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La motoneige de la discorde

Rien ne vaut parfois de bons exemples concrets pour démontrer la nécessité d’une réforme ou d’une modification. Je vous parlais la semaine dernière, au fil de quelques billets, d’un projet de regroupement des pouvoirs d’ordre régional au sein d’une sorte de conseil régional, gérant ses propres budgets et ses propres pouvoirs. Cette nouvelle structure cherchait à la fois à permettre aux régions de se consacrer à leurs priorités et de mettre de l’ordre dans la myriade d’intervenants régionaux. Dans Le Quotidien d’aujourd’hui, je suis tombé sur deux perles illustrant à merveille la pertinence de cette proposition.

Caricature de Mario Lacroix, 12 septembre, Le Quotidien

Certains se souviendront peut-être que l’UPA, lors de ses derniers moyens de pression, avait en quelque sorte pris l’industrie de la motoneige en otage en demandant aux agriculteurs d’interdire l’accès à leur terre aux motoneigistes. Considérant qu’un grand nombre de sentiers passent par des terres agricoles, les clubs de motoneige et les régions où cette activité est importante, comme le Saguenay-Lac-St-Jean, ont pris conscience de la vulnérabilité du secteur et de la nécessité de pérenniser le tracé des sentiers en milieu agricole.

Tout récemment, la ville de Saguenay a annoncé en grande pompe qu’elle s’était entendu avec les agriculteurs de son territoire et les deux clubs de motoneige qui y sont actifs pour une formule de compensation financière. 200 000 $ seront versés annuellement aux agriculteurs en échange d’un droit de passage. Comme le souligne l’éditorialiste François St-Gelais, tout ceci était sans doute rempli de bonnes intentions. Le problème, c’est que Saguenay a fait cavalier seul. D’autres maires de la région s’interrogent: la décision de Saguenay ne crée-t-elle pas un précédent qui fait que tous les villes et villages, sans égard à leurs moyens, devront payer leurs agriculteurs pour avoir un droit de passage? Le maire d’Alma, Marc Asselin, aurait préféré et prône toujours une négociation régionale que des ententes à la pièce. Voyez comme un dossier en apparence simple s’est soudain complexifié…

Sans m’avancer à dire quelle solution serait préférable dans le contexte actuel, serait-il farfelu de dire qu’un tel débat n’aurait pas lieu en présence d’une instance régionale représentative? Imaginons qu’un conseil régional, disposant entre autres de pouvoirs liés au tourisme et à l’organisation agricole sur son territoire de même que d’argent, ait réuni autour d’une table tous les agriculteurs et les clubs de motoneiges pour négocier une solution uniforme pour tout le Saguenay-Lac-St-Jean. On évite le problème des villages qui n’ont pas forcément les moyens de dédommager les agriculteurs. On évite le risque qu’en un endroit, les négociations échouent, coupant en plein milieu un sentier qui traversent plusieurs municipalités. On évite les différences de traitement entre agriculteurs et les jalousies. On évite aussi que les guerres de clocher entre élus locaux ne soient encore ressuscitées, dilapidant les énergies du débat public! Le maire de Saguenay est élu pour penser à sa ville, pas à sa région. Il faut donc un répondant ayant la légitimité d’établir des décisions au niveau régional, comme dans le cas de la motoneige.

Autre exemple de notre actualité régionale: la MRC du Domaine-du-Roy, au Lac-St-Jean, a décidé de ne pas verser sa contribution annuelle à l’association touristique régionale (ATR) pour plutôt consacrer les fonds au financement direct de son bureau touristique de Lac-Bouchette. Il semble que l’ATR soit demeurée insensible aux réclamations du monde municipal, qui demandait à ce qu’elle finance 50% des frais d’exploitation des bureaux touristiques régionaux.

Encore là, on voit les résultats d’une approche à la pièce. L’ATR dépend en partie du financement des MRC, qui semblent se retirer de l’entente quand cela ne fait plus leur affaire à la pièce. Sans dire que les MRC n’ont pas pleinement le droit de le faire, on peut facilement voir le potentiel de chaos qu’une telle attitude peut générer dans le monde touristique régional. Encore là, si une instance de gouvernance pan-régionale existait et coordonnait, à partir de ses propres entrées fiscales, les priorités dans le monde touristique, de tels conflits pourraient certes surgir mais ne mettraient pas en péril la stabilité financière de cette industrie souvent précaire. D’après mon modèle de conseil régional, les élus municipaux nourrissant une revendication particulière devraient négocier avec les élus régionaux via les MRC ou d’autres plate-formes, ce qui mènerait un jour à un consensus uniforme. C’est exactement ce qui se fait à l’échelle provinciale!

Il ne faut jamais oublier la force que peut avoir le regroupement des répondants au niveau régional. Le potentiel d’économie de temps, d’énergie et d’argent semble très prometteur, comme le démontrent les deux exemples d’aujourd’hui.

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