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Archives de Catégorie: PQ

De chambres et de régions

Pauline Marois parle ces jours-ci de la proposition du Parti québécois de créer une Chambre des régions. Je ne peux que saluer l’initiative, ayant déjà moi-même tenté de proposer cette mesure dans le cadre d’une résolution sur la réforme du mode de scrutin préparée pour les jeunes libéraux, en 2008. Malheureusement, cette idée n’avait finalement pas été retenue pour faire partie de la résolution-cadre, et n’avait donc pas été discutée.

Une Chambre des régions, grossièrement, repose sur la possibilité constitutionnelle pour toute province canadienne de posséder deux chambres parlementaires. En 1968, le Québec a été la dernière à abolir son « sénat » provincial. Mais cela n’a pas pour autant supprimé cette possibilité à jamais. Et comme le Québec est libre de modifier les passages de la constitution canadienne qui ne concernent que lui, il pourrait parfaitement ressusciter cette chambre sous une nouvelle forme.

L’idée de Pauline Marois (en fait, celle du député Pascal Bérubé) demeure toutefois passablement floue. Jusqu’ici, on en apprend bien peu sur ce que cette chambre ferait au juste. On ne connaît que deux éléments : elle devrait être constituée d’élus à part entière et aurait pour mission de mieux représenter la territorialité québécoise.

L’instauration d’une Chambre des régions ne saurait se faire en dehors d’un large chantier de décentralisation et de restructuration des régions du Québec. À cet égard, la perspective du PQ paraît passablement limitée. Pour ma part, je verrais très bien une Chambre des régions s’intégrer à la démarche de mise sur pied des « gouvernements régionaux » que j’ai déjà proposée. Voici comment le tout pourrait s’articuler.

Les présidents de chaque conseil régional, en plus de présider aux assemblées de ce dernier, seraient délégués d’office à une Chambre des régions siégeant une semaine par mois (par exemple). Laval et Montréal (pour lesquelles je préconise une formule distincte, fusionnant en quelque sorte les paliers municipaux et régionaux) auraient également leur représentant. Notez que selon cette formule, aucun nouveau poste d’élu n’est créé : on utiliserait plutôt des élus disposant déjà de la légitimité pour représenter leur région. Un siège pourrait également être réservé aux Premières nations.

On aurait donc une assemblée de 18 personnes, représentant de manière égale toutes les régions, sans égard à leur population. Cette Chambre des régions aurait pour mission de représenter la territorialité du Québec. Grâce à une réforme du mode de scrutin, ajoutant de la proportionnalité, l’Assemblée nationale deviendrait pour sa part l’organe de représentation démographique et nationale. Et bien entendu, l’existence de conseils régionaux présuppose que des pouvoirs ont déjà été décentralisés vers les régions, et que celles-ci sont donc plus autonomes.

Cette Chambre des régions ne doit pas forcément avoir une importance égale à l’Assemblée nationale, qui demeurerait le lieu de responsabilité de l’exécutif et l’organe central pour légiférer au Québec. Elle devrait disposer, à mon sens, de pouvoirs moindre que le Sénat mais néanmoins conséquents. Par exemple, on pourrait lui octroyer un droit de véto suspensif, permettant de retarder pendant un bon moment l’application de lois jugées nuisibles aux régions. De même, cette Chambre des régions pourrait effectuer des consultations (à son initiative ou à la demande du gouvernement), proposer des projets de loi, des amendements et des motions à l’Assemblée nationale… Surtout, elle disposerait certainement d’une autorité morale, car une position commune des régions contre une mesure gouvernementale pourrait certainement peser dans la balance électorale. De manière analogue, on pourrait souhaiter que le Sénat fédéral, plutôt que d’être aboli, devienne une Chambre des provinces… Mais c’est un autre débat.

L’idée d’une Chambre des régions est donc intéressante. Cependant, appliquée seule, sans décentralisation, restructuration des instances régionales et réforme du mode de scrutin, elle n’aurait pas beaucoup d’utilité ou même de sens. J’espère que le PQ étoffera sa proposition, car je peine à voir ce qu’elle peut actuellement nous apporter.

 

Le rejet

Le sondage CROP-La Presse paru ce matin est fascinant à plusieurs égards. D’abord, il confirme mon impression : la remontée du PLQ dans les sondages s’est faite en partie par défaut. Ceci s’explique par la relative tranquillité de l’été libéral, alors que tous les projecteurs étaient braqués vers le PQ. Puisque l’opposition officielle était si désorganisée, il n’était pas surprenant de voir les Québécois choisir le « moins pire » et de se reporter partiellement sur le PLQ. Avec le rapport de l’unité anti-collusion, ce raisonnement est mis à mal. Dur de dire maintenant qui est le moins pire!

