RSS

Archives de Catégorie: Implication citoyenne

En quête d’une famille

Vous l’aurez appris dans les médias, ou encore je vous l’apprendrai à l’instant. Je fais partie d’un groupe de citoyens partageant ma recherche d’une nouvelle alternative politique ayant décidé de lancer un projet de fondation de parti politique provincial. Ce parti, centré sur quatre valeurs, réponds à la manière dont je me décris depuis le début sur ce blogue: progressiste, fédéraliste, régionaliste et écologiste.

Si ce projet devient réalité, je ne serai plus un orphelin politique, et mon vote sera libre de s’exprimer avec fierté aux prochaines élections. Ce blogue, qui n’aura duré qu’un temps, devient donc obsolète et ne sera plus alimenté.

Merci à ceux qui m’ont suivi pendant cette nouvelle partie de mon aventure. Sachez-le, le lancement d’une nouvelle formation demande beaucoup de travail et une certaine abnégation (malgré ce qu’on en pense). Je ne sais pas où le chemin nous mènera pour la suite, mais je suis impatient de le savoir. Souhaitez-nous donc bonne chance.

Chers citoyens du Québec, au plaisir.

 

Du balai!

Voilà le message que se propose de transmettre pour vous le regroupement Générations d’Idées. Je n’ai découvert les GEDI (comme ils s’appellent eux-mêmes) que tout récemment. Leur démarche est intéressante. Ils regroupent des jeunes de moins de 35 ans pour discuter politique en dehors d’un cadre partisan. Réunissant des gens de milieux variés, ils tamisent les résolutions présentées par les participants en écartant les moins consensuelles. Le résultat, c’est un mémoire très complet qui présente une myriade de mesures pouvant convenir à tous les courants idéologiques. On se demande souvent, à les lire, pourquoi personne ne les met en place, car la plupart des partis pourraient facilement les endosser…

Génération d’Idées désire mener une action symbolique en faisant parvenir au moins 150 balais aux portes de l’Assemblée nationale le 27 octobre, afin de souligner la nécessité de faire le ménage dans nos affaires politiques. Les acheteurs seront conviés à assister en personne à l’événement et leur nom sera apposé sur leur balai. Organismes et particuliers sont invités à participer.

Toutes les informations sur la démarche, y compris pour vous procurer un balai, sont disponibles ici : www.generationdidees.ca/balai/

Quant à moi, je participerai probablement à la prochaine activité de Génération d’idées, même si mon champ d’implication de prédilection demeure un parti politique. Ces GEDI gagnent à être connus et entendus.

 

Sur le neutre

Récidive citoyenne: une nouvelle pétition en ligne sur le site de l’Assemblée nationale réclame une enquête publique sur la construction et sur le financement des partis politiques. Je vous invite à la signer en grand nombre. Je l’ai moi-même fait ce matin.

Mais il y a un mais. Je dois en toute honnêteté vous aviser. En signant, vous remplirez votre rôle de citoyen en prenant part au débat public. Vous ferez valoir votre mécontentement et votre désir de solution. Vous démontrerez que la population ne partage pas l’avis du gouvernement. Mais vous n’obtiendrez aucun résultat.

Je sais, c’est décourageant. La minute et demie que vous prendrez pour remplir le formulaire et signer sera une pure perte (ce qui ne signifie pas que vous n’ayez pas à le faire!). Ce n’est pas de votre faute.

Voyez-vous, le véhicule politique qu’est le Parti libéral du Québec est sur le neutre. Il ne peut plus appuyer sur l’accélérateur, parce que son réservoir de confiance du public est à sec. Alors il essaie de durer le plus longtemps possible sur son élan, pour se rendre aux prochaines élections. Bien sûr, quand on ne peut pas rouler à pleine vitesse, le temps semble long avant la destination… C’est probablement l’effet ressenti par les libéraux, qui subissent sans fléchir pourtant leur supplice de la goutte. Goutte du liquide de transmission qui fuit depuis des années, la transmission entre le peuple et le gouvernement, qui ne fonctionne vraiment plus très bien. Le volant, ce fameux volant, commence à être vraiment difficile à manoeuvrer: presque impossible d’orienter correctement le gouvernement. Il faudra réparer tout ça. Et on connaît le prix que ça coûte, les réparations automobiles… euh, politiques!

