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Par-delà l’étiquette: mon fédéralisme (partie 3)

Ce que je vous ai exposé lors des deux derniers jours reflète mon opinion générale sur le fédéralisme et le Canada, ainsi que la manière dont il devrait être réformé. Je ne prétends pas avoir apporté beaucoup de nouveauté au débat. Si cette vision du fédéralisme ne semble pas très répandue dans le monde politique actuel, c’est que les formations fédéralistes sont confortablement installées dans le statu quo et refusent de prendre leurs responsabilités (le NPD a semblé plus sensible à la question récemment). Ce type d’analyse du fédéralisme a déjà été fait par plusieurs auteurs et intellectuels, parfois avec des conclusions différentes des miennes.

C’est là que les choses deviennent davantage une question d’appréciation. À la lecture de mon exposé, ou des sources qui m’ont permi jusqu’ici d’assembler mon discours, plusieurs se diront qu’il s’agit là de la plus belle démonstration que la souveraineté est chose nécessaire. Alors toi, Alexis, pourquoi n’es-tu pas souverainiste?

Vous aurez remarqué, je l’espère, que je ne cherche pas à adopter une position radicale dans ce débat. C’est parce que je me situe dans une zone grise qui fait que tout en étant pour une réforme du Canada, je crois être en mesure de comprendre que l’on juge ce pays irrécupérable et que l’on souhaite le quitter. Je ne suis pas et j’espère ne jamais être de ceux qui agiteront des épouvantails alarmites en disant que la souveraineté nous fera tomber tous les maux du monde sur le dos. Si demain notre peuple décide démocratiquement, par majorité simple, de prendre en main sa destinée, j’en prendrai acte et je travaillerai en ce sens.

Je ne suis pas souverainiste pour deux raisons, essentiellement, qui sont toutes deux affaire d’appréciation. La première est l’expression d’un certain idéal de l’humain. Le Canada est une expérience socio-politique rare dans l’histoire humaine. Sur papier et avec des réformes, il a le potentiel d’atteindre une conclusion positive et de permettre la cohabitation harmonieuse de plusieurs nations dans un même pays, sans que ces nations ne soient brimées. Et puisque l’humanité progresse parfois à travers des expériences bien improbables, j’entretiens l’espoir que la réalité canadienne soit réformable, conformément à ce qui semble nécessaire sur papier.

La seconde est affaire de génération. L’essentiel de l’activité récente autour de la Constitution a eu lieu entre 1970 et 1995, de Victoria au dernier référendum. En 1995, pour voter, il fallait être né avant le 30 octobre 1977. Ma génération, la Y, n’a eu aucune possibilité de se prononcer lors d’un référendum ou de l’effervescence qui l’entoure, sauf peut-être quelques privilégiés qui, bien que n’ayant pas le droit de vote, se sont tout de même impliqués parce qu’ils étaient déjà assez vieux à l’époque pour le faire. La réforme constitutionnelle et l’idéal de la souveraineté ont beaucoup été l’affaire des baby-bommers et, dans une moindre mesure, de la génération X. Comme jeune, je dois donc constater que je n’ai jamais eu la chance de dire aux plus âgés « laissez-moi faire, je vais y arriver ». Et comme le propre de la jeunesse est de remettre en question ce qui s’est fait avant lui (pour parfois atteindre des résultats intéressants, parfois non), c’est ce que je fais.

Je refuse donc d’accepter que le Canada ne peut être réformé simplement parce que la génération précédente n’y est pas arrivé. La mienne n’a pas vécu un traumatisme aussi profond que les autres, car je demeure convaincu que le débat a laissé des blessures chez ceux qui y ont participé. Tant au Canada qu’au Québec, elle adopte sur certains sujets un point de vue bien différent de celui de ses aînés. Je voudrais qu’on lui laisse, à cette génération Y, une chance d’apporter sa propre solution aux problèmes constitutionnels.

