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Archives de Catégorie: NPD

Pourquoi j’ai ma carte du NPD

En toute honnêteté et transparence, je dois aujourd’hui signaler à mes lecteurs que je suis à nouveau membre d’un parti politique, le NPD, depuis dimanche. Mon intérêt premier demeure la politique québécoise. Je n’ai pas pris ma carte du NPD pour m’impliquer comme je l’ai fait par le passé au PLQ. Je crois donc toujours mériter mon titre d’orphelin politique, car c’est bien à l’Assemblée nationale que je ne me sens plus représenté et où je cherche à changer les choses.

Quelques raisons expliquent mon choix. La première a été exposée à une ou deux reprises dans les médias et reviendra certainement sur le tapis. Elle est mathématique. Alors que 57% des députés actuels du NPD sont du Québec, en faisant un parti majoritairement québécois aujourd’hui (c’est, il faut l’avouer, spectaculaire), on ne compte que 5000 membres québécois sur environ 80 000 au pays, soit à peine plus de 6%! Or, le chef est élu selon un principe simple: chaque membre dispose d’un droit de vote. Or si vous faites partie de ceux qui pensent que le changement à Ottawa peut passer par le NPD, vous devez penser à la consolidation des acquis de ce parti au Québec aux prochaines élections. Il est à cet égard primordial que le prochain chef soit sensible aux questions québécoises. Qui de mieux, donc, que des membres québécois pour s’en assurer? Je souhaite donc qu’un grand nombre de Québécois, militants ou non, sympathisants ou simplement intéressés à prendre part au choix d’un(e) éventuel(le) futur(e) premier(ère) ministre de manière très directe, fassent comme moi et choisissent d’ajouter un peu de poids au membership du Québec cette année. Au moins cette année.

Par ailleurs, je n’ai jamais caché être plus sympathique aux idées du NPD qu’à celles des autres partis fédéraux. Il y a quelques années, le parti était davantage centralisateur, ce qui contrevenait à ma vision de la manière dont le Canada devrait évoluer. Grâce aux efforts de Québécois, avec la déclaration de Sherbrooke par exemple, et à l’ouverture du parti sous Jack Layton, le NPD s’ouvre à une toute autre approche. Il faudra d’ailleurs en définir le contenu, ce à quoi les membres peuvent également participer. Avec une nouvelle équipe, une structure à construire et une ouverture plus grande au Québec, je me reconnais maintenant assez dans le NPD pour cristalliser mon statut de sympathisant dans une carte de membre.

La troisième raison est plus bizarre: c’est la curiosité. De la culture de parti, je ne connais que ce que le PLQ avait à offrir. Il est intéressant de voir comment d’autres formations sont organisées et vivent. Le NPD est, au Québec, une formation très jeune où toutes les structures demeurent à revoir et à investir. Les membres sont peu nombreux et cela crée une toute autre atmosphère qu’au sein d’une machine rodée, voire usée par la taille. Tout cela est rafraichissant à observer.

Puisque la course à la chefferie est le centre de mon intérêt, je suivrai avec attention les débats qui l’entourent. Déjà, M. Brian Topp, que l’on connaît peu au Québec, s’est lancé dans la course. J’ai hâte de voir qui l’affrontera et de mieux connaître les candidats, car j’avoue avoir un penchant spontané pour Thomas Mulcair, dont le parcours politique n’est pas étranger au mien. Dans tous les cas, j’espère que les Québécois saisiront la chance qu’ils ont d’influencer les priorités d’un parti national plus sensible à leurs valeurs et établiront durablement le pont entre les socio-démocrates canadiens et québécois.

 
 

Par-delà l’étiquette: mon fédéralisme (partie 3)

Ce que je vous ai exposé lors des deux derniers jours reflète mon opinion générale sur le fédéralisme et le Canada, ainsi que la manière dont il devrait être réformé. Je ne prétends pas avoir apporté beaucoup de nouveauté au débat. Si cette vision du fédéralisme ne semble pas très répandue dans le monde politique actuel, c’est que les formations fédéralistes sont confortablement installées dans le statu quo et refusent de prendre leurs responsabilités (le NPD a semblé plus sensible à la question récemment). Ce type d’analyse du fédéralisme a déjà été fait par plusieurs auteurs et intellectuels, parfois avec des conclusions différentes des miennes.