En signant, vous demandez plutôt à ce que le gouvernement libéral mettre les freins. Qu’il déclenche cette commission qu’il refuse et qu’il arrête de s’entêter à rouler jusqu’à ce que panne du moteur s’ensuive. Mais il ne freinera pas. Ça fait déjà tellement longtemps qu’il continue sa course, sur le neutre, que même s’il ralentit peu à peu, il préférera que le véhicule s’arrête tout seul plutôt que de le freiner de lui-même. Ça se produira aux prochaines élections.

Jean Charest s’est trop entêté. Il ne peut plus reculer, plus revenir en arrière. Il n’a vraiment plus rien à perdre, entre nous. Il n’a même plus assez de capital politique pour se payer du carburant et relancer la machine. Alors pourquoi se mettrait-il à vous écouter, vous qui êtes sur toutes les lignes ouvertes de son système radio? Vous les détestez déjà, lui et son gouvernement, alors il a préféré mettre une vieille cassette plutôt que de vous entendre râler.

Le véhicule du PLQ est au neutre, et une voiture de police le suit, lui faisant signe de s’arrêter elle aussi. C’est sûr que les libéraux auront une contravention quand la voiture n’avancera plus, que les mains de Charest quitteront le volant. Mais bon, tant qu’à se faire pincer, aussin bien retarder le moment et profiter des kilomètres qui restent plutôt que d’optembérer immédiatement.

Ça ne servira à rien. Mais signez quand même la pétition, pour l’histoire. Ça fera toujours un clou de plus sur la chaussée pour arrêter le PLQ, au prochain barrage routier…

 
 

Autrement, la politique?

Faire la politique autrement.

L’expression elle-même est presque en train de devenir source de cynisme, ce qui n’est pas sans ironie. On y est allé de toutes sortes de propositions pour rapprocher le pouvoir du citoyen, ou pour réduire la partisannerie. Je suis moi-même favorable à quelques uns de ces mesures, comme les élections à date fixe, la réforme du mode de scrutin ou le vote libre en chambre. Cependant, je suis de ceux qui pensent qu’aucun de ces solutions ne régleront réellement le problème. Jusqu’ici, je n’ai entendu personne parler de ce qui ronge à mon avis le plus la politique, à part les allégations de corruption…

La démocratie telle qu’elle devrait être en théorie pratiquée ici consiste à déléguer l’exercice du pouvoir à tous les quatre à cinq ans à une assemblée de 125 citoyens choisis par leurs pairs. N’importe qui devrait pouvoir prétendre à ces fonctions. Et comme ce sont des citoyens qui deviennent députés, on devrait être en droit de s’attendre à ce qu’ils nous parlent d’égal à égal.

Les jeux Olympiques sont censés être réservés aux athlètes amateurs. Mais, entre vous et moi, il n’y a plus grand-chose d’amateur lorsqu’on y regarde de plus près. C’est la même chose en politique. L’un des grands maux qui affectent notre système, c’est ce que j’appellerais la « professionnalisation » du milieu.

Le cas est typique. Avant les années 1960, la politique était le fait de « self-made men », des avocats du comté et de gens au verbe coloré. La relation était assez directe entre l’électeur et son député… peut-être trop, avec tout ce que cette façon de fonctionner comportait de népotisme, d’arbitraire et d’agressif. Parallèlement à la Révolution tranquille, les habitudes médiatiques ont changé. Les assemblées de cuisine, les débats entre candidats dans chaque paroisse ont fait place à un débat des chefs télévisé, où l’image jouait un grand rôle. Un mouvement de pendule s’amorçait. D’un modèle très (trop!) « vrai monde », on a migré vers un autre très formaté. « Spin doctors », firmes de communications, recours à d’innombrables experts et technocrates, multiplication des conseillers font aujourd’hui partie intégrante du système. On contrôle avec grande précaution le message.

