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Sur le neutre

Récidive citoyenne: une nouvelle pétition en ligne sur le site de l’Assemblée nationale réclame une enquête publique sur la construction et sur le financement des partis politiques. Je vous invite à la signer en grand nombre. Je l’ai moi-même fait ce matin.

Mais il y a un mais. Je dois en toute honnêteté vous aviser. En signant, vous remplirez votre rôle de citoyen en prenant part au débat public. Vous ferez valoir votre mécontentement et votre désir de solution. Vous démontrerez que la population ne partage pas l’avis du gouvernement. Mais vous n’obtiendrez aucun résultat.

Je sais, c’est décourageant. La minute et demie que vous prendrez pour remplir le formulaire et signer sera une pure perte (ce qui ne signifie pas que vous n’ayez pas à le faire!). Ce n’est pas de votre faute.

Voyez-vous, le véhicule politique qu’est le Parti libéral du Québec est sur le neutre. Il ne peut plus appuyer sur l’accélérateur, parce que son réservoir de confiance du public est à sec. Alors il essaie de durer le plus longtemps possible sur son élan, pour se rendre aux prochaines élections. Bien sûr, quand on ne peut pas rouler à pleine vitesse, le temps semble long avant la destination… C’est probablement l’effet ressenti par les libéraux, qui subissent sans fléchir pourtant leur supplice de la goutte. Goutte du liquide de transmission qui fuit depuis des années, la transmission entre le peuple et le gouvernement, qui ne fonctionne vraiment plus très bien. Le volant, ce fameux volant, commence à être vraiment difficile à manoeuvrer: presque impossible d’orienter correctement le gouvernement. Il faudra réparer tout ça. Et on connaît le prix que ça coûte, les réparations automobiles… euh, politiques!

En signant, vous demandez plutôt à ce que le gouvernement libéral mettre les freins. Qu’il déclenche cette commission qu’il refuse et qu’il arrête de s’entêter à rouler jusqu’à ce que panne du moteur s’ensuive. Mais il ne freinera pas. Ça fait déjà tellement longtemps qu’il continue sa course, sur le neutre, que même s’il ralentit peu à peu, il préférera que le véhicule s’arrête tout seul plutôt que de le freiner de lui-même. Ça se produira aux prochaines élections.

Jean Charest s’est trop entêté. Il ne peut plus reculer, plus revenir en arrière. Il n’a vraiment plus rien à perdre, entre nous. Il n’a même plus assez de capital politique pour se payer du carburant et relancer la machine. Alors pourquoi se mettrait-il à vous écouter, vous qui êtes sur toutes les lignes ouvertes de son système radio? Vous les détestez déjà, lui et son gouvernement, alors il a préféré mettre une vieille cassette plutôt que de vous entendre râler.

Le véhicule du PLQ est au neutre, et une voiture de police le suit, lui faisant signe de s’arrêter elle aussi. C’est sûr que les libéraux auront une contravention quand la voiture n’avancera plus, que les mains de Charest quitteront le volant. Mais bon, tant qu’à se faire pincer, aussin bien retarder le moment et profiter des kilomètres qui restent plutôt que d’optembérer immédiatement.

Ça ne servira à rien. Mais signez quand même la pétition, pour l’histoire. Ça fera toujours un clou de plus sur la chaussée pour arrêter le PLQ, au prochain barrage routier…

 
 

Le rejet

Le sondage CROP-La Presse paru ce matin est fascinant à plusieurs égards. D’abord, il confirme mon impression : la remontée du PLQ dans les sondages s’est faite en partie par défaut. Ceci s’explique par la relative tranquillité de l’été libéral, alors que tous les projecteurs étaient braqués vers le PQ. Puisque l’opposition officielle était si désorganisée, il n’était pas surprenant de voir les Québécois choisir le « moins pire » et de se reporter partiellement sur le PLQ. Avec le rapport de l’unité anti-collusion, ce raisonnement est mis à mal. Dur de dire maintenant qui est le moins pire!

Le PQ et le PLQ sont à terre et ne montrent pas de volonté de changer d’orientation sur le dossier qui leur fait respectivement le plus mal, à savoir la démarche d’accession à la souveraineté et le déclenchement d’une commission d’enquête sur la construction. J’ai dit et je maintiens que ces partis ne représentent plus une solution d’avenir pour le Québec. Le sondage montre que je ne suis pas le seul à le penser. 40% à peine des gens souhaitent soutenir l’un ou l’autre des deux principaux partis. C’est donc dire que 3 personnes sur 5 ne se reconnaissent plus dans les options traditionnelles, censées rallier le plus grand nombre.

