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Archives de Catégorie: Médias

Le pire choix qui soit

Printemps 2010. La bombe de Marc Bellemare était tombée il y a peu. Le PLQ tenait justement son conseil général à St-Hyacinthe, à la mi-avril, en plein début de tourmente. J’y étais, comme à tous les conseil généraux ou presque depuis le début de mon implication.

Dans la voiture, en route vers la Montérégie, nous avions discuté de ce qui semblait être une situation tendue et de la réaction que pourrait avoir Jean Charest. J’étais pour ma part plutôt perplexe. Sans dire que je donnais toute la crédibilité du monde à Marc Bellemare (loin s’en faut), je voyais bien qu’une crise se profilait à l’horizon. Je donnais donc beaucoup d’importance à ce que Jean Charest aurait à dire à ses militants lors du traditionnel discours du vendredi soir. J’espérais un grand coup, qui permettrait au gouvernement de reprendre l’initiative.

Nous sommes allés nous installer tout au fond de la salle. Ça faisait mon affaire, car je ne me sentais pas du tout d’humeur à applaudir à tout rompre. J’étais là pour voir un coup de barre… Coup de barre qui n’est pas venu. Jean Charest nous a servi un discours à mon sens semblable à tous les autres. J’étais particulièrement déçu.

Dans ma chambre d’hôtel, ce soir-là, je me suis rendu compte que j’étais plus affecté que je ne voulais le croire. Je me sentais physiquement mal à l’aise, un peu tremblant, l’estomac en boule. Les autres militants avaient l’air galvanisés par ce que Charest nous avait dit. Moi, j’étais plutôt mortifié de voir qu’il ne semblait pas vouloir changer sa position d’un iota.

Je ne me souviens plus hélas de tout ce que nous avons fait le reste de la fin de semaine. Je me souviens toutefois que la seule manière de me calmer avait été de me réconcilier avec ma conscience en prenant une décision: Jean Charest n’était plus l’homme de la situation, il n’avait plus mon soutien et je ne ferais plus rien pour l’empêcher de sombrer. À partir de ce moment, la cassure entre le PLQ et moi a progressé. J’ai longtemps espéré que Charest laisse son poste devant la controverse et que nous puissions choisir un nouveau leader. Ça n’est jamais venu. Et après Bastarache et Bellemare sont venues les questions bien plus sérieuses liées à la construction, ce pénible refus persistant de lancer une commission d’enquête, avec quasiment tous les militants autour de moi qui semblaient parfaitement à l’aise et heureux de ce refus… Le temps a passé, mais jamais Jean Charest n’a changé de stratégie. Son discours est resté le même qu’en ce mois d’avril 2010, sur l’essentiel: maintenir le cap, même s’il est mauvais.

Ne pas aller au fond des choses a toujours été et demeure, à mon sens, le pire des choix. Ce qui s’est dit sur la construction est probablement fait à la foi de vérités et de rumeurs infondées. Mais puisque le gouvernement a refusé de mettre tout sur la table dans le cadre structuré d’une commission, la commission s’est faite malgré le gouvernement, dans les médias. Une telle manière de procéder expose les doutes, rarement les conclusions, plus rarement encore le système. Et ça non plus, ça ne met personne en prison. Les médias ont été forcés de faire le travail dont le gouvernement s’est lâchement débarrassé. Et tout le monde en paie le prix.

Je suis convaincu qu’une majorité de nos élus et de leur entourage est de bonne foi. Malheureusement, tout le monde est éclaboussé quand on refuse de mettre les faits sur la table, parce que la suspicion s’installe et qu’on ne va jamais au fond des choses. Le gouvernement espérait peut-être qu’avec quelques mesures alternatives, on finirait par arrêter d’en parler. Le problème, c’est que les irrégularités du monde de la construction ne vont pas disparaître toutes seules. À plus forte raison si toutes ces allégations sont fondées… Ce qui semble bien tristement être le cas pour plusieurs d’entre elles.

À mon avis, la stratégie que le gouvernement a adoptée est la pire qui soit. En prenant certaines mesures comme Marteau ou l’UPAC, il a démontré qu’il accordait quand même du crédit aux allégations révélées dans les médias. En refusant l’enquête publique, il a laissé entendre qu’il ne voulait pas que tout soit dit et révélé et qu’il avait donc quelque chose à cacher. En s’obstinant dans sa position, il a donné l’impression d’être borné et hyper partisan. En laissant les choses traîner, il semble dire que ce n’est pas un dossier important pour lui.