Comme en toute chose, des mouvements de pendule de ce genre nous conduisent souvent d’un extrême à un autre. Nous en sommes aujourd’hui arrivés à un point où le degré de formatage professionnel de la politique est si grand que nos élus nous donnent davantage l’impression d’être des robots que des citoyens parmi les autres, ou encore d’être complètement déconnectés. Ainsi un débat des chefs est-il, au fond, l’occasion de débiter une litanie savamment apprise par chacun des participants pendant des heures de briefing, le tout en habits longuement médités, avec une attitude contrôlée à l’extrême. Tant et si bien que l’analyse de ces débats se concentre désormais plus sur les rares moments où nos politiciens redeviennent humains et « commettent une erreur », c’est-à-dire sortent un peu de leur artificialité. De même, les ministres sont entourés d’une armada de conseillers en tout genre, et je me demande jusqu’à quel point cela ne les coupe pas de la réalité sur le terrain (« ne vous en faites pas, patron, ça n’est pas si grave… Les gens finiront par comprendre… Vous faites du bon travail! »). Même la Cour suprême est aujourd’hui chargée de trancher les débats pourtant politiques et non juridiques les plus chatouilleux, dans lesquels les politiciens n’osent plus se mouiller!

Il n’y a là rien pour amener le citoyen à s’identifier à ses élus, à leur faire confiance et à sentir qu’il peut les influencer. Être politicien n’est plus l’affaire de citoyens ordinaires, mais celle d’organisations complexes qui reposent beaucoup sur le recours à une foule de services professionnels et de conseillers pour formater les moindre faits et gestes des élus. Plus que des modifications fonctionnelles au mode de scrutin ou à la manière dont les partis s’articulent à l’Assemblée nationale, c’est dans les attitudes et les pratiques politiques qu’une mutation s’impose. Je ne suis pas en train de dire qu’il faille revenir au populisme à la sauce de l’Union nationale, comme le faisait souvent l’ADQ sous Mario Dumont. Ni qu’il faille se débarrasser de tous les conseillers politiques. On peut parler vrai tout en disant des choses intelligentes. On peut avoir des conseillers sans se fier aveuglément à eux pour la conduite de nos affaires. Simplement, on aimerait sentir que nos députés et ministres sont plus personnellement conscients qu’ils ne sont que des citoyens parmi d’autres, que ce sont eux les élus et non leurs adjoints et que lorsqu’ils prennent la parole, ce sont eux qu’on veut entendre et non leur firme de relations publiques.

Ce sont évidemment des constats généraux. Certains politiciens se démarquent à cette enseigne. Le problème, c’est que ça n’est généralement pas ceux qui ont le plus de poids dans la conduite des affaires du gouvernement! À quand une modification des mœurs politiques?

 

Pourquoi j’ai ma carte du NPD

En toute honnêteté et transparence, je dois aujourd’hui signaler à mes lecteurs que je suis à nouveau membre d’un parti politique, le NPD, depuis dimanche. Mon intérêt premier demeure la politique québécoise. Je n’ai pas pris ma carte du NPD pour m’impliquer comme je l’ai fait par le passé au PLQ. Je crois donc toujours mériter mon titre d’orphelin politique, car c’est bien à l’Assemblée nationale que je ne me sens plus représenté et où je cherche à changer les choses.

Quelques raisons expliquent mon choix. La première a été exposée à une ou deux reprises dans les médias et reviendra certainement sur le tapis. Elle est mathématique. Alors que 57% des députés actuels du NPD sont du Québec, en faisant un parti majoritairement québécois aujourd’hui (c’est, il faut l’avouer, spectaculaire), on ne compte que 5000 membres québécois sur environ 80 000 au pays, soit à peine plus de 6%! Or, le chef est élu selon un principe simple: chaque membre dispose d’un droit de vote. Or si vous faites partie de ceux qui pensent que le changement à Ottawa peut passer par le NPD, vous devez penser à la consolidation des acquis de ce parti au Québec aux prochaines élections. Il est à cet égard primordial que le prochain chef soit sensible aux questions québécoises. Qui de mieux, donc, que des membres québécois pour s’en assurer? Je souhaite donc qu’un grand nombre de Québécois, militants ou non, sympathisants ou simplement intéressés à prendre part au choix d’un(e) éventuel(le) futur(e) premier(ère) ministre de manière très directe, fassent comme moi et choisissent d’ajouter un peu de poids au membership du Québec cette année. Au moins cette année.

Par ailleurs, je n’ai jamais caché être plus sympathique aux idées du NPD qu’à celles des autres partis fédéraux. Il y a quelques années, le parti était davantage centralisateur, ce qui contrevenait à ma vision de la manière dont le Canada devrait évoluer. Grâce aux efforts de Québécois, avec la déclaration de Sherbrooke par exemple, et à l’ouverture du parti sous Jack Layton, le NPD s’ouvre à une toute autre approche. Il faudra d’ailleurs en définir le contenu, ce à quoi les membres peuvent également participer. Avec une nouvelle équipe, une structure à construire et une ouverture plus grande au Québec, je me reconnais maintenant assez dans le NPD pour cristalliser mon statut de sympathisant dans une carte de membre.