Le PQ et le PLQ sont à terre et ne montrent pas de volonté de changer d’orientation sur le dossier qui leur fait respectivement le plus mal, à savoir la démarche d’accession à la souveraineté et le déclenchement d’une commission d’enquête sur la construction. J’ai dit et je maintiens que ces partis ne représentent plus une solution d’avenir pour le Québec. Le sondage montre que je ne suis pas le seul à le penser. 40% à peine des gens souhaitent soutenir l’un ou l’autre des deux principaux partis. C’est donc dire que 3 personnes sur 5 ne se reconnaissent plus dans les options traditionnelles, censées rallier le plus grand nombre.

Le taux d’indécis est très élevé, tout comme l’insatisfaction envers le gouvernement (et, par la bande, envers l’opposition, si on se fie à plusieurs autres indicateurs du sondage). François Legault, dont le parti n’existe toujours pas, mène dans les sondages, quoique CROP ne s’intéresse pas à l’effet divisif d’une présence concurrente de l’ADQ et de la CAQ simultanément sur la scène publique, ce qui n’est pas exclu. Il ne faut pas non plus ignorer cette tendance à la baisse de l’option Legault, qui, à force de traîner en longueur, en a probablement déçu plusieurs.

Toutes les conditions sont réunies pour que, si une élection avait lieu prochainement, le spectaculaire revirement de l’opinion observé au fédéral se répète au provincial. Près de 30% des électeurs libéraux jugent que le gouvernement va dans la mauvaise direction… Si une alternative fédéraliste existait (François Legault pige beaucoup plus chez les péquistes que chez les libéraux), les libéraux pourraient chuter sous les 15% des intentions de vote, voire plus bas. C’est le niveau d’une ADQ jugée moribonde à l’heure actuelle!

Si de tels chiffres se maintiennent dans le temps, le bipartisme ne sera qu’une illusion lors du prochain scrutin. La vérité, c’est qu’aucun parti actuellement représenté à l’Assemblée nationale ne dominera franchement l’opinion. Toutes les options, toutes les possibilités seront donc sur la table.

Québec, l’heure des choix approche. Sauras-tu montrer la porte à ceux qui le méritent et t’ouvrir à un grand vent de changement? Je le souhaite. Et j’y travaille.

 
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Publié par le 20 septembre 2011 dans CAQ, Partis politiques, PLQ, Politique générale, PQ

 

Enfin

Enfin! C’est le premier mot qui me soit venu en tête quand j’ai lu ce matin que Pauline Marois s’ouvrait à la possibilité de tenir un vote libre sur certaines questions, comme le projet de loi 204 sur l’amphithéâtre de Québec. En fait, on semblait aller jusqu’à dire que seuls certains votes comme ceux sur le budget ou engageant le programme électoral du parti seraent soumis à la « discipline » des voix.

Enfin, sans pour autant que ce soit tout à fait nouveau. Dans l’ère pré-duplessiste, il arrivait qu’un député se prononce contre la position de son parti. Il arrivait même qu’un député écarté de sa formation lors d’une investiture parce que le chef le voyait d’un mauvais oeil retrousse ses manches et fasse campagne contre le candidat officiel à titre de libéral ou de conservateur indépendant, pour remporter la circonscription et rejoindre de nouveau son parti ensuite. Les députés s’en laissaient alors moins imposer qu’aujourd’hui. Bien sûr, avec Duplessis qui disait en chambre à ses ministres et même au président quoi faire, la situation a quelque peu changé…

Enfin aussi, sans que la chose se soit faite très naturellement! Il aura quand même fallu la démission de près de 10% du caucus péquiste, avec une pression médiatique et populaire intense, une dégringolade dans les sondages et plusieurs mois de querelles internes déchirantes pour que Pauline Marois en arrive à cette « concession ».

Enfin… et pourtant pas tout à fait. Parce qu’on s’interroge encore, chez les péquistes, sur la pertinence de la levée de la ligne de parti de manière aussi large. Certains députés sont pour, d’autres voient là un risque pour la cohésion du groupe et la solidité de la chef.