Comme ces deux « arguments » sont proprement affaire d’appréciation, je m’attends à ce que plusieurs les critiquent. Et on atteindra alors ce point du débat où je ne pourrai que répondre… chacun son avis. Mais j’assume mon raisonnement, et celui-ci entraîne certaines conséquences.

D’abord, il serait bien téméraire de ma part de nier la possibilité d’un nouvel échec. Dans l’éventualité où une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles, faite sur les base présentées dans mes autres billets, aurait lieu et déboucherait sur l’impasse, celui l’ayant menée serait dans l’obligation morale d’entreprendre des démarches vers l’indépendance. D’un point de vue politique, je ne devrais pas écrire ce genre de chose, car je risque de repousser plusieurs fédéralistes. Mais comme personne défendant le fédéralisme plurinational et subsidiaire, si je constate un jour que le Canada ne veut ou ne peut partager cette vision, que pourrais-je conclure hormis que la bonne entente est impossible? Si ma génération échoue comme les précédentes à réformer le Canada, ne devrait-elle pas mener le raisonnement jusqu’au bout et prendre acte de ce désaccord semblant traverser le temps en faisant la souveraineté? Si la fédération doit être le théâtre de réarbitrages entre les membres, il faut au minimum que ceux-ci partagent une vision commune de ce qui fait une fédération. Dans le cas contraire, c’est l’échec garanti.

Je suis partisan du fédéralisme et de la subsidiarité. Le Canada peut en être une expression, mais ce n’est qu’un théâtre d’application comme un autre. Que cette fédération existe ou non est secondaire: je demeure quand même de ceux qui croient qu’un système fédéral est souhaitable par lui-même, lorsqu’il peut être appliqué. C’est exactement la raison pour laquelle je me décris comme régionaliste. Le Québec, comme le Canada-anglais, partage une même langue et une même nationalité identitaire, mais il est constitué de régions très différentes à de nombreux points de vue. La Côte-Nord et Montréal sont aux prises avec des défis fondamentalement différents. Je suis de ceux qui croient que le Québec, soit comme province, soit comme pays, doit décentraliser certains pouvoirs vers ses régions et ses villes. Tout au long de mon implication au PLQ, j’ai défendu cette vision, et je continuerai à le faire.

Le mélange de ces deux dernières conclusions en produit une troisième. Comme fédéraliste, si un jour le Québec devenait indépendant, je souhaiterais qu’il soit non pas une république, comme tant de gens le disent sans trop peser le pour et le contre, mais une fédération (si on reprend mon premier billet, elle serait sans doute plus territoriale que plurinationale, toutefois). D’après ma courte expérience de vie, il n’est pas souhaitable de laisser le destin tout entier de nos régions entre les mains des fonctionnaires de la Capitale, si bien intentionnés soient-ils. Rien ne vaut quelqu’un sur le terrain, ayant une connaissance approfondie de la situation d’une région, pour prendre la bonne décision. Une forme de gouvernance régionale disposant de pouvoirs propres à donner à chaque région les moyens de son développement m’apparaît comme une chose nécessaire au Québec, peu importe son statut constitutionnel.

J’ai conscience d’en avoir écrit bien trop long pour espérer être lu par le plus grand nombre. Cependant, une position constitutionnelle ne peut faire l’économie de nuances, ni d’une certaine logique interne. J’ai préféré montrer toutes les ramifications de mon raisonnement plutôt que de le tronquer pour faire plus court, et j’espère que vous me le pardonnerez. Merci de l’avoir lu.

Si par hasard vous partagiez l’essentiel de mon raisonnement, de grâce, contactez-moi.

 

Les fruits défendus?

Cette fameuse expression, on la décline à toutes les sauces, à toutes les occasions: le fruit n’est pas mûr. On parle bien sûr de la réouverture de négociations constitutionnelles au Canada. Et de plus en plus, le politique cherche à ajouter un autre type de récolte au panier des variétés qui n’atteignent jamais la maturité: la souveraineté.