La troisième raison est plus bizarre: c’est la curiosité. De la culture de parti, je ne connais que ce que le PLQ avait à offrir. Il est intéressant de voir comment d’autres formations sont organisées et vivent. Le NPD est, au Québec, une formation très jeune où toutes les structures demeurent à revoir et à investir. Les membres sont peu nombreux et cela crée une toute autre atmosphère qu’au sein d’une machine rodée, voire usée par la taille. Tout cela est rafraichissant à observer.

Puisque la course à la chefferie est le centre de mon intérêt, je suivrai avec attention les débats qui l’entourent. Déjà, M. Brian Topp, que l’on connaît peu au Québec, s’est lancé dans la course. J’ai hâte de voir qui l’affrontera et de mieux connaître les candidats, car j’avoue avoir un penchant spontané pour Thomas Mulcair, dont le parcours politique n’est pas étranger au mien. Dans tous les cas, j’espère que les Québécois saisiront la chance qu’ils ont d’influencer les priorités d’un parti national plus sensible à leurs valeurs et établiront durablement le pont entre les socio-démocrates canadiens et québécois.

 
 

Prendre à parti

Les propositions de Bernard Drainville pour relancer la démocratie au Québec sont intéressantes. Je pourrai d’ailleurs y revenir plus tard. Il est cependant une chose que toutes les lois du monde ne pourront changer si la volonté n’y est pas: la culture de parti. Pourtant, les partis politiques sont devenus, par la force des choses, un véhicule incontournable de notre système politique.

On m’a déjà dit que je manquais de « sens politique ». C’est peut-être vrai. J’ai souvent ressenti des malaises devant des stratégies et des conceptions répandues au PLQ et qui, j’en suis sûr, sont également présentes au PQ. Peut-être que c’est parce que je suis trop doux ou naïf pour faire de la « vraie » politique, mais je formule l’espoir qu’il soit possible de procéder autrement et de quand même remporter une élection et se faire valoir sur la place publique. Voici, à cet effet, quelques travers qui m’ont toujours agacé et que j’aimerais voir disparaître durablement de la culture de nos partis politiques.

Stratégies de plancher

Lorsqu’un parti souhaite adopter des résolutions en vue de constituer son programme politique, il se réunit en assemblée plénière. Une résolution est proposée et secondée, puis des gens se présentent tour à tour au micro pour avancer leurs arguments pour ou contre l’idée suggérée. La salle vote ensuite pour trancher la question.

Une stratégie de plancher consiste à court-circuiter le débat franc. Par exemple, un groupe d’opposants à une idée pourrait envoyer des gens au micro des « pour » afin de présenter des arguments bidons dans le but de ridiculiser les gens en faveur et de leur couper leur temps de parole (le nombre d’interventions est souvent limité). On peut donner l’impression d’un mouvement de fond en s’arrangeant pour qu’une douzaine de personnes aillent faire la file au micro voulu, même si elles ne parleront pas toutes. On applaudira et criera plus que de raison, ou on tentera de faire rasseoir des gens qui ne sont pas d’accord avec nous. Dans certains cas, on ira chercher des militants qui avaient quitté l’assemblée plénière (pour faire autre chose ou parce que ça ne les intéresse pas) pour qu’ils viennent juste voter en masse d’un côté ou de l’autre. Puis on les laissera aller. Des abus de procédures peuvent également mettre à mort une résolution, car une salle se lasse très vite de ce petit jeu. Renvoyer le texte à la commission politique, qui sera trop débordée pour y revenir, met également l’idée aux poubelles, le plus souvent.

Je ne suis pas au fait de toutes les stratégies de plancher, parce que je n’en suis pas friand. Mais la plupart de celles que j’ai vues m’ont plus dégoûté qu’autre chose. Je pense que tout militant d’un parti politique devrait être rebuté par de telles pratiques et les dénoncer à l’assemblée lorsqu’il en a connaissance. Dans l’idéal, leur emploi ne devrait même pas traverser l’esprit des militants. La seule « stratégie » que je considère être réellement valable consiste, pour un proposeur de résolution, à sélectionner des intervenants structurés qui partagent son opinion afin d’aller défendre son idée à l’avant en cas d’opposition importante.