La ligne de parti, lorsqu’elle ne concerne pas les engagements électoraux pris collectivement par les candidats d’une formation politique ou, à la rigueur, les questions de confiance envers le gouvernement, n’est pourtant pas pertinente. Elle n’a aucun fondement légal (un député, une fois élu, n’est légalement redevable de ses votes qu’à lui-même et à la population aux élections suivantes). Et elle revient souvent à dire que le chef doit avoir toujours raison. Personnellement, je considère qu’un vrai leader sait tolérer la dissidence, parce qu’elle ne le met pas en péril. Il doit dégager cette assurance qu’il fait assez confiance à ses troupes et que celles-ci lui rendent assez cette confiance pour que la liberté de vote ne soit pas une attaque systématique à son autorité. Dans un vote libre, on ne vote pas contre ou pour son chef, on vote pour ou contre l’idée débattue.

Un député est élu certes avec un chef, mais aussi grâce à des militants et par la population de son comté. C’est à chaque député que revient le choix d’ajuster son vote aux préférences de l’un ou l’autre quand le vote ne porte pas sur une question sur laquelle l’élu s’est déjà engagé, par programme ou par promesse. Et c’est à chaque député d’assumer son bilan lorsque viendra le temps de repasser devant les urnes.

Cette mesure ne ferait pas du PQ un parti parfait, mais j’espère qu’il ira au bout de son idée et instaurera cette liberté de vote sur toute question hors programme et hors confiance au gouvernement. Ceci redonnerait plus de sens au rôle de député et contribuerait certainement à faire de la politique autrement. Surtout, j’espère que d’autres formations politiques emboîteront le pas, et que le vote libre deviendra une partie intégrante de nos moeurs politiques au lieu d’être perçu comme une attaque contre le chef ou le parti. Enfin.

 
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Publié par le 1 septembre 2011 dans Partis politiques, PQ

 

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Prendre à parti

Les propositions de Bernard Drainville pour relancer la démocratie au Québec sont intéressantes. Je pourrai d’ailleurs y revenir plus tard. Il est cependant une chose que toutes les lois du monde ne pourront changer si la volonté n’y est pas: la culture de parti. Pourtant, les partis politiques sont devenus, par la force des choses, un véhicule incontournable de notre système politique.

On m’a déjà dit que je manquais de « sens politique ». C’est peut-être vrai. J’ai souvent ressenti des malaises devant des stratégies et des conceptions répandues au PLQ et qui, j’en suis sûr, sont également présentes au PQ. Peut-être que c’est parce que je suis trop doux ou naïf pour faire de la « vraie » politique, mais je formule l’espoir qu’il soit possible de procéder autrement et de quand même remporter une élection et se faire valoir sur la place publique. Voici, à cet effet, quelques travers qui m’ont toujours agacé et que j’aimerais voir disparaître durablement de la culture de nos partis politiques.

Stratégies de plancher

Lorsqu’un parti souhaite adopter des résolutions en vue de constituer son programme politique, il se réunit en assemblée plénière. Une résolution est proposée et secondée, puis des gens se présentent tour à tour au micro pour avancer leurs arguments pour ou contre l’idée suggérée. La salle vote ensuite pour trancher la question.

Une stratégie de plancher consiste à court-circuiter le débat franc. Par exemple, un groupe d’opposants à une idée pourrait envoyer des gens au micro des « pour » afin de présenter des arguments bidons dans le but de ridiculiser les gens en faveur et de leur couper leur temps de parole (le nombre d’interventions est souvent limité). On peut donner l’impression d’un mouvement de fond en s’arrangeant pour qu’une douzaine de personnes aillent faire la file au micro voulu, même si elles ne parleront pas toutes. On applaudira et criera plus que de raison, ou on tentera de faire rasseoir des gens qui ne sont pas d’accord avec nous. Dans certains cas, on ira chercher des militants qui avaient quitté l’assemblée plénière (pour faire autre chose ou parce que ça ne les intéresse pas) pour qu’ils viennent juste voter en masse d’un côté ou de l’autre. Puis on les laissera aller. Des abus de procédures peuvent également mettre à mort une résolution, car une salle se lasse très vite de ce petit jeu. Renvoyer le texte à la commission politique, qui sera trop débordée pour y revenir, met également l’idée aux poubelles, le plus souvent.