Le taux d’indécis est très élevé, tout comme l’insatisfaction envers le gouvernement (et, par la bande, envers l’opposition, si on se fie à plusieurs autres indicateurs du sondage). François Legault, dont le parti n’existe toujours pas, mène dans les sondages, quoique CROP ne s’intéresse pas à l’effet divisif d’une présence concurrente de l’ADQ et de la CAQ simultanément sur la scène publique, ce qui n’est pas exclu. Il ne faut pas non plus ignorer cette tendance à la baisse de l’option Legault, qui, à force de traîner en longueur, en a probablement déçu plusieurs.

Toutes les conditions sont réunies pour que, si une élection avait lieu prochainement, le spectaculaire revirement de l’opinion observé au fédéral se répète au provincial. Près de 30% des électeurs libéraux jugent que le gouvernement va dans la mauvaise direction… Si une alternative fédéraliste existait (François Legault pige beaucoup plus chez les péquistes que chez les libéraux), les libéraux pourraient chuter sous les 15% des intentions de vote, voire plus bas. C’est le niveau d’une ADQ jugée moribonde à l’heure actuelle!

Si de tels chiffres se maintiennent dans le temps, le bipartisme ne sera qu’une illusion lors du prochain scrutin. La vérité, c’est qu’aucun parti actuellement représenté à l’Assemblée nationale ne dominera franchement l’opinion. Toutes les options, toutes les possibilités seront donc sur la table.

Québec, l’heure des choix approche. Sauras-tu montrer la porte à ceux qui le méritent et t’ouvrir à un grand vent de changement? Je le souhaite. Et j’y travaille.

 
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Publié par le 20 septembre 2011 dans CAQ, Partis politiques, PLQ, Politique générale, PQ

 

Le pire choix qui soit

Printemps 2010. La bombe de Marc Bellemare était tombée il y a peu. Le PLQ tenait justement son conseil général à St-Hyacinthe, à la mi-avril, en plein début de tourmente. J’y étais, comme à tous les conseil généraux ou presque depuis le début de mon implication.

Dans la voiture, en route vers la Montérégie, nous avions discuté de ce qui semblait être une situation tendue et de la réaction que pourrait avoir Jean Charest. J’étais pour ma part plutôt perplexe. Sans dire que je donnais toute la crédibilité du monde à Marc Bellemare (loin s’en faut), je voyais bien qu’une crise se profilait à l’horizon. Je donnais donc beaucoup d’importance à ce que Jean Charest aurait à dire à ses militants lors du traditionnel discours du vendredi soir. J’espérais un grand coup, qui permettrait au gouvernement de reprendre l’initiative.

Nous sommes allés nous installer tout au fond de la salle. Ça faisait mon affaire, car je ne me sentais pas du tout d’humeur à applaudir à tout rompre. J’étais là pour voir un coup de barre… Coup de barre qui n’est pas venu. Jean Charest nous a servi un discours à mon sens semblable à tous les autres. J’étais particulièrement déçu.

Dans ma chambre d’hôtel, ce soir-là, je me suis rendu compte que j’étais plus affecté que je ne voulais le croire. Je me sentais physiquement mal à l’aise, un peu tremblant, l’estomac en boule. Les autres militants avaient l’air galvanisés par ce que Charest nous avait dit. Moi, j’étais plutôt mortifié de voir qu’il ne semblait pas vouloir changer sa position d’un iota.

Je ne me souviens plus hélas de tout ce que nous avons fait le reste de la fin de semaine. Je me souviens toutefois que la seule manière de me calmer avait été de me réconcilier avec ma conscience en prenant une décision: Jean Charest n’était plus l’homme de la situation, il n’avait plus mon soutien et je ne ferais plus rien pour l’empêcher de sombrer. À partir de ce moment, la cassure entre le PLQ et moi a progressé. J’ai longtemps espéré que Charest laisse son poste devant la controverse et que nous puissions choisir un nouveau leader. Ça n’est jamais venu. Et après Bastarache et Bellemare sont venues les questions bien plus sérieuses liées à la construction, ce pénible refus persistant de lancer une commission d’enquête, avec quasiment tous les militants autour de moi qui semblaient parfaitement à l’aise et heureux de ce refus… Le temps a passé, mais jamais Jean Charest n’a changé de stratégie. Son discours est resté le même qu’en ce mois d’avril 2010, sur l’essentiel: maintenir le cap, même s’il est mauvais.

