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Archives de Catégorie: Politique générale

En quête d’une famille

Vous l’aurez appris dans les médias, ou encore je vous l’apprendrai à l’instant. Je fais partie d’un groupe de citoyens partageant ma recherche d’une nouvelle alternative politique ayant décidé de lancer un projet de fondation de parti politique provincial. Ce parti, centré sur quatre valeurs, réponds à la manière dont je me décris depuis le début sur ce blogue: progressiste, fédéraliste, régionaliste et écologiste.

Si ce projet devient réalité, je ne serai plus un orphelin politique, et mon vote sera libre de s’exprimer avec fierté aux prochaines élections. Ce blogue, qui n’aura duré qu’un temps, devient donc obsolète et ne sera plus alimenté.

Merci à ceux qui m’ont suivi pendant cette nouvelle partie de mon aventure. Sachez-le, le lancement d’une nouvelle formation demande beaucoup de travail et une certaine abnégation (malgré ce qu’on en pense). Je ne sais pas où le chemin nous mènera pour la suite, mais je suis impatient de le savoir. Souhaitez-nous donc bonne chance.

Chers citoyens du Québec, au plaisir.

 

Autrement, la politique?

Faire la politique autrement.

L’expression elle-même est presque en train de devenir source de cynisme, ce qui n’est pas sans ironie. On y est allé de toutes sortes de propositions pour rapprocher le pouvoir du citoyen, ou pour réduire la partisannerie. Je suis moi-même favorable à quelques uns de ces mesures, comme les élections à date fixe, la réforme du mode de scrutin ou le vote libre en chambre. Cependant, je suis de ceux qui pensent qu’aucun de ces solutions ne régleront réellement le problème. Jusqu’ici, je n’ai entendu personne parler de ce qui ronge à mon avis le plus la politique, à part les allégations de corruption…

La démocratie telle qu’elle devrait être en théorie pratiquée ici consiste à déléguer l’exercice du pouvoir à tous les quatre à cinq ans à une assemblée de 125 citoyens choisis par leurs pairs. N’importe qui devrait pouvoir prétendre à ces fonctions. Et comme ce sont des citoyens qui deviennent députés, on devrait être en droit de s’attendre à ce qu’ils nous parlent d’égal à égal.

Les jeux Olympiques sont censés être réservés aux athlètes amateurs. Mais, entre vous et moi, il n’y a plus grand-chose d’amateur lorsqu’on y regarde de plus près. C’est la même chose en politique. L’un des grands maux qui affectent notre système, c’est ce que j’appellerais la « professionnalisation » du milieu.

Le cas est typique. Avant les années 1960, la politique était le fait de « self-made men », des avocats du comté et de gens au verbe coloré. La relation était assez directe entre l’électeur et son député… peut-être trop, avec tout ce que cette façon de fonctionner comportait de népotisme, d’arbitraire et d’agressif. Parallèlement à la Révolution tranquille, les habitudes médiatiques ont changé. Les assemblées de cuisine, les débats entre candidats dans chaque paroisse ont fait place à un débat des chefs télévisé, où l’image jouait un grand rôle. Un mouvement de pendule s’amorçait. D’un modèle très (trop!) « vrai monde », on a migré vers un autre très formaté. « Spin doctors », firmes de communications, recours à d’innombrables experts et technocrates, multiplication des conseillers font aujourd’hui partie intégrante du système. On contrôle avec grande précaution le message.

Comme en toute chose, des mouvements de pendule de ce genre nous conduisent souvent d’un extrême à un autre. Nous en sommes aujourd’hui arrivés à un point où le degré de formatage professionnel de la politique est si grand que nos élus nous donnent davantage l’impression d’être des robots que des citoyens parmi les autres, ou encore d’être complètement déconnectés. Ainsi un débat des chefs est-il, au fond, l’occasion de débiter une litanie savamment apprise par chacun des participants pendant des heures de briefing, le tout en habits longuement médités, avec une attitude contrôlée à l’extrême. Tant et si bien que l’analyse de ces débats se concentre désormais plus sur les rares moments où nos politiciens redeviennent humains et « commettent une erreur », c’est-à-dire sortent un peu de leur artificialité. De même, les ministres sont entourés d’une armada de conseillers en tout genre, et je me demande jusqu’à quel point cela ne les coupe pas de la réalité sur le terrain (« ne vous en faites pas, patron, ça n’est pas si grave… Les gens finiront par comprendre… Vous faites du bon travail! »). Même la Cour suprême est aujourd’hui chargée de trancher les débats pourtant politiques et non juridiques les plus chatouilleux, dans lesquels les politiciens n’osent plus se mouiller!

