat, c’est un mémoire très complet qui présente une myriade de mesures pouvant convenir à tous les courants idéologiques. On se demande souvent, à les lire, pourquoi personne ne les met en place, car la plupart des partis pourraient facilement les endosser…

Génération d’Idées désire mener une action symbolique en faisant parvenir au moins 150 balais aux portes de l’Assemblée nationale le 27 octobre, afin de souligner la nécessité de faire le ménage dans nos affaires politiques. Les acheteurs seront conviés à assister en personne à l’événement et leur nom sera apposé sur leur balai. Organismes et particuliers sont invités à participer.

Toutes les informations sur la démarche, y compris pour vous procurer un balai, sont disponibles ici : www.generationdidees.ca/balai/

Quant à moi, je participerai probablement à la prochaine activité de Génération d’idées, même si mon champ d’implication de prédilection demeure un parti politique. Ces GEDI gagnent à être connus et entendus.

 

De chambres et de régions

Pauline Marois parle ces jours-ci de la proposition du Parti québécois de créer une Chambre des régions. Je ne peux que saluer l’initiative, ayant déjà moi-même tenté de proposer cette mesure dans le cadre d’une résolution sur la réforme du mode de scrutin préparée pour les jeunes libéraux, en 2008. Malheureusement, cette idée n’avait finalement pas été retenue pour faire partie de la résolution-cadre, et n’avait donc pas été discutée.

Une Chambre des régions, grossièrement, repose sur la possibilité constitutionnelle pour toute province canadienne de posséder deux chambres parlementaires. En 1968, le Québec a été la dernière à abolir son « sénat » provincial. Mais cela n’a pas pour autant supprimé cette possibilité à jamais. Et comme le Québec est libre de modifier les passages de la constitution canadienne qui ne concernent que lui, il pourrait parfaitement ressusciter cette chambre sous une nouvelle forme.

L’idée de Pauline Marois (en fait, celle du député Pascal Bérubé) demeure toutefois passablement floue. Jusqu’ici, on en apprend bien peu sur ce que cette chambre ferait au juste. On ne connaît que deux éléments : elle devrait être constituée d’élus à part entière et aurait pour mission de mieux représenter la territorialité québécoise.

L’instauration d’une Chambre des régions ne saurait se faire en dehors d’un large chantier de décentralisation et de restructuration des régions du Québec. À cet égard, la perspective du PQ paraît passablement limitée. Pour ma part, je verrais très bien une Chambre des régions s’intégrer à la démarche de mise sur pied des « gouvernements régionaux » que j’ai déjà proposée. Voici comment le tout pourrait s’articuler.

Les présidents de chaque conseil régional, en plus de présider aux assemblées de ce dernier, seraient délégués d’office à une Chambre des régions siégeant une semaine par mois (par exemple). Laval et Montréal (pour lesquelles je préconise une formule distincte, fusionnant en quelque sorte les paliers municipaux et régionaux) auraient également leur représentant. Notez que selon cette formule, aucun nouveau poste d’élu n’est créé : on utiliserait plutôt des élus disposant déjà de la légitimité pour représenter leur région. Un siège pourrait également être réservé aux Premières nations.

On aurait donc une assemblée de 18 personnes, représentant de manière égale toutes les régions, sans égard à leur population. Cette Chambre des régions aurait pour mission de représenter la territorialité du Québec. Grâce à une réforme du mode de scrutin, ajoutant de la proportionnalité, l’Assemblée nationale deviendrait pour sa part l’organe de représentation démographique et nationale. Et bien entendu, l’existence de conseils régionaux présuppose que des pouvoirs ont déjà été décentralisés vers les régions, et que celles-ci sont donc plus autonomes.

Cette Chambre des régions ne doit pas forcément avoir une importance égale à l’Assemblée nationale, qui demeurerait le lieu de responsabilité de l’exécutif et l’organe central pour légiférer au Québec. Elle devrait disposer, à mon sens, de pouvoirs moindre que le Sénat mais néanmoins conséquents. Par exemple, on pourrait lui octroyer un droit de véto suspensif, permettant de retarder pendant un bon moment l’application de lois jugées nuisibles aux régions. De même, cette Chambre des régions pourrait effectuer des consultations (à son initiative ou à la demande du gouvernement), proposer des projets de loi, des amendements et des motions à l’Assemblée nationale… Surtout, elle disposerait certainement d’une autorité morale, car une position commune des régions contre une mesure gouvernementale pourrait certainement peser dans la balance électorale. De manière analogue, on pourrait souhaiter que le Sénat fédéral, plutôt que d’être aboli, devienne une Chambre des provinces… Mais c’est un autre débat.

L’idée d’une Chambre des régions est donc intéressante. Cependant, appliquée seule, sans décentralisation, restructuration des instances régionales et réforme du mode de scrutin, elle n’aurait pas beaucoup d’utilité ou même de sens. J’espère que le PQ étoffera sa proposition, car je peine à voir ce qu’elle peut actuellement nous apporter.