Ne pas aller au fond des choses a toujours été et demeure, à mon sens, le pire des choix. Ce qui s’est dit sur la construction est probablement fait à la foi de vérités et de rumeurs infondées. Mais puisque le gouvernement a refusé de mettre tout sur la table dans le cadre structuré d’une commission, la commission s’est faite malgré le gouvernement, dans les médias. Une telle manière de procéder expose les doutes, rarement les conclusions, plus rarement encore le système. Et ça non plus, ça ne met personne en prison. Les médias ont été forcés de faire le travail dont le gouvernement s’est lâchement débarrassé. Et tout le monde en paie le prix.

Je suis convaincu qu’une majorité de nos élus et de leur entourage est de bonne foi. Malheureusement, tout le monde est éclaboussé quand on refuse de mettre les faits sur la table, parce que la suspicion s’installe et qu’on ne va jamais au fond des choses. Le gouvernement espérait peut-être qu’avec quelques mesures alternatives, on finirait par arrêter d’en parler. Le problème, c’est que les irrégularités du monde de la construction ne vont pas disparaître toutes seules. À plus forte raison si toutes ces allégations sont fondées… Ce qui semble bien tristement être le cas pour plusieurs d’entre elles.

À mon avis, la stratégie que le gouvernement a adoptée est la pire qui soit. En prenant certaines mesures comme Marteau ou l’UPAC, il a démontré qu’il accordait quand même du crédit aux allégations révélées dans les médias. En refusant l’enquête publique, il a laissé entendre qu’il ne voulait pas que tout soit dit et révélé et qu’il avait donc quelque chose à cacher. En s’obstinant dans sa position, il a donné l’impression d’être borné et hyper partisan. En laissant les choses traîner, il semble dire que ce n’est pas un dossier important pour lui.

L’enquête publique se fera un jour. Je suis prêt à parier un gros deux qu’il faudra par contre attendre que le PLQ ait reçu une monumentale gifle électorale et que son chef ait quitté son poste pour en venir là. Et c’est dommage, parce que pendant qu’en maintenant le problème dans un clair-obscur comme l’a fait le gouvernement Charest, on l’a laissé croître tout en infligeant de douloureux dommages collatéraux à la confiance du public, à la probité de nos hommes et femmes politiques et à l’intégrité de nos institutions. Il faudra des années pour se remettre de cette démolition par attrition.

Merci M. Charest.

 

Prendre à parti

Les propositions de Bernard Drainville pour relancer la démocratie au Québec sont intéressantes. Je pourrai d’ailleurs y revenir plus tard. Il est cependant une chose que toutes les lois du monde ne pourront changer si la volonté n’y est pas: la culture de parti. Pourtant, les partis politiques sont devenus, par la force des choses, un véhicule incontournable de notre système politique.

On m’a déjà dit que je manquais de « sens politique ». C’est peut-être vrai. J’ai souvent ressenti des malaises devant des stratégies et des conceptions répandues au PLQ et qui, j’en suis sûr, sont également présentes au PQ. Peut-être que c’est parce que je suis trop doux ou naïf pour faire de la « vraie » politique, mais je formule l’espoir qu’il soit possible de procéder autrement et de quand même remporter une élection et se faire valoir sur la place publique. Voici, à cet effet, quelques travers qui m’ont toujours agacé et que j’aimerais voir disparaître durablement de la culture de nos partis politiques.

Stratégies de plancher

Lorsqu’un parti souhaite adopter des résolutions en vue de constituer son programme politique, il se réunit en assemblée plénière. Une résolution est proposée et secondée, puis des gens se présentent tour à tour au micro pour avancer leurs arguments pour ou contre l’idée suggérée. La salle vote ensuite pour trancher la question.