C’est là que les choses deviennent davantage une question d’appréciation. À la lecture de mon exposé, ou des sources qui m’ont permi jusqu’ici d’assembler mon discours, plusieurs se diront qu’il s’agit là de la plus belle démonstration que la souveraineté est chose nécessaire. Alors toi, Alexis, pourquoi n’es-tu pas souverainiste?

Vous aurez remarqué, je l’espère, que je ne cherche pas à adopter une position radicale dans ce débat. C’est parce que je me situe dans une zone grise qui fait que tout en étant pour une réforme du Canada, je crois être en mesure de comprendre que l’on juge ce pays irrécupérable et que l’on souhaite le quitter. Je ne suis pas et j’espère ne jamais être de ceux qui agiteront des épouvantails alarmites en disant que la souveraineté nous fera tomber tous les maux du monde sur le dos. Si demain notre peuple décide démocratiquement, par majorité simple, de prendre en main sa destinée, j’en prendrai acte et je travaillerai en ce sens.

Je ne suis pas souverainiste pour deux raisons, essentiellement, qui sont toutes deux affaire d’appréciation. La première est l’expression d’un certain idéal de l’humain. Le Canada est une expérience socio-politique rare dans l’histoire humaine. Sur papier et avec des réformes, il a le potentiel d’atteindre une conclusion positive et de permettre la cohabitation harmonieuse de plusieurs nations dans un même pays, sans que ces nations ne soient brimées. Et puisque l’humanité progresse parfois à travers des expériences bien improbables, j’entretiens l’espoir que la réalité canadienne soit réformable, conformément à ce qui semble nécessaire sur papier.

La seconde est affaire de génération. L’essentiel de l’activité récente autour de la Constitution a eu lieu entre 1970 et 1995, de Victoria au dernier référendum. En 1995, pour voter, il fallait être né avant le 30 octobre 1977. Ma génération, la Y, n’a eu aucune possibilité de se prononcer lors d’un référendum ou de l’effervescence qui l’entoure, sauf peut-être quelques privilégiés qui, bien que n’ayant pas le droit de vote, se sont tout de même impliqués parce qu’ils étaient déjà assez vieux à l’époque pour le faire. La réforme constitutionnelle et l’idéal de la souveraineté ont beaucoup été l’affaire des baby-bommers et, dans une moindre mesure, de la génération X. Comme jeune, je dois donc constater que je n’ai jamais eu la chance de dire aux plus âgés « laissez-moi faire, je vais y arriver ». Et comme le propre de la jeunesse est de remettre en question ce qui s’est fait avant lui (pour parfois atteindre des résultats intéressants, parfois non), c’est ce que je fais.

Je refuse donc d’accepter que le Canada ne peut être réformé simplement parce que la génération précédente n’y est pas arrivé. La mienne n’a pas vécu un traumatisme aussi profond que les autres, car je demeure convaincu que le débat a laissé des blessures chez ceux qui y ont participé. Tant au Canada qu’au Québec, elle adopte sur certains sujets un point de vue bien différent de celui de ses aînés. Je voudrais qu’on lui laisse, à cette génération Y, une chance d’apporter sa propre solution aux problèmes constitutionnels.

Comme ces deux « arguments » sont proprement affaire d’appréciation, je m’attends à ce que plusieurs les critiquent. Et on atteindra alors ce point du débat où je ne pourrai que répondre… chacun son avis. Mais j’assume mon raisonnement, et celui-ci entraîne certaines conséquences.

D’abord, il serait bien téméraire de ma part de nier la possibilité d’un nouvel échec. Dans l’éventualité où une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles, faite sur les base présentées dans mes autres billets, aurait lieu et déboucherait sur l’impasse, celui l’ayant menée serait dans l’obligation morale d’entreprendre des démarches vers l’indépendance. D’un point de vue politique, je ne devrais pas écrire ce genre de chose, car je risque de repousser plusieurs fédéralistes. Mais comme personne défendant le fédéralisme plurinational et subsidiaire, si je constate un jour que le Canada ne veut ou ne peut partager cette vision, que pourrais-je conclure hormis que la bonne entente est impossible? Si ma génération échoue comme les précédentes à réformer le Canada, ne devrait-elle pas mener le raisonnement jusqu’au bout et prendre acte de ce désaccord semblant traverser le temps en faisant la souveraineté? Si la fédération doit être le théâtre de réarbitrages entre les membres, il faut au minimum que ceux-ci partagent une vision commune de ce qui fait une fédération. Dans le cas contraire, c’est l’échec garanti.