 

Chronique d’un maire indigne

Non, le dossier de la motoneige n’est pas derrière nous! Rappelons brièvement les faits. L’an passé, l’Union des producteurs agricoles a demandé à ses membres de bloquer l’accès à leurs terres aux motoneigistes de la province en guise de moyen de pression lors de négociations. On s’est en même temps rendu compte que les agriculteurs ne recevaient aucune compensation pour cette circulation sur leur lot et que le réseau de sentiers de motoneige était très précaire même en l’absence de moyens de pression, faute d’ententes négociées formalisant les tracés à long terme. Conséquemment, en plusieurs endroits du Québec, on a décidé de commencer à bâtir de telles ententes.

Je vous exposais récemment que le maire de la ville de Saguenay, Jean Tremblay, avait décidé de faire fi de la volonté du reste de la région d’en arriver à une entente couvrant l’ensemble du territoire. Saguenay a plutôt fait cavalier seul en acceptant de verser environ 1000$ par kilomètre de sentier sur les terres agricoles à titre de compensation financière en échange d’un droit de passage pour les motoneiges. Cette volonté ne plaît évidemment pas ailleurs dans la région, où ce précédent peut sérieusement compromettre d’autres rondes de négociations et défavoriser les petites municipalités n’ayant pas autant d’argent que Saguenay. Et j’ajoutais que c’était là un exemple parfait de l’utilité que pourrait avoir une forme de gouvernement régional.

Ce dossier n’est pas clos. Comme souvent lorsque des dissensions apparaissent en Jean Tremblay et le reste de la région, Bernard Généreux, président de la fédération québécoise des municipalités (FQM), préfet sortant de la MRC Domaine-du-Roy et maire du village de St-Prime, au Lac-St-Jean, a fustigé la position de Saguenay contre le consensus régional. Questionné à ce sujet lors d’une entrevue radiophonique, le maire Jean Tremblay a persisté et signé. Grosso modo, il a affirmé que c’était son objectif que de « foutre le bordel » dans les négociations hors-Saguenay. Voici ce que rapportait hier Le Quotidien :

«C’était exactement le but visé, vous n’avez pas vu ça? Le but visé, c’était ça», a lancé le maire à l’animateur qui lui a alors demandé «de foutre le bordel? «. Et le magistrat de répondre «Ben oui! Tout le monde va venir ici. Voyons donc, je travaille pour Saguenay, je ne vous comprends pas! « a ajouté Jean Tremblay.

Jean Tremblay peut être un homme exaspérant. Il est l’archétype du maire incapable de voir plus loin que la frontière de sa municipalité et voyant ses voisins comme des rivaux plutôt que des partenaires. Il a sciemment saboté des efforts concertés régionaux pour servir ses intérêts locaux et, non repus, s’en vante en disant que c’est normal, et qu’il travaille pour son monde. Il s’agit là d’un singulier manque de jugement. En tout cas, on est loin de la stature de l’homme d’État.

Du reste, bien qu’étant sans doute bon gestionnaire, le maire Tremblay a une vision bien réduite de ce qu’est une démocratie municipale en santé. Il honni toute forme d’opposition, classée comme une source de chicane qui ne fait que dilapider du temps. À la manière de Stephen Harper, il interprète son mandat comme ça lui chante, brandissant la carte de sa majorité (71% des suffrages exprimés, dont le mien… faute d’alternative crédible) et de l’absence de conseillers municipaux lui étant défavorable comme une justification universelle de tous ses choix.

C’est sans parler de l’image que renvoie notre maire de Saguenay à l’extérieur de celle-ci, de l’extrême centralisation des décisions de la ville dans son bureau ou de son traitement paternaliste et débilitant des journalistes qui ne lui plaisent pas. Il reviendra aux Saguenéens de trancher.

Ce que je trouve inacceptable, c’est que l’influence de Jean Tremblay dépasse les affaires de ses seuls concitoyens. Que son administration puisse faire capoter des intérêts régionaux en les sacrifiant à l’atteinte d’un objectif local n’est pas sain. Jean Tremblay a agi légalement, mais la moralité de son geste est très douteuse. Cela renforce ma conviction qu’il est primordial de fournir aux régions un espace de gouvernance situé au-delà des intérêts locaux, parfois bien égoïstes…

 

Autrement, la politique?

Faire la politique autrement.