Il n’y a là rien pour amener le citoyen à s’identifier à ses élus, à leur faire confiance et à sentir qu’il peut les influencer. Être politicien n’est plus l’affaire de citoyens ordinaires, mais celle d’organisations complexes qui reposent beaucoup sur le recours à une foule de services professionnels et de conseillers pour formater les moindre faits et gestes des élus. Plus que des modifications fonctionnelles au mode de scrutin ou à la manière dont les partis s’articulent à l’Assemblée nationale, c’est dans les attitudes et les pratiques politiques qu’une mutation s’impose. Je ne suis pas en train de dire qu’il faille revenir au populisme à la sauce de l’Union nationale, comme le faisait souvent l’ADQ sous Mario Dumont. Ni qu’il faille se débarrasser de tous les conseillers politiques. On peut parler vrai tout en disant des choses intelligentes. On peut avoir des conseillers sans se fier aveuglément à eux pour la conduite de nos affaires. Simplement, on aimerait sentir que nos députés et ministres sont plus personnellement conscients qu’ils ne sont que des citoyens parmi d’autres, que ce sont eux les élus et non leurs adjoints et que lorsqu’ils prennent la parole, ce sont eux qu’on veut entendre et non leur firme de relations publiques.

Ce sont évidemment des constats généraux. Certains politiciens se démarquent à cette enseigne. Le problème, c’est que ça n’est généralement pas ceux qui ont le plus de poids dans la conduite des affaires du gouvernement! À quand une modification des mœurs politiques?

 

L’écologisme politique

Je me suis jusqu’ici qualifié de fédéraliste, de progressiste et de régionaliste. Au cours des récentes années, j’ai été amené à m’intéresser à une autre école de pensée : l’écologie politique. Pourtant, je suis en fréquent désaccord avec les positions de gens se réclamant de l’écologisme, notamment Greenpeace.

J’ai longtemps eu une mauvaise conception de ce qu’est l’écologie politique, basée justement sur l’image renvoyée par les groupes militants se qualifiant d’écologistes. Au fil de mes découvertes, je me suis rendu compte qu’il ne s’agit pas d’un courant de pensée unique. À proprement parler, l’écologie est une science qui s’intéresse aux relations et équilibres entre trois composantes de la vie d’une espèce vivante : l’individu, le groupe et l’environnement. C’est une approche multidisciplinaire qui fait appel à une foule d’autres sciences : biologie, climatologie, chimie, etc.

L’étude écologique des espèces sociales est plus complexe, car les relations entre l’individu et le groupe dépassent alors la compétition et la reproduction pour intégrer des notions de coopération, de codes sociaux, etc. Le cas précis de l’espèce humaine est plus riche encore : il s’agit d’une espèce politique, chez qui le groupe interagit avec l’individu et vice-versa à travers des institutions, qu’il s’agisse simplement d’un titre de chef de clan ou de quelque chose de plus complexe comme un système parlementaire. L’écologie politique est donc de l’écologie s’intéressant au cas particulier de l’espèce humaine et intégrant non seulement les sciences naturelles, mais également sociales (politique, sociologie, psychologie, etc.).

L’écologisme politique est le penchant « appliqué » de la science qu’est l’écologie politique. Ce courant cherche donc à préserver et améliorer les équilibres entre les individus, la société et l’environnement. Contrairement à ce que l’on pourrait croire d’emblée, donc, il existe deux composantes aux idées écologistes : l’écologie dite « profonde », qui veut protéger l’environnement, et l’écologie « sociale », qui cherche à harmoniser les relations humaines en société.

Les conceptions de gauche et de droite sont souvent, aujourd’hui, décomposées en deux axes pour mieux refléter la diversité des courants politiques. Le premier est l’axe des valeurs sociales, où l’on oppose souvent la permissivité au conservatisme. Le second est l’axe économique, où la droite préconise un État limité et la gauche une intervention publique de redistribution de la richesse. L’écologisme se situe en dehors de ces deux axes. Il pourrait constituer un axe à lui seul. C’est donc dire qu’il existe plusieurs écoles d’écologistes. J’en ai moi-même dégagé quatre grands types, classés selon un axe « contrainte-liberté ».