Une stratégie de plancher consiste à court-circuiter le débat franc. Par exemple, un groupe d’opposants à une idée pourrait envoyer des gens au micro des « pour » afin de présenter des arguments bidons dans le but de ridiculiser les gens en faveur et de leur couper leur temps de parole (le nombre d’interventions est souvent limité). On peut donner l’impression d’un mouvement de fond en s’arrangeant pour qu’une douzaine de personnes aillent faire la file au micro voulu, même si elles ne parleront pas toutes. On applaudira et criera plus que de raison, ou on tentera de faire rasseoir des gens qui ne sont pas d’accord avec nous. Dans certains cas, on ira chercher des militants qui avaient quitté l’assemblée plénière (pour faire autre chose ou parce que ça ne les intéresse pas) pour qu’ils viennent juste voter en masse d’un côté ou de l’autre. Puis on les laissera aller. Des abus de procédures peuvent également mettre à mort une résolution, car une salle se lasse très vite de ce petit jeu. Renvoyer le texte à la commission politique, qui sera trop débordée pour y revenir, met également l’idée aux poubelles, le plus souvent.

Je ne suis pas au fait de toutes les stratégies de plancher, parce que je n’en suis pas friand. Mais la plupart de celles que j’ai vues m’ont plus dégoûté qu’autre chose. Je pense que tout militant d’un parti politique devrait être rebuté par de telles pratiques et les dénoncer à l’assemblée lorsqu’il en a connaissance. Dans l’idéal, leur emploi ne devrait même pas traverser l’esprit des militants. La seule « stratégie » que je considère être réellement valable consiste, pour un proposeur de résolution, à sélectionner des intervenants structurés qui partagent son opinion afin d’aller défendre son idée à l’avant en cas d’opposition importante.

Le culte de la salle pleine

Très souvent, lorsqu’on organise une activité partisanne, la quantité prime sur la qualité. Qu’importe si nombre de militants présents sont davantage là parce qu’un ami a beaucoup insisté pour qu’ils y soient ou parce qu’on leur a promis une soirée sociale agréable ensuite. On demandera de colossaux efforts de mobilisation aux organisateurs de l’activité, parfois au détriment d’autres aspects. C’est la préoccupation numéro un.

C’est certain qu’une salle vide donne une mauvaise impression aux médias. Mais à trop vouloir, je pense que cette obsession devient néfaste, parce qu’elle gruge de l’énergie qui irait mieux ailleurs. C’est peut-être pour la même raison que, lorsqu’on est interrogé sur le nombre de membres ou de militants dans une circonscription ou une activité donnée, on ment systématiquement en gonflant le chiffre de quelques centaines.

Du reste, le citoyen et les médias doivent se souvenir que le nombre n’est pas forcément un bon indicateur de la qualité des idées ou de la popularité. À titre tout personnel, j’aime mieux 200 militants intéressés et motivés que 800 qu’on peine à retenir dans l’assemblée plénière parce qu’ils ne sont pas là par intérêt réel.

Criez et souriez

Un courant de sympathie ou de popularité, s’il est sincère, n’a pas à être induit. De nature peu démonstrative, j’ai toujours été agacé par ce désir de faire le plus de bruit possible lorsque le chef entre dans la salle. De deux choses l’une: ou bien le chef du parti est réellement très aimé des militants, et en ce cas il n’est pas nécessaire de faire le tour des militants pour leur dire qu’il arrive et qu’on doit crier et applaudir à tout rompre; ou bien ce n’est que du spectacle. Et ce n’est alors pas rendre grand service au chef en question. Au final, dans ce dernier cas de figure, cela ne fait que renvoyer l’image d’un parti déconnecté de la population.

L’obsession de contrôle

Ce trait-ci est beaucoup plus caractéristique du PLQ. Je le crois moins présent au PQ, qui sombre dans l’autre extrême (une surdémonstrativité du mécontentement en public). L’obsession d’unité et le désir de contrôle sont si présents qu’on a peur chaque fois qu’un militant veut ouvrir la bouche ou sortir dans les médias. On relit scrupuleusement toutes ses lettres d’opinion, on empêche en pratique les associations locales d’envoyer des communiqués en exigeant que tous soient relus par « le parti », on préfère quand la lettre d’opinion ou le communiqué est écrit par la permanence et signé par un militant consentant. On cherchera à noyauter les sondages en ligne en faisant virer le vent de bord à grand renfort de courriels envoyés aux militants. On essaie parfois de faire la même chose avec des lignes ouvertes, ou sur les tribunes interactives surtout pendant les campagnes électorales, avec des pseudonymes et des fausses identités si nécessaires. On peut par exemple inventer un péquiste déçu qui ira sur tous les blogues politiques de la province clamer combien il n’aime pas Pauline tout le long de l’élection.