L’expression elle-même est presque en train de devenir source de cynisme, ce qui n’est pas sans ironie. On y est allé de toutes sortes de propositions pour rapprocher le pouvoir du citoyen, ou pour réduire la partisannerie. Je suis moi-même favorable à quelques uns de ces mesures, comme les élections à date fixe, la réforme du mode de scrutin ou le vote libre en chambre. Cependant, je suis de ceux qui pensent qu’aucun de ces solutions ne régleront réellement le problème. Jusqu’ici, je n’ai entendu personne parler de ce qui ronge à mon avis le plus la politique, à part les allégations de corruption…

La démocratie telle qu’elle devrait être en théorie pratiquée ici consiste à déléguer l’exercice du pouvoir à tous les quatre à cinq ans à une assemblée de 125 citoyens choisis par leurs pairs. N’importe qui devrait pouvoir prétendre à ces fonctions. Et comme ce sont des citoyens qui deviennent députés, on devrait être en droit de s’attendre à ce qu’ils nous parlent d’égal à égal.

Les jeux Olympiques sont censés être réservés aux athlètes amateurs. Mais, entre vous et moi, il n’y a plus grand-chose d’amateur lorsqu’on y regarde de plus près. C’est la même chose en politique. L’un des grands maux qui affectent notre système, c’est ce que j’appellerais la « professionnalisation » du milieu.

Le cas est typique. Avant les années 1960, la politique était le fait de « self-made men », des avocats du comté et de gens au verbe coloré. La relation était assez directe entre l’électeur et son député… peut-être trop, avec tout ce que cette façon de fonctionner comportait de népotisme, d’arbitraire et d’agressif. Parallèlement à la Révolution tranquille, les habitudes médiatiques ont changé. Les assemblées de cuisine, les débats entre candidats dans chaque paroisse ont fait place à un débat des chefs télévisé, où l’image jouait un grand rôle. Un mouvement de pendule s’amorçait. D’un modèle très (trop!) « vrai monde », on a migré vers un autre très formaté. « Spin doctors », firmes de communications, recours à d’innombrables experts et technocrates, multiplication des conseillers font aujourd’hui partie intégrante du système. On contrôle avec grande précaution le message.

Comme en toute chose, des mouvements de pendule de ce genre nous conduisent souvent d’un extrême à un autre. Nous en sommes aujourd’hui arrivés à un point où le degré de formatage professionnel de la politique est si grand que nos élus nous donnent davantage l’impression d’être des robots que des citoyens parmi les autres, ou encore d’être complètement déconnectés. Ainsi un débat des chefs est-il, au fond, l’occasion de débiter une litanie savamment apprise par chacun des participants pendant des heures de briefing, le tout en habits longuement médités, avec une attitude contrôlée à l’extrême. Tant et si bien que l’analyse de ces débats se concentre désormais plus sur les rares moments où nos politiciens redeviennent humains et « commettent une erreur », c’est-à-dire sortent un peu de leur artificialité. De même, les ministres sont entourés d’une armada de conseillers en tout genre, et je me demande jusqu’à quel point cela ne les coupe pas de la réalité sur le terrain (« ne vous en faites pas, patron, ça n’est pas si grave… Les gens finiront par comprendre… Vous faites du bon travail! »). Même la Cour suprême est aujourd’hui chargée de trancher les débats pourtant politiques et non juridiques les plus chatouilleux, dans lesquels les politiciens n’osent plus se mouiller!

Il n’y a là rien pour amener le citoyen à s’identifier à ses élus, à leur faire confiance et à sentir qu’il peut les influencer. Être politicien n’est plus l’affaire de citoyens ordinaires, mais celle d’organisations complexes qui reposent beaucoup sur le recours à une foule de services professionnels et de conseillers pour formater les moindre faits et gestes des élus. Plus que des modifications fonctionnelles au mode de scrutin ou à la manière dont les partis s’articulent à l’Assemblée nationale, c’est dans les attitudes et les pratiques politiques qu’une mutation s’impose. Je ne suis pas en train de dire qu’il faille revenir au populisme à la sauce de l’Union nationale, comme le faisait souvent l’ADQ sous Mario Dumont. Ni qu’il faille se débarrasser de tous les conseillers politiques. On peut parler vrai tout en disant des choses intelligentes. On peut avoir des conseillers sans se fier aveuglément à eux pour la conduite de nos affaires. Simplement, on aimerait sentir que nos députés et ministres sont plus personnellement conscients qu’ils ne sont que des citoyens parmi d’autres, que ce sont eux les élus et non leurs adjoints et que lorsqu’ils prennent la parole, ce sont eux qu’on veut entendre et non leur firme de relations publiques.

Ce sont évidemment des constats généraux. Certains politiciens se démarquent à cette enseigne. Le problème, c’est que ça n’est généralement pas ceux qui ont le plus de poids dans la conduite des affaires du gouvernement! À quand une modification des mœurs politiques?

 

Le pire choix qui soit

Printemps 2010. La bombe de Marc Bellemare était tombée il y a peu. Le PLQ tenait justement son conseil général à St-Hyacinthe, à la mi-avril, en plein début de tourmente. J’y étais, comme à tous les conseil généraux ou presque depuis le début de mon implication.