François Legault est de ceux là. « La situation est vraiment au niveau de la souveraineté, pas au niveau de la chef », a-t-il déclaré dans une phrase que ne renierait pas Antoine Robitaille dans son blogue Mots et Maux de la politique. Quant à la constitution, Vincent Marissal en a rajouté une couche récemment, avec Le fruit est mort.

C’est vrai que ce débat-là n’avance ni dans un sens ni dans l’autre depuis maintenant 16 ans. Vrai que trop souvent, les gens se campent dans des positions impossibles à altérer, avec des arguments déjà entendus cent fois, sans jamais qu’une majorité claire ne se dessine. Vrai aussi qu’on dirait que la population en a ras-le-bol de n’entendre que cela.

Il faut quand même rester prudents. Ladite population ne voulait pas plus parler de la réfection de nos infrastructures il y a quelques années, avant que les viaducs ne se mettent, eux, à être trop mûrs. Elle préfère changer de sujet quand on lui fait remarquer qu’il est impossible d’avoir des services publics plus généreux et nombreux tout en payant moins d’impôts et de taxes. Doit-on lui reprocher ce genre de comportement? On peut bien sûr souhaiter des citoyens plus au fait des débats, plus impliqués politiquement, plus critiques, mais on ne peut pas forcer les gens à s’y mettre. Et c’est bien pour ça qu’on délègue l’exercice du pouvoir à des élus.

Faut-il pour autant clôturer cet arbre maudit dont les fruits ne mûrissent jamais, comme le propose la CAQ? Le laisser mourir tout seul, comme le fait le PLQ? Pincer les fleurs quand il y en a en disant qu’on sera prêts quand on sera prêts, comme le fait le PQ? La question nationale, qu’on l’aborde sous l’angle de la réforme constitutionnelle ou de l’accession du Québec à sa souveraineté, bouffe une énergie et un temps considérables. Quand on pousse au-delà des symboles pour se rendre au concret des choses (Quelles lignes changer dans la constitution? Accéder à la souveraineté, est-ce que ça se fait vraiment seulement en cochant une case?), le débat devient plus technique, plus aride et repoussant encore. Sauf que si on laisse l’arbre pousser sans s’en occuper, je parie que les racines pousseront tellement qu’elles finiront par attaquer les fondations de la maison et percer les conduites d’eau. C’est-à-dire que la question nationale, si on ne s’en occupe pas, va s’envenimer et finir par produire des résultats inattendus. C’est normal: ce débat n’a pas atteint sa conclusion. Et cette conclusion est intimement liée à l’atteinte de notre maturité comme société.

Notre régime constitutionnel ou notre statut politique n’ont pas beaucoup d’impact sur notre vie de tous les jours, ce qui donne la part belle aux appels à ne plus s’en occuper. C’est le genre de chose dont les conséquences se font sentir ponctuellement, ou dans la durée, mais qui sont tout aussi importantes que la gestion quotidienne. Le statu quo est peut-être très confortable pour le moment. Sans dire que ce débat doit occuper tout l’espace public, je ne pense pas non plus que le balayer sous le tapis, comme le veut M. Legault, soit une idée très sage. Il faut simplement rester vigilants, et s’assurer que l’on continue à faire cheminer les questions les plus urgentes en même temps de mener, de temps à autres, le débat national ailleurs. Bref, il n’est pas sage de ne parler que de la question nationale et d’oublier le reste, mais il n’est pas plus sage d’oublier ce débat dans son ensemble. On peut après tout discuter de plusieurs choses à la fois.

Il faut parfois jusqu’à 60 ans pour que les agaves, des plantes de milieux désertiques, fleurissent et produisent leurs fruits. Comme pour certaines plantes, l’évolution d’une société se fait à une autre échelle que celle de la vie humaine. C’est en persévérant malgré l’impression que le temps joue contre nous que l’on finira par voir mûrir ce fruit et qu’on en verra enfin la couleur. N’y consacrons pas toutes nos énergies, mais ne l’oublions pas non plus.

 
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Publié par le 21 août 2011 dans CAQ, Constitution, PLQ, PQ, Souveraineté