Je doute de l’utilité réelle de ces stratégies, et je trouve qu’elles nient à la fois toute confiance envers le bon sens des militants et la transparence qui devrait être la règle entre un parti et la population.

L’autorité renversée

C’est peut-être la plus fondamentale, mais en même temps la plus diffuse. Dans un monde idéal, un parti devrait être selon moi la réunion de gens partageant des idéaux communs et acceptant d’investir leurs efforts pour faire élire ou ou des députés. Ces députés sont donc redevables aux militants, qui leur fourniront des idées et des valeurs à défendre en leur nom. Si un député commence à se sentir au-delà de « l’autorité » du militant, que ce dernier l’abandonne et prenne un meilleur représentant.

Dans la réalité, les militants sont bien davantage vus comme des gens au service du député, du chef, du parti. On lui demande beaucoup et on lui rend peu. On a cette impression que c’est le militant qui est remplaçable en cas de pépin, bien davantage que l’élu qu’il a contribué à la sueur de son front à faire élire. Les statuts du PLQ ne prévoient même pas de procédure pour demander un vote de confiance sur le chef. Le militant n’a donc pas la liberté de demander, de sa propre initiative, de se prononcer de nouveau sur cette importante question.

***

Si on veut changer la manière de faire de la politique, il faut aussi changer la manière de voir et de mener un parti. Même si le parti lui-même est moins souvent sous les feux de la rampe que les députés qu’il fait élire, il a un devoir d’exemplarité. Le PLQ et le PQ peuvent, souhaitent-ils sortir de cette façon de faire? Je me permets aujourd’hui d’en douter. Souhaitons que de nouveaux partis à venir soient davantage sensibles à ces questions.

 

Par-delà l’étiquette: mon fédéralisme (partie 3)

Ce que je vous ai exposé lors des deux derniers jours reflète mon opinion générale sur le fédéralisme et le Canada, ainsi que la manière dont il devrait être réformé. Je ne prétends pas avoir apporté beaucoup de nouveauté au débat. Si cette vision du fédéralisme ne semble pas très répandue dans le monde politique actuel, c’est que les formations fédéralistes sont confortablement installées dans le statu quo et refusent de prendre leurs responsabilités (le NPD a semblé plus sensible à la question récemment). Ce type d’analyse du fédéralisme a déjà été fait par plusieurs auteurs et intellectuels, parfois avec des conclusions différentes des miennes.

C’est là que les choses deviennent davantage une question d’appréciation. À la lecture de mon exposé, ou des sources qui m’ont permi jusqu’ici d’assembler mon discours, plusieurs se diront qu’il s’agit là de la plus belle démonstration que la souveraineté est chose nécessaire. Alors toi, Alexis, pourquoi n’es-tu pas souverainiste?

Vous aurez remarqué, je l’espère, que je ne cherche pas à adopter une position radicale dans ce débat. C’est parce que je me situe dans une zone grise qui fait que tout en étant pour une réforme du Canada, je crois être en mesure de comprendre que l’on juge ce pays irrécupérable et que l’on souhaite le quitter. Je ne suis pas et j’espère ne jamais être de ceux qui agiteront des épouvantails alarmites en disant que la souveraineté nous fera tomber tous les maux du monde sur le dos. Si demain notre peuple décide démocratiquement, par majorité simple, de prendre en main sa destinée, j’en prendrai acte et je travaillerai en ce sens.

Je ne suis pas souverainiste pour deux raisons, essentiellement, qui sont toutes deux affaire d’appréciation. La première est l’expression d’un certain idéal de l’humain. Le Canada est une expérience socio-politique rare dans l’histoire humaine. Sur papier et avec des réformes, il a le potentiel d’atteindre une conclusion positive et de permettre la cohabitation harmonieuse de plusieurs nations dans un même pays, sans que ces nations ne soient brimées. Et puisque l’humanité progresse parfois à travers des expériences bien improbables, j’entretiens l’espoir que la réalité canadienne soit réformable, conformément à ce qui semble nécessaire sur papier.