En règle générale, plus on se rapproche du pôle de la liberté d’action, moins les mesures de protection de l’environnement sont susceptibles d’être efficaces. Par contre, puisque l’on n’impose aucune contrainte formelle et que l’on cherche à intégrer les gens à la démarche de façon dynamique, l’aspect social de l’écologie politique est mieux traité. L’écologisme volontaire cherche à rallier les gens par l’exemple. Il prône l’expérimentation sociale et environnementale, avec des mesures comme la simplicité volontaire, les communautés écologiques, le commerce équitable, etc. Le penchant « extrémiste » de ce courant est incarné par le Mouvement pour l’extinction volontaire de l’humanité, qui prône un arrêt volontaire de la reproduction humaine pour rétablir l’harmonie naturelle.

À l’autre extrême, l’écologisme de contrainte est très efficace pour protéger l’environnement, mais délaisse souvent davantage le consensus social et la réforme des relations humaines. L’écologiste de contrainte voit l’être humain comme un problème bouleversant l’équilibre naturel. Pour préserver la nature, il faut donc instaurer des règlements très sévères, des interdictions et des peines pour ceux qui la dégradent. À l’extrême, on retrouve certains mouvements comme Earth First!, qui prône la désobéissance civile et même le sabotage économique.

Bien évidemment, il existe des voies intermédiaires plus modérées. Les écologismes progressiste et incitatif se distinguent surtout par la vigueur avec laquelle ils proposent d’atteindre les objectifs de l’écologisme. Le progressiste, comme l’écologiste de contrainte, voudra instaurer des interdictions, des normes, des changements d’habitudes, le délaissement de certaines activités, mais en laissant auparavant une période d’adaptation aux entreprises et aux individus. Les incitatifs cherchent plutôt à amener les gens à revoir leurs pratiques d’eux-mêmes, en utilisant la technique de la carotte et du bâton : grâce à des taxes, des programmes, des pénalités, des sociétés d’État ou de la sensibilisation, on espère réorienter l’économie et la société sans pour autant tordre le bras de quiconque. Dans ces deux types d’écologisme, la perspective est assurément à plus long terme que dans leurs pendants plus radicaux.

Selon la manière dont il est vu, l’écologisme politique n’est donc ni monolithique (comme on le croit souvent), ni forcément radical. Il peut s’harmoniser avec d’autres idéaux, de gauche ou de droite, conservateurs ou progressistes. C’est en découvrant toutes ces nuances que j’ai commencé à voir l’intérêt de l’écologisme incitatif. J’essaie donc, aujourd’hui, d’intégrer cet aspect des choses dans mes prises de position.

 

Le rejet

Le sondage CROP-La Presse paru ce matin est fascinant à plusieurs égards. D’abord, il confirme mon impression : la remontée du PLQ dans les sondages s’est faite en partie par défaut. Ceci s’explique par la relative tranquillité de l’été libéral, alors que tous les projecteurs étaient braqués vers le PQ. Puisque l’opposition officielle était si désorganisée, il n’était pas surprenant de voir les Québécois choisir le « moins pire » et de se reporter partiellement sur le PLQ. Avec le rapport de l’unité anti-collusion, ce raisonnement est mis à mal. Dur de dire maintenant qui est le moins pire!

Le PQ et le PLQ sont à terre et ne montrent pas de volonté de changer d’orientation sur le dossier qui leur fait respectivement le plus mal, à savoir la démarche d’accession à la souveraineté et le déclenchement d’une commission d’enquête sur la construction. J’ai dit et je maintiens que ces partis ne représentent plus une solution d’avenir pour le Québec. Le sondage montre que je ne suis pas le seul à le penser. 40% à peine des gens souhaitent soutenir l’un ou l’autre des deux principaux partis. C’est donc dire que 3 personnes sur 5 ne se reconnaissent plus dans les options traditionnelles, censées rallier le plus grand nombre.

Le taux d’indécis est très élevé, tout comme l’insatisfaction envers le gouvernement (et, par la bande, envers l’opposition, si on se fie à plusieurs autres indicateurs du sondage). François Legault, dont le parti n’existe toujours pas, mène dans les sondages, quoique CROP ne s’intéresse pas à l’effet divisif d’une présence concurrente de l’ADQ et de la CAQ simultanément sur la scène publique, ce qui n’est pas exclu. Il ne faut pas non plus ignorer cette tendance à la baisse de l’option Legault, qui, à force de traîner en longueur, en a probablement déçu plusieurs.