Je suis partisan du fédéralisme et de la subsidiarité. Le Canada peut en être une expression, mais ce n’est qu’un théâtre d’application comme un autre. Que cette fédération existe ou non est secondaire: je demeure quand même de ceux qui croient qu’un système fédéral est souhaitable par lui-même, lorsqu’il peut être appliqué. C’est exactement la raison pour laquelle je me décris comme régionaliste. Le Québec, comme le Canada-anglais, partage une même langue et une même nationalité identitaire, mais il est constitué de régions très différentes à de nombreux points de vue. La Côte-Nord et Montréal sont aux prises avec des défis fondamentalement différents. Je suis de ceux qui croient que le Québec, soit comme province, soit comme pays, doit décentraliser certains pouvoirs vers ses régions et ses villes. Tout au long de mon implication au PLQ, j’ai défendu cette vision, et je continuerai à le faire.

Le mélange de ces deux dernières conclusions en produit une troisième. Comme fédéraliste, si un jour le Québec devenait indépendant, je souhaiterais qu’il soit non pas une république, comme tant de gens le disent sans trop peser le pour et le contre, mais une fédération (si on reprend mon premier billet, elle serait sans doute plus territoriale que plurinationale, toutefois). D’après ma courte expérience de vie, il n’est pas souhaitable de laisser le destin tout entier de nos régions entre les mains des fonctionnaires de la Capitale, si bien intentionnés soient-ils. Rien ne vaut quelqu’un sur le terrain, ayant une connaissance approfondie de la situation d’une région, pour prendre la bonne décision. Une forme de gouvernance régionale disposant de pouvoirs propres à donner à chaque région les moyens de son développement m’apparaît comme une chose nécessaire au Québec, peu importe son statut constitutionnel.

J’ai conscience d’en avoir écrit bien trop long pour espérer être lu par le plus grand nombre. Cependant, une position constitutionnelle ne peut faire l’économie de nuances, ni d’une certaine logique interne. J’ai préféré montrer toutes les ramifications de mon raisonnement plutôt que de le tronquer pour faire plus court, et j’espère que vous me le pardonnerez. Merci de l’avoir lu.

Si par hasard vous partagiez l’essentiel de mon raisonnement, de grâce, contactez-moi.

 

La politique autrement

Prenez un parti en décroissance, qui semble condamné à ne jamais être autre chose que le troisième ou le quatrième joueur à la Chambre des communes. Un parti se disant socialiste dans un pays où, à bien des endroits, ce terme est associé à une insulte. Qui aurait cru que huit ans après être devenu chef, malgré plusieurs campagnes électorales où le NPD a fini derrière tous ses adversaires, Jack Layton aurait réussi à amener cet éternel tiers parti à un sommet historique? Qu’il terrasserait libéraux et bloquistes, changeant du tout au tout le visage politique du Québec, tout en gardant cette image de bon gars avec qui tout le monde aurait voulu prendre une bière? Et, si tristement, qu’il s’éteigne très peu de temps après?

Jack Layton a assurément été un politicien différent. Possiblement un de ceux que l’on aurait voulu et qu’on voudra voir plus souvent parmi nos hommes et nos femmes politiques. La dernière campagne électorale fédérale a montré un parti positif, aux moyens certes plus humbles que ses adversaires mais adoptant un ton résolument distinct. Les publicités néo-démocrates au Québec jouaient plus sur l’humour que sur l’attaque et la peur, trop souvent la marque de commerce des autres formations fédérales. Jack Layton est resté souriant et optimiste, malgré la maladie qui le rongeait encore, et a démontré que des élections peuvent encore apporter du changement même quand on ne s’y attend pas. Il a redonné l’espoir aux Québécois qu’on pouvait faire autrement, sans grosse machine électorale.