La seconde est affaire de génération. L’essentiel de l’activité récente autour de la Constitution a eu lieu entre 1970 et 1995, de Victoria au dernier référendum. En 1995, pour voter, il fallait être né avant le 30 octobre 1977. Ma génération, la Y, n’a eu aucune possibilité de se prononcer lors d’un référendum ou de l’effervescence qui l’entoure, sauf peut-être quelques privilégiés qui, bien que n’ayant pas le droit de vote, se sont tout de même impliqués parce qu’ils étaient déjà assez vieux à l’époque pour le faire. La réforme constitutionnelle et l’idéal de la souveraineté ont beaucoup été l’affaire des baby-bommers et, dans une moindre mesure, de la génération X. Comme jeune, je dois donc constater que je n’ai jamais eu la chance de dire aux plus âgés « laissez-moi faire, je vais y arriver ». Et comme le propre de la jeunesse est de remettre en question ce qui s’est fait avant lui (pour parfois atteindre des résultats intéressants, parfois non), c’est ce que je fais.

Je refuse donc d’accepter que le Canada ne peut être réformé simplement parce que la génération précédente n’y est pas arrivé. La mienne n’a pas vécu un traumatisme aussi profond que les autres, car je demeure convaincu que le débat a laissé des blessures chez ceux qui y ont participé. Tant au Canada qu’au Québec, elle adopte sur certains sujets un point de vue bien différent de celui de ses aînés. Je voudrais qu’on lui laisse, à cette génération Y, une chance d’apporter sa propre solution aux problèmes constitutionnels.

Comme ces deux « arguments » sont proprement affaire d’appréciation, je m’attends à ce que plusieurs les critiquent. Et on atteindra alors ce point du débat où je ne pourrai que répondre… chacun son avis. Mais j’assume mon raisonnement, et celui-ci entraîne certaines conséquences.

D’abord, il serait bien téméraire de ma part de nier la possibilité d’un nouvel échec. Dans l’éventualité où une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles, faite sur les base présentées dans mes autres billets, aurait lieu et déboucherait sur l’impasse, celui l’ayant menée serait dans l’obligation morale d’entreprendre des démarches vers l’indépendance. D’un point de vue politique, je ne devrais pas écrire ce genre de chose, car je risque de repousser plusieurs fédéralistes. Mais comme personne défendant le fédéralisme plurinational et subsidiaire, si je constate un jour que le Canada ne veut ou ne peut partager cette vision, que pourrais-je conclure hormis que la bonne entente est impossible? Si ma génération échoue comme les précédentes à réformer le Canada, ne devrait-elle pas mener le raisonnement jusqu’au bout et prendre acte de ce désaccord semblant traverser le temps en faisant la souveraineté? Si la fédération doit être le théâtre de réarbitrages entre les membres, il faut au minimum que ceux-ci partagent une vision commune de ce qui fait une fédération. Dans le cas contraire, c’est l’échec garanti.

Je suis partisan du fédéralisme et de la subsidiarité. Le Canada peut en être une expression, mais ce n’est qu’un théâtre d’application comme un autre. Que cette fédération existe ou non est secondaire: je demeure quand même de ceux qui croient qu’un système fédéral est souhaitable par lui-même, lorsqu’il peut être appliqué. C’est exactement la raison pour laquelle je me décris comme régionaliste. Le Québec, comme le Canada-anglais, partage une même langue et une même nationalité identitaire, mais il est constitué de régions très différentes à de nombreux points de vue. La Côte-Nord et Montréal sont aux prises avec des défis fondamentalement différents. Je suis de ceux qui croient que le Québec, soit comme province, soit comme pays, doit décentraliser certains pouvoirs vers ses régions et ses villes. Tout au long de mon implication au PLQ, j’ai défendu cette vision, et je continuerai à le faire.

Le mélange de ces deux dernières conclusions en produit une troisième. Comme fédéraliste, si un jour le Québec devenait indépendant, je souhaiterais qu’il soit non pas une république, comme tant de gens le disent sans trop peser le pour et le contre, mais une fédération (si on reprend mon premier billet, elle serait sans doute plus territoriale que plurinationale, toutefois). D’après ma courte expérience de vie, il n’est pas souhaitable de laisser le destin tout entier de nos régions entre les mains des fonctionnaires de la Capitale, si bien intentionnés soient-ils. Rien ne vaut quelqu’un sur le terrain, ayant une connaissance approfondie de la situation d’une région, pour prendre la bonne décision. Une forme de gouvernance régionale disposant de pouvoirs propres à donner à chaque région les moyens de son développement m’apparaît comme une chose nécessaire au Québec, peu importe son statut constitutionnel.