L’enquête publique se fera un jour. Je suis prêt à parier un gros deux qu’il faudra par contre attendre que le PLQ ait reçu une monumentale gifle électorale et que son chef ait quitté son poste pour en venir là. Et c’est dommage, parce que pendant qu’en maintenant le problème dans un clair-obscur comme l’a fait le gouvernement Charest, on l’a laissé croître tout en infligeant de douloureux dommages collatéraux à la confiance du public, à la probité de nos hommes et femmes politiques et à l’intégrité de nos institutions. Il faudra des années pour se remettre de cette démolition par attrition.

Merci M. Charest.

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Les médias, une chance qu’ils sont là

Oui, une chance, sinon qui les partis politiques pourraient-ils blâmer à part eux-mêmes quand ça va mal?

Je dois annoncer mon conflit d’intérêt au point de départ: je partage ma vie avec une jeune journaliste. Cela m’aura sans doute permis de voir les deux côtés de la médaille et franchement, je trouve que le monde politique, tant du côté des militants que de celui des élus, est bien dur avec ceux-ci.

Le mythe selon lequel les journalistes sont biaisés est tenace. C’est bizarre, car selon l’allégeance de celui qui émet la critique, le sens du biais change! Ainsi, les péquistes diront que les médias accordent beaucoup trop d’importance aux dissidents, aux pressés et à ceux qui remettent le leadership du chef du moment en question. Les libéraux se plaidront que les médias ne cherchent que les mauvaises nouvelles, qu’ils ne relaient jamais les bons coups du gouvernement et qu’ils passent beaucoup trop de temps à parler de l’impopularité du premier ministre et de ses décisions. Un autre dira qu’ils ne parlent pas assez des petits partis, un autre encore, qu’ils donnent trop de place à toutes les oppositions.

C’est normal que quand les choses ne vont pas comme on le voudrait, on se sente attaqué lorsque nos erreurs sont étalées en public. Sauf que les médias ont, entre autres, ce rôle à remplir. Il faut tenter de se souvenir, quand on sent que les journalistes sont contre nous, que nous étions bien heureux de lire leurs textes quand ils concernaient les déboires de nos adversaires… L’impopularité de Charest, les déchirements au PQ, l’opposition citoyenne à des projets sont tous des faits, qui méritent un traitement médiatique conséquent, même si cela dérange.

En fait, je m’attends personnellement précisément à ce que les médias relaient ces informations que les politiciens ne veulent pas voir sortir. Par exemple, le travail d’enquête qui s’est fait sur le monde de la construction était nécessaire. Peut-être des choses exagérées ont-elles été avancées. Mais si on voulait que le laid du monde de la construction soit examiné dans un cadre structuré, il fallait instituer une commission d’enquête. Qu’on ne vienne pas s’étonner qu’à défaut, les médias fassent leur travail. Ce n’est pas de la mauvaise foi de leur part, ni un travail de sape du gouvernement: ils font simplement informer le public de ce qu’il a le droit de savoir.

Peut-être que la relations entre les médias et le politique s’améliorerait si ce dernier cessait de considérer les journalistes comme des relais d’information. J’ai entendu trop de politiciens qui, en entrevue télévisée, écoutent à peine la question posée avant de débiter un message appris d’avance en briefing avec ses attachés (la fameuse cassette), un discours qui changera peu, sans égards à la question ou aux insistances du journaliste. Les communiqués de presse sont parfois dégoulinants d’auto-promotion, ou tombent dans la critique caricaturale de l’adversaire. Comment s’étonner alors que le journaliste fasse son travail et trie ces informations superflues et, au final, peu intéressantes pour le public? Les mêmes observations s’appliquent aux conférences de presse, aux scrums, etc.

Les journalistes et les médias sont-ils au-dessus de toute critique pour autant? Bien sûr que non. Et ils en sont conscients. La fédération professionnelle des journalistes du Québec réfléchit beaucoup sur le rôle du journaliste, la transformation de sa profession ou la déontologie dans un contexte où la chronique devient de plus en plus présente. Mais parmi les réflexions à tenir sur le thème de « faire la politique autrement », il serait des plus utiles que la classe politique s’interroge sur la manière dont elle traite et conçoit les journalistes, pour en arriver à une interaction moins formatée, rigide et basée sur la méfiance ou le contrôle.

 
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Publié par le 31 août 2011 dans Médias, Partis politiques