Toutes les conditions sont réunies pour que, si une élection avait lieu prochainement, le spectaculaire revirement de l’opinion observé au fédéral se répète au provincial. Près de 30% des électeurs libéraux jugent que le gouvernement va dans la mauvaise direction… Si une alternative fédéraliste existait (François Legault pige beaucoup plus chez les péquistes que chez les libéraux), les libéraux pourraient chuter sous les 15% des intentions de vote, voire plus bas. C’est le niveau d’une ADQ jugée moribonde à l’heure actuelle!

Si de tels chiffres se maintiennent dans le temps, le bipartisme ne sera qu’une illusion lors du prochain scrutin. La vérité, c’est qu’aucun parti actuellement représenté à l’Assemblée nationale ne dominera franchement l’opinion. Toutes les options, toutes les possibilités seront donc sur la table.

Québec, l’heure des choix approche. Sauras-tu montrer la porte à ceux qui le méritent et t’ouvrir à un grand vent de changement? Je le souhaite. Et j’y travaille.

 
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Publié par le 20 septembre 2011 dans CAQ, Partis politiques, PLQ, Politique générale, PQ

 

Cartes blanches

Mettons tout de suite quelque chose au clair. Je ne pense pas que l’atteinte d’un équilibre budgétaire soit une chose superflue, bien au contraire. Bien des maux actuels seraient inexistants si on avait appliqué l’intégralité des principes keynésiens pendant qu’on construisait l’État-providence, en ne dépensant davantage que nos revenus publics qu’en période de récession, pour ensuite sagement rembourser la dette accumulée dès que l’orage était passé. On ne l’a pas fait. Alors on traîne aujourd’hui une dette qu’il faudra, oui, rembourser tôt ou tard. Au moins en partie.

La voie populiste consiste à accuser la bureaucratie. Cette ritournelle nous pleut dessus encore quotidiennement. C’est facile d’accuser un «bureaucrate»: c’est anonyme, froid, les gens en ont une image négative et associent le mot à inutilité, tracasserie, lourdeur, gaspillage. On se gardera bien de vous rappeler qu’il existe un niveau optimal de bureaucratisation, au-delà et en-deçà duquel la productivité et l’efficacité d’une organisation chutent.

Alors, quand on veut frapper un grand coup, politiquement, on coupe dans la «bureaucratie» et on fait des compressions de personnel public. Lucien Bouchard l’a fait. Jean Charest l’a fait. Stephen Harper le fait et le fera encore sous peu. François Legault, sans le dire, tient un discours similaire, qui mènera probablement aux mêmes actions s’il parvient au pouvoir.

Stop! Une petite question bête, que peu de gens se posent en général. Ça fait quoi, un «bureaucrate»?

Hm, c’est vrai, quel est l’effet quand on retire des milliers de fonctionnaires du système public, ou quand on coupe leur salaire? Ça donne une pénurie persistante de médecins et d’infirmières, par exemple.  Ça donne 30% de départs de jeunes enseignants dans les premières années d’exercice de leur profession. Ça donne un ministère des Transports castré et menotté, qui doit regarder passivement son budget se faire dévaliser par un secteur privé qui en mène large. Ça donne un tas de législations sur nos ressources naturelles, comme la gestion des bassins versants, qui sont jolies sur papier mais ne font pas grand chose en réalité, parce qu’on a une poignée d’inspecteurs pour couvrir toute la province et même pas de budget qui vient avec. Ça donne, à tous les niveaux, une expertise scientifique qui disparaît à vitesse grand V pour conseiller le gouvernement sur une foule de dossiers importants: salubrité alimentaire, sécurité nucléaire, changements climatiques, contrôle des médicaments qu’on vous vend…

Vous savez la meilleure dans tout ça? Tous ces effets-là ne se manifestent que des années après les compressions de personnel ou les réductions de salaire. Alors le gouvernement peut à court terme récolter l’image du bon gestionnaire. C’est son successeur qui se retrouvera avec un État en déroute.