J’ai conscience d’en avoir écrit bien trop long pour espérer être lu par le plus grand nombre. Cependant, une position constitutionnelle ne peut faire l’économie de nuances, ni d’une certaine logique interne. J’ai préféré montrer toutes les ramifications de mon raisonnement plutôt que de le tronquer pour faire plus court, et j’espère que vous me le pardonnerez. Merci de l’avoir lu.

Si par hasard vous partagiez l’essentiel de mon raisonnement, de grâce, contactez-moi.

 

Petite caricature

Je ne l’avais pas vue plus tôt, des parents me l’ont acheminée. Très amusante! Par Hervé Philippe, caricaturiste de La Tribune de Sherbrooke.

 
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Publié par le 23 août 2011 dans Caricature, PLQ

 

L’automne chaud des étudiants

Ça y est: les associations étudiantes du Québec se prennent à rêver de rééditer l’exploit de 2005. Leur mobilisation avait permis de faire reculer le gouvernement Charest relativement à son projet de rehausser le plafond des prêts, ce qui avait pour effet de couper dans les bourses et donc d’augmenter l’endettement. Aujourd’hui, le débat est différent. Il porte sur une augmentation des frais de scolarité eux-mêmes, qui augmenteront de 325$ par année, cumulativement, de 2012 à 2017.

Les modifications d’ordre financier à notre régime scolaire sont toujours un dossier épineux. C’est en fait un curieux mélange d’une myriade de facteurs et d’intervenants: avis très « mathématique » d’économistes (qui cache néanmoins parfois un biais idéologique certain), démonstrations coup-de-poing et pas toujours très réfléchies (du moins en apparence) des mouvements étudiants, diversité des situations des étudiants (certains très pauvres, d’autres au travail, d’autres encore avec des parents généreux ou une situation financière très enviable), voire conception de l’éducation elle-même (dépense? droit? investissement?) et de ses retombées pour la société. Dans tout ce fouillis, il est très difficile de s’y retrouver sans avoir vite l’impression d’être trop ignorant pour en arriver à une conclusion lucide.

J’avais voulu aborder ce billet avec une démonstration mathématique, en prenant les frais de scolarité des années 1970 et en y appliquant le taux d’inflation, pour avoir une base comparative avec les hausses proposées. Mais comme le soulignait ici un autre blogueur, Louis Préfontaine, cela ne nous dit pas davantage si les frais imposés à l’époque étaient, en eux-mêmes, justes… Alors?

D’abord, j’ose avancer qu’on ne trouvera jamais de solution « idéale », qui conviendrait à la majorité et ne laisserait personne derrière. La perfection doit être recherchée, mais ne peut être atteinte. Je conçois aussi qu’on se fera un malin plaisir, avec ce que je vais exposer plus bas, de me faire remarquer que ma position n’est pas « à gauche », et de là qu’on se lancera dans un débat d’étiquettes. Je réponds que je n’aime pas beaucoup cette conception « pré-emballée » de la gauche, ni d’aucune étiquette du reste. Je recherche ici simplement une solution qui soit juste pour le plus grand nombre, qui maintienne l’accessibilité aux études pour les étudiants les moins bien nantis tout en assurant un financement adéquat de notre système d’éducation.

Le gouvernement libéral a décidé, dans le dernier budget, de procéder à une hausse plus que substantielle des frais de scolarité. Il a assorti cette mesure de l’engagement de faire suivre le programme des prêts et bourses. Il est dommage que le PLQ ait choisi cette voie, qui ne fait que prolonger le problème des frais de scolarité au Québec. Le principe actuel de paiement de frais et de remboursement de prêts est déficient, peu flexible et inéquitable. Il ne tient pas compte de la réalité des étudiants. En effet, il force un étudiant à s’endetter alors même qu’il doit consacrer l’essentiel de son temps à une activité qui ne lui apporte aucune rémunération. Ces dettes génèrent de l’intérêt, que l’étudiant ou l’État auront tôt ou tard à rembourser. De plus, cette façon de procéder ne tient aucun compte de la variabilité des situations des étudiants, tant pendant qu’après les études. Que faire en effet si le salaire escompté, une fois sur le marché du travail, est plus faible que prévu? Il faudra quand même bien rembourser les prêts scolaires!