Le culte de la salle pleine

Très souvent, lorsqu’on organise une activité partisanne, la quantité prime sur la qualité. Qu’importe si nombre de militants présents sont davantage là parce qu’un ami a beaucoup insisté pour qu’ils y soient ou parce qu’on leur a promis une soirée sociale agréable ensuite. On demandera de colossaux efforts de mobilisation aux organisateurs de l’activité, parfois au détriment d’autres aspects. C’est la préoccupation numéro un.

C’est certain qu’une salle vide donne une mauvaise impression aux médias. Mais à trop vouloir, je pense que cette obsession devient néfaste, parce qu’elle gruge de l’énergie qui irait mieux ailleurs. C’est peut-être pour la même raison que, lorsqu’on est interrogé sur le nombre de membres ou de militants dans une circonscription ou une activité donnée, on ment systématiquement en gonflant le chiffre de quelques centaines.

Du reste, le citoyen et les médias doivent se souvenir que le nombre n’est pas forcément un bon indicateur de la qualité des idées ou de la popularité. À titre tout personnel, j’aime mieux 200 militants intéressés et motivés que 800 qu’on peine à retenir dans l’assemblée plénière parce qu’ils ne sont pas là par intérêt réel.

Criez et souriez

Un courant de sympathie ou de popularité, s’il est sincère, n’a pas à être induit. De nature peu démonstrative, j’ai toujours été agacé par ce désir de faire le plus de bruit possible lorsque le chef entre dans la salle. De deux choses l’une: ou bien le chef du parti est réellement très aimé des militants, et en ce cas il n’est pas nécessaire de faire le tour des militants pour leur dire qu’il arrive et qu’on doit crier et applaudir à tout rompre; ou bien ce n’est que du spectacle. Et ce n’est alors pas rendre grand service au chef en question. Au final, dans ce dernier cas de figure, cela ne fait que renvoyer l’image d’un parti déconnecté de la population.

L’obsession de contrôle

Ce trait-ci est beaucoup plus caractéristique du PLQ. Je le crois moins présent au PQ, qui sombre dans l’autre extrême (une surdémonstrativité du mécontentement en public). L’obsession d’unité et le désir de contrôle sont si présents qu’on a peur chaque fois qu’un militant veut ouvrir la bouche ou sortir dans les médias. On relit scrupuleusement toutes ses lettres d’opinion, on empêche en pratique les associations locales d’envoyer des communiqués en exigeant que tous soient relus par « le parti », on préfère quand la lettre d’opinion ou le communiqué est écrit par la permanence et signé par un militant consentant. On cherchera à noyauter les sondages en ligne en faisant virer le vent de bord à grand renfort de courriels envoyés aux militants. On essaie parfois de faire la même chose avec des lignes ouvertes, ou sur les tribunes interactives surtout pendant les campagnes électorales, avec des pseudonymes et des fausses identités si nécessaires. On peut par exemple inventer un péquiste déçu qui ira sur tous les blogues politiques de la province clamer combien il n’aime pas Pauline tout le long de l’élection.

Je doute de l’utilité réelle de ces stratégies, et je trouve qu’elles nient à la fois toute confiance envers le bon sens des militants et la transparence qui devrait être la règle entre un parti et la population.

L’autorité renversée

C’est peut-être la plus fondamentale, mais en même temps la plus diffuse. Dans un monde idéal, un parti devrait être selon moi la réunion de gens partageant des idéaux communs et acceptant d’investir leurs efforts pour faire élire ou ou des députés. Ces députés sont donc redevables aux militants, qui leur fourniront des idées et des valeurs à défendre en leur nom. Si un député commence à se sentir au-delà de « l’autorité » du militant, que ce dernier l’abandonne et prenne un meilleur représentant.

Dans la réalité, les militants sont bien davantage vus comme des gens au service du député, du chef, du parti. On lui demande beaucoup et on lui rend peu. On a cette impression que c’est le militant qui est remplaçable en cas de pépin, bien davantage que l’élu qu’il a contribué à la sueur de son front à faire élire. Les statuts du PLQ ne prévoient même pas de procédure pour demander un vote de confiance sur le chef. Le militant n’a donc pas la liberté de demander, de sa propre initiative, de se prononcer de nouveau sur cette importante question.