Dans la voiture, en route vers la Montérégie, nous avions discuté de ce qui semblait être une situation tendue et de la réaction que pourrait avoir Jean Charest. J’étais pour ma part plutôt perplexe. Sans dire que je donnais toute la crédibilité du monde à Marc Bellemare (loin s’en faut), je voyais bien qu’une crise se profilait à l’horizon. Je donnais donc beaucoup d’importance à ce que Jean Charest aurait à dire à ses militants lors du traditionnel discours du vendredi soir. J’espérais un grand coup, qui permettrait au gouvernement de reprendre l’initiative.

Nous sommes allés nous installer tout au fond de la salle. Ça faisait mon affaire, car je ne me sentais pas du tout d’humeur à applaudir à tout rompre. J’étais là pour voir un coup de barre… Coup de barre qui n’est pas venu. Jean Charest nous a servi un discours à mon sens semblable à tous les autres. J’étais particulièrement déçu.

Dans ma chambre d’hôtel, ce soir-là, je me suis rendu compte que j’étais plus affecté que je ne voulais le croire. Je me sentais physiquement mal à l’aise, un peu tremblant, l’estomac en boule. Les autres militants avaient l’air galvanisés par ce que Charest nous avait dit. Moi, j’étais plutôt mortifié de voir qu’il ne semblait pas vouloir changer sa position d’un iota.

Je ne me souviens plus hélas de tout ce que nous avons fait le reste de la fin de semaine. Je me souviens toutefois que la seule manière de me calmer avait été de me réconcilier avec ma conscience en prenant une décision: Jean Charest n’était plus l’homme de la situation, il n’avait plus mon soutien et je ne ferais plus rien pour l’empêcher de sombrer. À partir de ce moment, la cassure entre le PLQ et moi a progressé. J’ai longtemps espéré que Charest laisse son poste devant la controverse et que nous puissions choisir un nouveau leader. Ça n’est jamais venu. Et après Bastarache et Bellemare sont venues les questions bien plus sérieuses liées à la construction, ce pénible refus persistant de lancer une commission d’enquête, avec quasiment tous les militants autour de moi qui semblaient parfaitement à l’aise et heureux de ce refus… Le temps a passé, mais jamais Jean Charest n’a changé de stratégie. Son discours est resté le même qu’en ce mois d’avril 2010, sur l’essentiel: maintenir le cap, même s’il est mauvais.

Ne pas aller au fond des choses a toujours été et demeure, à mon sens, le pire des choix. Ce qui s’est dit sur la construction est probablement fait à la foi de vérités et de rumeurs infondées. Mais puisque le gouvernement a refusé de mettre tout sur la table dans le cadre structuré d’une commission, la commission s’est faite malgré le gouvernement, dans les médias. Une telle manière de procéder expose les doutes, rarement les conclusions, plus rarement encore le système. Et ça non plus, ça ne met personne en prison. Les médias ont été forcés de faire le travail dont le gouvernement s’est lâchement débarrassé. Et tout le monde en paie le prix.

Je suis convaincu qu’une majorité de nos élus et de leur entourage est de bonne foi. Malheureusement, tout le monde est éclaboussé quand on refuse de mettre les faits sur la table, parce que la suspicion s’installe et qu’on ne va jamais au fond des choses. Le gouvernement espérait peut-être qu’avec quelques mesures alternatives, on finirait par arrêter d’en parler. Le problème, c’est que les irrégularités du monde de la construction ne vont pas disparaître toutes seules. À plus forte raison si toutes ces allégations sont fondées… Ce qui semble bien tristement être le cas pour plusieurs d’entre elles.

À mon avis, la stratégie que le gouvernement a adoptée est la pire qui soit. En prenant certaines mesures comme Marteau ou l’UPAC, il a démontré qu’il accordait quand même du crédit aux allégations révélées dans les médias. En refusant l’enquête publique, il a laissé entendre qu’il ne voulait pas que tout soit dit et révélé et qu’il avait donc quelque chose à cacher. En s’obstinant dans sa position, il a donné l’impression d’être borné et hyper partisan. En laissant les choses traîner, il semble dire que ce n’est pas un dossier important pour lui.

L’enquête publique se fera un jour. Je suis prêt à parier un gros deux qu’il faudra par contre attendre que le PLQ ait reçu une monumentale gifle électorale et que son chef ait quitté son poste pour en venir là. Et c’est dommage, parce que pendant qu’en maintenant le problème dans un clair-obscur comme l’a fait le gouvernement Charest, on l’a laissé croître tout en infligeant de douloureux dommages collatéraux à la confiance du public, à la probité de nos hommes et femmes politiques et à l’intégrité de nos institutions. Il faudra des années pour se remettre de cette démolition par attrition.

Merci M. Charest.