Je ne suis pas au fait de toutes les stratégies de plancher, parce que je n’en suis pas friand. Mais la plupart de celles que j’ai vues m’ont plus dégoûté qu’autre chose. Je pense que tout militant d’un parti politique devrait être rebuté par de telles pratiques et les dénoncer à l’assemblée lorsqu’il en a connaissance. Dans l’idéal, leur emploi ne devrait même pas traverser l’esprit des militants. La seule « stratégie » que je considère être réellement valable consiste, pour un proposeur de résolution, à sélectionner des intervenants structurés qui partagent son opinion afin d’aller défendre son idée à l’avant en cas d’opposition importante.

Le culte de la salle pleine

Très souvent, lorsqu’on organise une activité partisanne, la quantité prime sur la qualité. Qu’importe si nombre de militants présents sont davantage là parce qu’un ami a beaucoup insisté pour qu’ils y soient ou parce qu’on leur a promis une soirée sociale agréable ensuite. On demandera de colossaux efforts de mobilisation aux organisateurs de l’activité, parfois au détriment d’autres aspects. C’est la préoccupation numéro un.

C’est certain qu’une salle vide donne une mauvaise impression aux médias. Mais à trop vouloir, je pense que cette obsession devient néfaste, parce qu’elle gruge de l’énergie qui irait mieux ailleurs. C’est peut-être pour la même raison que, lorsqu’on est interrogé sur le nombre de membres ou de militants dans une circonscription ou une activité donnée, on ment systématiquement en gonflant le chiffre de quelques centaines.

Du reste, le citoyen et les médias doivent se souvenir que le nombre n’est pas forcément un bon indicateur de la qualité des idées ou de la popularité. À titre tout personnel, j’aime mieux 200 militants intéressés et motivés que 800 qu’on peine à retenir dans l’assemblée plénière parce qu’ils ne sont pas là par intérêt réel.

Criez et souriez

Un courant de sympathie ou de popularité, s’il est sincère, n’a pas à être induit. De nature peu démonstrative, j’ai toujours été agacé par ce désir de faire le plus de bruit possible lorsque le chef entre dans la salle. De deux choses l’une: ou bien le chef du parti est réellement très aimé des militants, et en ce cas il n’est pas nécessaire de faire le tour des militants pour leur dire qu’il arrive et qu’on doit crier et applaudir à tout rompre; ou bien ce n’est que du spectacle. Et ce n’est alors pas rendre grand service au chef en question. Au final, dans ce dernier cas de figure, cela ne fait que renvoyer l’image d’un parti déconnecté de la population.

L’obsession de contrôle

Ce trait-ci est beaucoup plus caractéristique du PLQ. Je le crois moins présent au PQ, qui sombre dans l’autre extrême (une surdémonstrativité du mécontentement en public). L’obsession d’unité et le désir de contrôle sont si présents qu’on a peur chaque fois qu’un militant veut ouvrir la bouche ou sortir dans les médias. On relit scrupuleusement toutes ses lettres d’opinion, on empêche en pratique les associations locales d’envoyer des communiqués en exigeant que tous soient relus par « le parti », on préfère quand la lettre d’opinion ou le communiqué est écrit par la permanence et signé par un militant consentant. On cherchera à noyauter les sondages en ligne en faisant virer le vent de bord à grand renfort de courriels envoyés aux militants. On essaie parfois de faire la même chose avec des lignes ouvertes, ou sur les tribunes interactives surtout pendant les campagnes électorales, avec des pseudonymes et des fausses identités si nécessaires. On peut par exemple inventer un péquiste déçu qui ira sur tous les blogues politiques de la province clamer combien il n’aime pas Pauline tout le long de l’élection.

Je doute de l’utilité réelle de ces stratégies, et je trouve qu’elles nient à la fois toute confiance envers le bon sens des militants et la transparence qui devrait être la règle entre un parti et la population.

L’autorité renversée

C’est peut-être la plus fondamentale, mais en même temps la plus diffuse. Dans un monde idéal, un parti devrait être selon moi la réunion de gens partageant des idéaux communs et acceptant d’investir leurs efforts pour faire élire ou ou des députés. Ces députés sont donc redevables aux militants, qui leur fourniront des idées et des valeurs à défendre en leur nom. Si un député commence à se sentir au-delà de « l’autorité » du militant, que ce dernier l’abandonne et prenne un meilleur représentant.

Dans la réalité, les militants sont bien davantage vus comme des gens au service du député, du chef, du parti. On lui demande beaucoup et on lui rend peu. On a cette impression que c’est le militant qui est remplaçable en cas de pépin, bien davantage que l’élu qu’il a contribué à la sueur de son front à faire élire. Les statuts du PLQ ne prévoient même pas de procédure pour demander un vote de confiance sur le chef. Le militant n’a donc pas la liberté de demander, de sa propre initiative, de se prononcer de nouveau sur cette importante question.