Rien ne se fait tout seul. Quand vous demandez à l’État de renoncer à ses facultés de contrôle, d’inspection, d’expertise et de direction, voire d’exécution comme dans le domaine de la santé, vous donnez carte blanche à tous les autres acteurs de s’organiser comme ils veulent. Quelques uns l’ont bien compris dans le domaine de la construction. Voyez, ils déposent des projets qu’ils ont monté eux-mêmes, sur la base d’inspections qu’ils ont réalisées eux-mêmes, sous la supervision de firmes sous-traitées par un ministère incapable de le faire de façon autonome. Que voulez-vous, on leur a donné carte blanche avec un grand sourire. Nos ingénieurs du ministère coûtent cher… Engagez-les donc, on sous-traitera avec vous quand on aura besoin d’eux. Je vous laisse vous imaginer à quel point on a finalement économisé en coupant des postes d’ingénieurs publics, ou en réduisant leurs salaires.

Les gens oublient vite que derrière les colonnes de chiffre du gouvernement et le nombre d’employés de chaque ministère, un travail réel s’accomplit. L’État n’agit pas par miracle, même si la population semble souvent se le figurer. La sous-traitance est désormais trop utilisée, dépassant largement les avantages que peuvent avoir un tel principe, quand on ne laisse carrément pas tomber des étapes moins «visibles» dans le contrôle de qualité. Il faut des ingénieurs, des inspecteurs, des scientifiques. C’est vrai que tout ce monde-là n’a l’air que de remplir des papiers et des rapports. Demandez-vous seulement ce qu’il y a sur ces pages. Des indices: des informations relatives à la sécurité, au juste coût, à la durabilité, à la qualité, à la protection de l’environnement…

Question de priorités, j’imagine.

 

Vous avez dit régionaliste?

Un des combats que j’ai toujours dû mener au sein du PLQ est celui de l’incompréhension des militants des grands centres envers ce que l’on appelle parfois presque péjorativement «les régions», dont la mienne. Parfois, cela allait jusqu’à expliquer que non, Saguenay n’était pas à 10 heures de route de Montréal et que oui, c’était bien la 7e plus grande ville au Québec. Ou à démontrer que le Lac-St-Jean et le Saguenay, ce n’est pas du pareil au même pour nombre de raisons tant économiques qu’historiques. Le plus souvent, toutefois, c’était sur le plan des idées que je sentais un clivage. Chez les jeunes tout particulièrement, j’ai toujours senti un certain clivage entre un bloc centré sur Montréal et la constellation de ceux provenant des régions.

Nous n’étions pas nombreux à militer au Saguenay, mais j’ai toujours eu à coeur que notre région présente des résolutions traduisant nos besoins particuliers ou, plus généralement, proposant des pistes de décentralisation à long terme. Souvent, nous nous heurtions alors à plus d’opposition que nous l’aurions prévu. Sur ces questions comme sur celles touchant l’agriculture, voire le rôle de l’État, il n’était pas rare de remarquer que les votes «pour» et «contre» étaient très dépendants de la géographie!

On en entend des belles sur les régions. Certains disent qu’elles se font vivre aux crochets de l’État. D’autres vont jusqu’à affirmer qu’elles n’ont aucun avenir et qu’on ferait mieux de les laisser mourir, voire de les fermer. Et nombre de personnes en ont une conception très folklorique ou biaisée pour n’avoir jamais quitté Montréal et ses environs. De ce fait, celui qui se dit régionaliste court le risque d’être rapidement catalogué comme passéiste ou naïf.

Pour ma part, je me base sur un constat similaire à celui que j’ai dressé sur la diversité canadienne, plus tôt. Sis sur un territoire énorme, le Québec présente des visages multiples. La vie, l’économie, le travail en Abitibi-Témiscamingue n’ont rien à voir avec ceux de la Gaspésie. Un Montréalais est parfaitement conscient que sa ville (qui est aussi une région!) est aux prises avec des problèmes de pauvreté, d’urbanisme erratique, d’infrastructures. Le Saguenéen, lui, voit plutôt la décroissance démographique, la dépendance aux grandes entreprises ou la démocratie municipale malade.

En dehors des blocs de population concentrés à Montréal/Laval/Longueil et Québec, les forces vives du Québec sont dispersées sur des milliers de kilomètres carrés, un territoire plus vaste que celui de la France pour une population dix fois moindre. Comment s’étonner alors qu’il soit difficile de tout gérer depuis les buraux de Québec?