Homme de gauche et de coeur, depuis toujours intéressé par la politique, à l’accent sympathique lorsqu’il parlait français et à la moustache attachante, Jack Layton restera sans nul doute gravé dans la mémoire politique comme un modèle de proximité avec les électeurs, d’accessibilité et de bonne humeur. Cruel détour du destin que de le priver de la récompense qu’il a recherché toute sa vie, en agissant comme chef de l’opposition officielle à Ottawa…

Au revoir Jack. Et merci pour tout.

 
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Publié par le 22 août 2011 dans NPD

 

… pour mieux dessiner l’avenir (2 de 2)

Que reste-t-il, donc, au citoyen?

Un parti politique est une bête difficile à dompter. Quiconque, néanmoins, a le droit au Québec de tenter de lancer sa propre formation politique, et de faire concurrence à celles déjà en présence. Quiconque a le droit d’essayer de se faire valoir lors d’élections. Et si concurrencer le PLQ et le PQ peut sembler une tâche difficile, il faudra bien pourtant y venir, puisque ces deux partis ne semblent pas en mesure de se réformer et de suivre les aspirations du peuple du Québec.

Il reste au citoyen l’option de secouer sa torpeur et de prendre lui-même les choses en main. Quand rien ne va plus sur la planète politique, il est de notre devoir de nous lever et de proposer une alternative qui soit crédible. Pour qu’un nouveau courant politique puisse naître et croître, il faut que la situation sur le terrain s’y prêtre. Or, on a soif de changement. Le NPD, bien que n’étant pas réellement un nouveau parti, a bénéficié d’un momentum formidable. Sans équipe bien implantée, sans grosse machine électorale bien huilée, sans financement généreux, il a changé le paysage politique fédéral au Québec du tout au tout. Et rien n’empêche les citoyens de décider de faire le ménage de la même manière en politique provinciale. C’est la preuve que lorsque la volonté populaire y est, les astres peuvent se réaligner. Et il est temps de mettre ce pouvoir à profit.

La soif de changement ne fait pas tout. Il faut s’assurer que le désir d’aller vers de nouvelles alternatives puisse être dirigé vers des options crédibles, construites et complètes sur le plan idéologique. Et pour qu’un choix éclairé puisse se faire, il faut plusieurs de ces options et un débat d’idées. À cet égard, je ne peux que saluer des démarches comme celles de la Coalition pour l’avenir du Québec, le Réseau liberté Québec, Option Québec ou le Nouveau Mouvement pour le Québec. Québec solidaire, à sa manière, participe aussi au mouvement, comme véhicule plus achevé que les autres. Dans tous ces mouvements en amorce, il reste une catégorie d’oubliés, celle à laquelle j’appartiens, les fédéralistes de gauche ou de centre-gauche.

Ceux-là, j’aimerais, grâce à ce blogue, les découvrir et les entendre. J’aimerais tisser avec eux des liens, pour voir comment nous pourrions structurer nos efforts, prendre notre place sur l’échiquier politique. La journée d’hier m’a déjà permis d’entrer en contact avec quelques personnes. Il ne faut parfois que la réunion de gens motivés pour changer l’ordre des choses.

À tous ceux que la politique intéresse, même s’ils ne sont ou seront pas en accord avec mes positions, je ne peux que conseiller de continuer à suivre les débats. Si vous en avez le temps et le goût, contribuez donc à l’émergence de ces nouvelles forces politiques qui naissent. Montrez que vous ne vous laisserez pas prendre pour acquis par un système bipartisan qui donne l’illusion d’éternité aux détenteurs du pouvoir.

Nous sommes, je l’espère, à un tournant de notre histoire politique. Ce genre de moment pourrait bien déterminer notre sort collectif pour les 30 à 40 prochaines années. Ne restons pas passifs. S’il faut fonder des partis, qu’à cela ne tienne. Il est vrai que ce qui se produit actuellement peut donner l’impression que nous aurons trop de partis. Mais comme à chaque moment charnière du cheminement collectif, il est normal qu’il y ait une certaine ébullition, un éparpillement léger. La situation se corrigera avec le temps, et seuls les partis les plus intéressants sortiront de ce grand brassage d’idées. Si le PQ et le PLQ y sont encore, tant mieux pour eux. Si d’autres partis plus pertinents émergent, tant mieux aussi. La mise à jour sera faite et nous pourrons aller de l’avant.

Avec le passé en gage d’avenir, levons-nous et choisissons de quoi seront faites les quatre prochaines décennies au Québec.