***

Si on veut changer la manière de faire de la politique, il faut aussi changer la manière de voir et de mener un parti. Même si le parti lui-même est moins souvent sous les feux de la rampe que les députés qu’il fait élire, il a un devoir d’exemplarité. Le PLQ et le PQ peuvent, souhaitent-ils sortir de cette façon de faire? Je me permets aujourd’hui d’en douter. Souhaitons que de nouveaux partis à venir soient davantage sensibles à ces questions.

 

Les fruits défendus?

Cette fameuse expression, on la décline à toutes les sauces, à toutes les occasions: le fruit n’est pas mûr. On parle bien sûr de la réouverture de négociations constitutionnelles au Canada. Et de plus en plus, le politique cherche à ajouter un autre type de récolte au panier des variétés qui n’atteignent jamais la maturité: la souveraineté.

François Legault est de ceux là. « La situation est vraiment au niveau de la souveraineté, pas au niveau de la chef », a-t-il déclaré dans une phrase que ne renierait pas Antoine Robitaille dans son blogue Mots et Maux de la politique. Quant à la constitution, Vincent Marissal en a rajouté une couche récemment, avec Le fruit est mort.

C’est vrai que ce débat-là n’avance ni dans un sens ni dans l’autre depuis maintenant 16 ans. Vrai que trop souvent, les gens se campent dans des positions impossibles à altérer, avec des arguments déjà entendus cent fois, sans jamais qu’une majorité claire ne se dessine. Vrai aussi qu’on dirait que la population en a ras-le-bol de n’entendre que cela.

Il faut quand même rester prudents. Ladite population ne voulait pas plus parler de la réfection de nos infrastructures il y a quelques années, avant que les viaducs ne se mettent, eux, à être trop mûrs. Elle préfère changer de sujet quand on lui fait remarquer qu’il est impossible d’avoir des services publics plus généreux et nombreux tout en payant moins d’impôts et de taxes. Doit-on lui reprocher ce genre de comportement? On peut bien sûr souhaiter des citoyens plus au fait des débats, plus impliqués politiquement, plus critiques, mais on ne peut pas forcer les gens à s’y mettre. Et c’est bien pour ça qu’on délègue l’exercice du pouvoir à des élus.

Faut-il pour autant clôturer cet arbre maudit dont les fruits ne mûrissent jamais, comme le propose la CAQ? Le laisser mourir tout seul, comme le fait le PLQ? Pincer les fleurs quand il y en a en disant qu’on sera prêts quand on sera prêts, comme le fait le PQ? La question nationale, qu’on l’aborde sous l’angle de la réforme constitutionnelle ou de l’accession du Québec à sa souveraineté, bouffe une énergie et un temps considérables. Quand on pousse au-delà des symboles pour se rendre au concret des choses (Quelles lignes changer dans la constitution? Accéder à la souveraineté, est-ce que ça se fait vraiment seulement en cochant une case?), le débat devient plus technique, plus aride et repoussant encore. Sauf que si on laisse l’arbre pousser sans s’en occuper, je parie que les racines pousseront tellement qu’elles finiront par attaquer les fondations de la maison et percer les conduites d’eau. C’est-à-dire que la question nationale, si on ne s’en occupe pas, va s’envenimer et finir par produire des résultats inattendus. C’est normal: ce débat n’a pas atteint sa conclusion. Et cette conclusion est intimement liée à l’atteinte de notre maturité comme société.

Notre régime constitutionnel ou notre statut politique n’ont pas beaucoup d’impact sur notre vie de tous les jours, ce qui donne la part belle aux appels à ne plus s’en occuper. C’est le genre de chose dont les conséquences se font sentir ponctuellement, ou dans la durée, mais qui sont tout aussi importantes que la gestion quotidienne. Le statu quo est peut-être très confortable pour le moment. Sans dire que ce débat doit occuper tout l’espace public, je ne pense pas non plus que le balayer sous le tapis, comme le veut M. Legault, soit une idée très sage. Il faut simplement rester vigilants, et s’assurer que l’on continue à faire cheminer les questions les plus urgentes en même temps de mener, de temps à autres, le débat national ailleurs. Bref, il n’est pas sage de ne parler que de la question nationale et d’oublier le reste, mais il n’est pas plus sage d’oublier ce débat dans son ensemble. On peut après tout discuter de plusieurs choses à la fois.