Le régionaliste que je suis ne fait que prendre acte de cette réalité et de ses conséquences. Dans nombre de domaine, les solutions mur à mur à travers le Québec ne fonctionneront jamais bien, parce qu’elles ne seront pas adaptées aux réalités multiples sur le terrain. Souvent, nous nous heurtons à cette incompréhension des régions plus éloignées chez certains fonctionnaires de la capitale et chez les leaders d’opinion de la métropole. C’est vrai que nos régions-ressources sont vulnérables, économiquement et démographiquement parlant. Et si on leur laissait plus de place pour qu’elles prennent elles-mêmes les choses en main?

Être régionaliste, c’est simplement souhaiter que, progressivement, les régions (y compris urbaines et métropolitaine!) puissent se prendre en main, adapter les politiques publiques à leurs réalités propres, s’attaquer à leurs problèmes sans nuire à leurs voisines. Il existe pour y arriver une panoplie de voies intéressantes. Je tenterai de vous en exposer quelques unes bientôt. Mais pour que ça marche, il faudra de l’ouverture d’esprit, surtout chez les habitants des centres urbains. Et il faudra qu’un ou des partis se commettent à défendre cet idéal et ces valeurs.

 

Prendre à parti

Les propositions de Bernard Drainville pour relancer la démocratie au Québec sont intéressantes. Je pourrai d’ailleurs y revenir plus tard. Il est cependant une chose que toutes les lois du monde ne pourront changer si la volonté n’y est pas: la culture de parti. Pourtant, les partis politiques sont devenus, par la force des choses, un véhicule incontournable de notre système politique.

On m’a déjà dit que je manquais de « sens politique ». C’est peut-être vrai. J’ai souvent ressenti des malaises devant des stratégies et des conceptions répandues au PLQ et qui, j’en suis sûr, sont également présentes au PQ. Peut-être que c’est parce que je suis trop doux ou naïf pour faire de la « vraie » politique, mais je formule l’espoir qu’il soit possible de procéder autrement et de quand même remporter une élection et se faire valoir sur la place publique. Voici, à cet effet, quelques travers qui m’ont toujours agacé et que j’aimerais voir disparaître durablement de la culture de nos partis politiques.

Stratégies de plancher

Lorsqu’un parti souhaite adopter des résolutions en vue de constituer son programme politique, il se réunit en assemblée plénière. Une résolution est proposée et secondée, puis des gens se présentent tour à tour au micro pour avancer leurs arguments pour ou contre l’idée suggérée. La salle vote ensuite pour trancher la question.

Une stratégie de plancher consiste à court-circuiter le débat franc. Par exemple, un groupe d’opposants à une idée pourrait envoyer des gens au micro des « pour » afin de présenter des arguments bidons dans le but de ridiculiser les gens en faveur et de leur couper leur temps de parole (le nombre d’interventions est souvent limité). On peut donner l’impression d’un mouvement de fond en s’arrangeant pour qu’une douzaine de personnes aillent faire la file au micro voulu, même si elles ne parleront pas toutes. On applaudira et criera plus que de raison, ou on tentera de faire rasseoir des gens qui ne sont pas d’accord avec nous. Dans certains cas, on ira chercher des militants qui avaient quitté l’assemblée plénière (pour faire autre chose ou parce que ça ne les intéresse pas) pour qu’ils viennent juste voter en masse d’un côté ou de l’autre. Puis on les laissera aller. Des abus de procédures peuvent également mettre à mort une résolution, car une salle se lasse très vite de ce petit jeu. Renvoyer le texte à la commission politique, qui sera trop débordée pour y revenir, met également l’idée aux poubelles, le plus souvent.

Je ne suis pas au fait de toutes les stratégies de plancher, parce que je n’en suis pas friand. Mais la plupart de celles que j’ai vues m’ont plus dégoûté qu’autre chose. Je pense que tout militant d’un parti politique devrait être rebuté par de telles pratiques et les dénoncer à l’assemblée lorsqu’il en a connaissance. Dans l’idéal, leur emploi ne devrait même pas traverser l’esprit des militants. La seule « stratégie » que je considère être réellement valable consiste, pour un proposeur de résolution, à sélectionner des intervenants structurés qui partagent son opinion afin d’aller défendre son idée à l’avant en cas d’opposition importante.

Le culte de la salle pleine

Très souvent, lorsqu’on organise une activité partisanne, la quantité prime sur la qualité. Qu’importe si nombre de militants présents sont davantage là parce qu’un ami a beaucoup insisté pour qu’ils y soient ou parce qu’on leur a promis une soirée sociale agréable ensuite. On demandera de colossaux efforts de mobilisation aux organisateurs de l’activité, parfois au détriment d’autres aspects. C’est la préoccupation numéro un.