Une politique de gel ou de gratuité, comme le souhaitent certaines associations étudiantes et d’autres intervenants, est tout aussi injuste. Subvention déguisée aux étudiants les plus fortunés, elle fait l’impasse sur les bénéfices que retirent les étudiants à titre individuel de leurs études. Généralement (et il y a bien sûr des exceptions), une personne fréquentant l’université aura un salaire et une qualité de vie supérieurs à la moyenne. Leur payer l’intégralité de leurs frais, ou les faire graduellement diminuer (un gel fait en pratique diminuer les frais d’année en année en raison de l’inflation) devient une « taxe sur la non-étude ». Les gens ne désirant ou ne pouvant pas faire d’éducation supérieure, pour des raisons non-monétaires (motivation, situation personnelle, capacités, intérêts), se verraient implicitement forcées de payer pour permettre aux autres de bénéficier, à titre personnel, des avantages de l’éducation. On est très loin de la justice sociale.

Une approche équilibrée consiste à dire que la société, tout comme l’étudiant, retireront chacun un certain avantage de la décision dudit étudiant de se scolariser. Un diplômé apporte son expertise et son savoir au développement collectif. Dès lors, la collectivité (par le biais de l’État) se doit de reconnaître qu’elle a une partie de cet investissement à débourser. De même, l’étudiant et futur professionnel doit reconnaître que ses études le serviront à titre individuel, et doit donc assumer lui aussi sa part de l’investissement. La proportion de la contribution État versus individu est une question plus mathématique qu’autre chose. Des gens plus calés que moi pourraient la calculer.

Les associations étudiantes soulignent qu’une augmentation des frais devient une barrière aux études pour les moins fortunés. C’est une constatation valable, qui pose un frein inacceptable à la mobilité sociale. Sans gel ni gratuité, quelle option reste-t-il? Elle s’appelle l’impôt post-universitaire. Il s’agit d’imposer des frais minimaux à l’étudiant au moment où il est financièrement le plus vulnérable, à savoir pendant ses études. Une fois celles-ci terminées, l’étudiant rembourse, via son rapport d’impôt, ses frais de scolarité proportionnellement à son revenu. On a ici une formule qui impose une contrainte minimale à l’entrée à l’université et un remboursement des frais adapté à la situation financière de l’étudiant diplômé entré sur le marché du travail. Si la mesure est correctement mise en place, après quelques années, les professionnels sur le marché du travail paieront par le biais de leurs impôts pour les frais encourus par les étudiants du moment, éliminant tant pour l’État que pour les particuliers le fardeau supplémentaire des intérêts sur la dette scolaire.

Si (et seulement si!) une telle formule était adoptée, l’abolition de la tarification uniforme selon les programmes devient valable. Un médecin ou un pharmacien suivent des études plus coûteuses, qui mènent le plus souvent à des emplois bien mieux rémunérés. Dans la mesure où ils ne remboursent leurs frais qu’une fois qu’ils reçoivent un salaire, il n’existe plus aucune raison de ne pas leur faire payer plus cher qu’un étudiant en philosophie ou en sociologie, dont les frais de formation sont bien moindres. Pour maintenir une accessibilité uniforme, il suffit de maintenir les frais facturés pendant les études à un seuil unique et faible, par exemple 250 ou 500$ par session.

Il ne resterait, dans un tel cas de figure, qu’à établir la proportion de financement État/étudiant qui soit juste et équitable. L’impôt post-universitaire est une solution flexible, humaine et juste, mais elle a un gros défaut: elle fait un très mauvais slogan de manifestation étudiante… Quant au gouvernement, même si sa propre aile jeunesse lui a fait la suggestion intelligeamment par le passé, il a préféré l’oublier pour des raisons obscures. C’est regrettable, et il est à espérer qu’il révisera sa position. L’automne sera peut-être chaud, maisne serait-il pas bon de garder la tête froide et de voir au-delà des positions traditionnelles?