Il faut parfois jusqu’à 60 ans pour que les agaves, des plantes de milieux désertiques, fleurissent et produisent leurs fruits. Comme pour certaines plantes, l’évolution d’une société se fait à une autre échelle que celle de la vie humaine. C’est en persévérant malgré l’impression que le temps joue contre nous que l’on finira par voir mûrir ce fruit et qu’on en verra enfin la couleur. N’y consacrons pas toutes nos énergies, mais ne l’oublions pas non plus.

 
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Publié par le 21 août 2011 dans CAQ, Constitution, PLQ, PQ, Souveraineté

 

Un retour en arrière… (1 de 2)

Il n’y a pas que nos infrastructures qui tombent en ruine. Le monde politique québécois aurait aussi besoin de sérieuses rénovations. Et comme dans le cas d’une maison ou d’un viaduc, le rafistolage intensif se doit d’être fait à tous les 30 à 40 ans.

Depuis 1867, le Québec a traversé quatre alignements majeurs de ses astres politiques. D’abord, jusqu’en 1897, les conservateurs ont globalement dominé le paysage. Une longue période de règne sans partage des libéraux s’est ensuite installée jusqu’à l’arrivée de Duplessis et l’absorption par les conservateurs de l’Action libérale nationale dans l’Union nationale, en 1936. Jusqu’en 1970, le duel entre Union nationale et parti libéral constitue le pain quotidien du monde politique québécois. Émerge alors le parti Québécois qui supplante l’union nationale, pour donner la dichotomie prévalant encore à l’heure actuelle.

L’échantillon historique n’est pas très représentatif, mais la tendance qui se dessine est celle d’un réalignement des acteurs en présence après 30 à 40 ans. Or, la période actuelle dure depuis… 41 ans. La situation sur le terrain semble vouloir confirmer que nous nous trouvons, une fois de plus, à la croisée des chemins.

Cette alternance de situations s’est toujours faite dans un certain agitement socio-politique. La dernière décennie du 19e siècle a vu son lot de scandales et d’affaires ayant soulevé les passions au pays, précipitant la chute des conservateurs tant au Québec qu’au Canada. L’arrivée de l’Union nationale s’est faite sur fond de forte corruption chez les libéraux et de crise économique prolongée, et le parti s’est consolidé à travers les débats sur la conscription qui ont déchiré le Québec d’alors. Quant à l’apparition du PQ, elle s’inscrivait dans le cadre large des agitations sociales des années 1960 et 70: montée du nationalisme, troubles syndicaux, crise d’Octobre, etc. Encore là, on sent aujourd’hui divers signes de mécontentement: cynisme largement répandu, corruption alléguée à large échelle, opposition citoyenne à de nombreux projets…

Que nous apprend cette perspective historique (qui, je le concède, demeure rudimentaire) sur la situation actuelle? Si le passé est garant de l’avenir, les choses vont profondément changer d’ici peu sur notre scène politique. Plusieurs signes des dernières années le montrent d’ailleurs: gouvernement minoritaire, mécontentement record envers le gouvernement, élection massive du NPD au fédéral, montée et chute de l’ADQ indiquent tous la volatilité de l’opinion. Les gens ont soif d’une alternative.

Le PQ de Pauline Marois et nombre de ses députés veulent tenir des consultations citoyennes pour se sortir de l’impasse… Mais les consultations ne changeront rien au fait que le PQ appartient au passé de par son existence même. L’indépendance n’a pas à être portée par ce seul parti, bancal depuis sa fondation. Ce que les citoyens (et les souverainistes, surtout!) veulent, c’est une alternative. Pas un PQ revampé.

Le PLQ a commis les mêmes péchés que jadis. Il n’avait pas vu venir la force de frappe concertée de l’Action libérale nationale et des conservateurs, devenus Union nationale, en 1935-36. Il n’avait pas vu venir le Parti québécois en 1976. Il n’avait pas vu venir l’ADQ en 2007. À l’opposé du PQ, qui se décompose en public, le PLQ présente un front uni. Mais dans son obstination et sa vanité (nous ferons l’unité des Québécois…), il ne fait que démontrer qu’il s’entête dans ses erreurs, ne se remet jamais en question, se croit au-dessus de tout même quand le monde s’effondre autour de lui.

Que reste-t-il au citoyen? La réponse demain.

 
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Publié par le 19 août 2011 dans Histoire, PLQ, Politique générale, PQ