C’est certain qu’une salle vide donne une mauvaise impression aux médias. Mais à trop vouloir, je pense que cette obsession devient néfaste, parce qu’elle gruge de l’énergie qui irait mieux ailleurs. C’est peut-être pour la même raison que, lorsqu’on est interrogé sur le nombre de membres ou de militants dans une circonscription ou une activité donnée, on ment systématiquement en gonflant le chiffre de quelques centaines.

Du reste, le citoyen et les médias doivent se souvenir que le nombre n’est pas forcément un bon indicateur de la qualité des idées ou de la popularité. À titre tout personnel, j’aime mieux 200 militants intéressés et motivés que 800 qu’on peine à retenir dans l’assemblée plénière parce qu’ils ne sont pas là par intérêt réel.

Criez et souriez

Un courant de sympathie ou de popularité, s’il est sincère, n’a pas à être induit. De nature peu démonstrative, j’ai toujours été agacé par ce désir de faire le plus de bruit possible lorsque le chef entre dans la salle. De deux choses l’une: ou bien le chef du parti est réellement très aimé des militants, et en ce cas il n’est pas nécessaire de faire le tour des militants pour leur dire qu’il arrive et qu’on doit crier et applaudir à tout rompre; ou bien ce n’est que du spectacle. Et ce n’est alors pas rendre grand service au chef en question. Au final, dans ce dernier cas de figure, cela ne fait que renvoyer l’image d’un parti déconnecté de la population.

L’obsession de contrôle

Ce trait-ci est beaucoup plus caractéristique du PLQ. Je le crois moins présent au PQ, qui sombre dans l’autre extrême (une surdémonstrativité du mécontentement en public). L’obsession d’unité et le désir de contrôle sont si présents qu’on a peur chaque fois qu’un militant veut ouvrir la bouche ou sortir dans les médias. On relit scrupuleusement toutes ses lettres d’opinion, on empêche en pratique les associations locales d’envoyer des communiqués en exigeant que tous soient relus par « le parti », on préfère quand la lettre d’opinion ou le communiqué est écrit par la permanence et signé par un militant consentant. On cherchera à noyauter les sondages en ligne en faisant virer le vent de bord à grand renfort de courriels envoyés aux militants. On essaie parfois de faire la même chose avec des lignes ouvertes, ou sur les tribunes interactives surtout pendant les campagnes électorales, avec des pseudonymes et des fausses identités si nécessaires. On peut par exemple inventer un péquiste déçu qui ira sur tous les blogues politiques de la province clamer combien il n’aime pas Pauline tout le long de l’élection.

Je doute de l’utilité réelle de ces stratégies, et je trouve qu’elles nient à la fois toute confiance envers le bon sens des militants et la transparence qui devrait être la règle entre un parti et la population.

L’autorité renversée

C’est peut-être la plus fondamentale, mais en même temps la plus diffuse. Dans un monde idéal, un parti devrait être selon moi la réunion de gens partageant des idéaux communs et acceptant d’investir leurs efforts pour faire élire ou ou des députés. Ces députés sont donc redevables aux militants, qui leur fourniront des idées et des valeurs à défendre en leur nom. Si un député commence à se sentir au-delà de « l’autorité » du militant, que ce dernier l’abandonne et prenne un meilleur représentant.

Dans la réalité, les militants sont bien davantage vus comme des gens au service du député, du chef, du parti. On lui demande beaucoup et on lui rend peu. On a cette impression que c’est le militant qui est remplaçable en cas de pépin, bien davantage que l’élu qu’il a contribué à la sueur de son front à faire élire. Les statuts du PLQ ne prévoient même pas de procédure pour demander un vote de confiance sur le chef. Le militant n’a donc pas la liberté de demander, de sa propre initiative, de se prononcer de nouveau sur cette importante question.

***

Si on veut changer la manière de faire de la politique, il faut aussi changer la manière de voir et de mener un parti. Même si le parti lui-même est moins souvent sous les feux de la rampe que les députés qu’il fait élire, il a un devoir d’exemplarité. Le PLQ et le PQ peuvent, souhaitent-ils sortir de cette façon de faire? Je me permets aujourd’hui d’en douter. Souhaitons que de nouveaux partis à venir soient davantage sensibles à ces questions.