***

Si on veut changer la manière de faire de la politique, il faut aussi changer la manière de voir et de mener un parti. Même si le parti lui-même est moins souvent sous les feux de la rampe que les députés qu’il fait élire, il a un devoir d’exemplarité. Le PLQ et le PQ peuvent, souhaitent-ils sortir de cette façon de faire? Je me permets aujourd’hui d’en douter. Souhaitons que de nouveaux partis à venir soient davantage sensibles à ces questions.

 

… pour mieux dessiner l’avenir (2 de 2)

Que reste-t-il, donc, au citoyen?

Un parti politique est une bête difficile à dompter. Quiconque, néanmoins, a le droit au Québec de tenter de lancer sa propre formation politique, et de faire concurrence à celles déjà en présence. Quiconque a le droit d’essayer de se faire valoir lors d’élections. Et si concurrencer le PLQ et le PQ peut sembler une tâche difficile, il faudra bien pourtant y venir, puisque ces deux partis ne semblent pas en mesure de se réformer et de suivre les aspirations du peuple du Québec.

Il reste au citoyen l’option de secouer sa torpeur et de prendre lui-même les choses en main. Quand rien ne va plus sur la planète politique, il est de notre devoir de nous lever et de proposer une alternative qui soit crédible. Pour qu’un nouveau courant politique puisse naître et croître, il faut que la situation sur le terrain s’y prêtre. Or, on a soif de changement. Le NPD, bien que n’étant pas réellement un nouveau parti, a bénéficié d’un momentum formidable. Sans équipe bien implantée, sans grosse machine électorale bien huilée, sans financement généreux, il a changé le paysage politique fédéral au Québec du tout au tout. Et rien n’empêche les citoyens de décider de faire le ménage de la même manière en politique provinciale. C’est la preuve que lorsque la volonté populaire y est, les astres peuvent se réaligner. Et il est temps de mettre ce pouvoir à profit.

La soif de changement ne fait pas tout. Il faut s’assurer que le désir d’aller vers de nouvelles alternatives puisse être dirigé vers des options crédibles, construites et complètes sur le plan idéologique. Et pour qu’un choix éclairé puisse se faire, il faut plusieurs de ces options et un débat d’idées. À cet égard, je ne peux que saluer des démarches comme celles de la Coalition pour l’avenir du Québec, le Réseau liberté Québec, Option Québec ou le Nouveau Mouvement pour le Québec. Québec solidaire, à sa manière, participe aussi au mouvement, comme véhicule plus achevé que les autres. Dans tous ces mouvements en amorce, il reste une catégorie d’oubliés, celle à laquelle j’appartiens, les fédéralistes de gauche ou de centre-gauche.

Ceux-là, j’aimerais, grâce à ce blogue, les découvrir et les entendre. J’aimerais tisser avec eux des liens, pour voir comment nous pourrions structurer nos efforts, prendre notre place sur l’échiquier politique. La journée d’hier m’a déjà permis d’entrer en contact avec quelques personnes. Il ne faut parfois que la réunion de gens motivés pour changer l’ordre des choses.

À tous ceux que la politique intéresse, même s’ils ne sont ou seront pas en accord avec mes positions, je ne peux que conseiller de continuer à suivre les débats. Si vous en avez le temps et le goût, contribuez donc à l’émergence de ces nouvelles forces politiques qui naissent. Montrez que vous ne vous laisserez pas prendre pour acquis par un système bipartisan qui donne l’illusion d’éternité aux détenteurs du pouvoir.

Nous sommes, je l’espère, à un tournant de notre histoire politique. Ce genre de moment pourrait bien déterminer notre sort collectif pour les 30 à 40 prochaines années. Ne restons pas passifs. S’il faut fonder des partis, qu’à cela ne tienne. Il est vrai que ce qui se produit actuellement peut donner l’impression que nous aurons trop de partis. Mais comme à chaque moment charnière du cheminement collectif, il est normal qu’il y ait une certaine ébullition, un éparpillement léger. La situation se corrigera avec le temps, et seuls les partis les plus intéressants sortiront de ce grand brassage d’idées. Si le PQ et le PLQ y sont encore, tant mieux pour eux. Si d’autres partis plus pertinents émergent, tant mieux aussi. La mise à jour sera faite et nous pourrons aller de l’avant.

Avec le passé en gage d’avenir, levons-nous et choisissons de quoi seront faites les quatre prochaines décennies au Québec.